Dix albums studio ont finalement amené Joe Twilight à vouloir faire un album plus triste. On peut parler de gris : il y avait toujours de la mélancolie dans sa musique, des histoires plus sombres, voire un certain existentialisme ou nihilisme. Nietzsche apparaît dans ses communiqués. Mais contrairement au fait que leur répertoire live sera toujours esclave de « My factory of dance » ou des tubes du plus récent « Trovado tecno », « Museo de las Desilusiones » rassemble une quantité importante de mélodies tristes.
Le morceau phare cette fois-ci est ‘Hey’, un superbe mid-tempo qui manque vraiment à quelqu’un qui n’est plus là : “hé, tout est de la merde depuis que tu es parti, je ne sais pas à qui parler.” Cette révélation de la solitude est confirmée dans des chansons comme « Leave me in peace ». L’artiste n’a jamais été aussi proche de Sam Smith que dans “Kamikaze”. Et même une chanson d’amour comme « Jessica », avec sa touche de musique américaine des années 60 et 70, sonne douce-amère à cause de sa mélodie.
Les choses simples ne sont jamais aussi simples entre les mains de Joël Iriarte et l’un des plus grands moments de cet album est ‘Enamorado de tu reverb’. Ce mot tant utilisé dans le monde musical acquiert ici de nouvelles nuances quasi philosophiques et, une fois de plus, désolées : “Ton nom résonne dans l’écho de ma solitude, c’est un fantôme étrange qu’on ne peut toucher.” “Je suis amoureux de ta réverbération” vient signifier “Je suis amoureux de tout ce qui n’est PAS toi”, l’aura que tu laisses en partant, qui n’est pas toi.
De temps en temps, oui, “Museum of Disappointments” cherche “l’illusion” à travers des ruptures d’espoir qui apparaissent sous forme de paroles (les “Disgusting Castles” qu’un jour “il faudra démolir” pour les reconstruire) ou à travers des remplissages . L’album ne renonce pas à la musique dance à travers des rythmes disco-funk (‘Infierno de dulce’ inclut un saxophone) et des traces de fête et de gaieté qui se manifestent de différentes manières dans ‘Spanish Karaoke’, ‘Club Guru Punk’ et ‘Fiesta de costumes’.
Le léger côté politique de ‘Spanish Karaoke’ reste malheureusement à développer quand c’était une mine, et ‘Costume Party’ est si grossier qu’il proclame “un fils de pute qui ne danse pas”. Sa conclusion « maintenant vous êtes des monstres comme moi » ajoute un peu plus de mystère à la marque maison. L’une des maximes de l’album était de maintenir une pointe perverse dans toutes les compositions.
Dans un album aux morceaux aussi obtus que « Little Hairdresser Boy » et aussi disparates que « Kamikaze » et « Costume Party », celui qui parvient à mettre un peu d’ordre est « Dance and Cry », qui s’ouvre pour une raison. Elle ne peut être plus explicite dans sa volonté, ni dans son affirmation de soi. Il dit que « le temps guérit la douleur » et que « je n’ai pas peur d’être moi-même ». Un album doux-amer donc, que l’artiste reconnaît comme “le plus Joe Twilight qu’il ait jamais réalisé”. Dans sa palette de gris, « Musée des Déceptions » cache le véritable Crepus.

