La Juridiction Spéciale pour la Paix et la Sancion du Lieutenant-Colonel Melgarejo
La Juridiction Spéciale pour la Paix (JEP) a récemment pris une décision marquante concernant le lieutenant-colonel Jorge Emerson Melgarejo Escobar, directeur de l’École de Logistique de l’Armée Nationale. Cette décision résulte du non-respect d’une mesure cautelaire relative à un terrain militaire à San Cristóbal, à Bogotá, où sont suspectés d’exister des sites d’inhumation de personnes disparues. Le non-respect de cette décision judiciaire a conduit à une sanction de trois jours d’arrestation ainsi qu’une amende correspondant à dix salaires minimums légaux mensuels en vigueur.
La JEP a conclu que le lieutenant-colonel Melgarejo n’a pas pris les mesures nécessaires pour garantir la préservation du terrain protégé par le juge. Cette mesure cautelaire avait été mise en place en septembre 2024 , suite à une demande du Collectif d’Avocats José Alvear Restrepo (Cajar) et du Mouvement National des Victimes des Crimes d’État (Movice), avec des témoignages d’un comparant devant la JEP. L’objectif était de sauvegarder d’éventuels sites d’inhumation liés à la disparition forcée d’une victime dont l’identité reste confidentielle pour des raisons de sécurité.
En dépit de l’ordre judiciaire interdisant toute intervention sur le terrain sans autorisation de la JEP, le 3 février 2025 , un groupe d’experts forensiques de l’ Unité d’Investigation et d’Accusation (UIA) a découvert une excavation non autorisée sur le site concerné. Cette découverte a entraîné l’ouverture d’un incident de non-respect des décisions judiciaires, menant finalement à la sanction de Melgarejo.
Le processus a révélé que l’excavation avait été ordonnée par un subalterne, sous le commandement du lieutenant-colonel Melgarejo, qui a prétendu ignorer les restrictions. Cependant, la JEP a affirmé que la mesure avait été clairement communiquée aux unités concernées, si bien que l’ignorance ne pouvait être considérée comme une excuse valable.
La JEP a souligné que ce manquement à la mesure cautelaire était dû à une négligence dans la mise en place de mécanismes vigilants et de contrôle de l’espace protégé, dont la responsabilité immédiate incombe au lieutenant-colonel Melgarejo.
La JEP a également souligné la gravité des faits, considérant que cette intervention a causé un dommage irréversible susceptible d’entraver l’identification forensique de potentiels restes humains. Cela représente une violation directe des droits des familles des victimes, causant une augmentation de l’angoisse liée à la possibilité que les technologies actuelles ne permettent pas d’établir la présence de corps dans la zone altérée.
En réponse à ces événements, la JEP a ordonné de transmettre des copies de la décision à la Procureure Générale de la Nation et à la Procurature Générale de la Nation pour enquêter sur d’éventuelles fautes commises par d’autres militaires impliqués dans des activités sur le terrain protégé.
De plus, la JEP a décidé de ne pas lier l’ancien ministre de la Défense Iván Velásquez Gómez et le commandant du Bataillon de Contre-Intelligence , colonel Johan Slead Gelvez Peña , à cette affaire, n’ayant trouvé aucun élément pouvant les compromettre. Alors que Velásquez a agi dans le cadre des ordres de la JEP, Gelvez a démontré avoir agi correctement lors de la mise en œuvre de la mesure.
Enfin, la JEP a souligné que le respect des décisions judiciaires est un devoir constitutionnel et que leur non-respect entraînerait des conséquences légales . Ce cas illustre les défis auxquels fait face la Colombie dans son processus de réconciliation et d’ justice , notamment en matière de protection des droits des victimes de disparitions forcées, un sujet sensible qui nécessite une vigilance et un respect constant des lois et règlements en vigueur.

