Le débat sur la réintroduction du bison en Espagne

Neuf bisons européens ont été introduits il y a quatre mois dans le village d’El Recuenco, situé au cœur du parc naturel de l’Alto Tajo, dans la province de Guadalajara. La question qui se pose réellement est : pourquoi prendre une telle initiative ?

Les raisons de cette introduction

En effet, nous savons déjà pourquoi ces bisons ont été lâchés. Ils ont été introduits par la fondation Rewilding Spain et le conseil municipal, dans ce qui est devenu le premier cas de bisons dans un espace public en Espagne. Selon leurs promoteurs, cela sert non seulement à la renaturalisation, mais également de “mesure préventive contre les incendies forestiers”. Cependant, cela ne suffit pas à justifier la logique de cette décision.

L’absence de preuves historiques

Il convient de rappeler que, jusqu’à preuve du contraire, les bisons européens n’ont jamais résidé en Espagne. Bien que le célèbre bison peint de la grotte d’Altamira soit souvent cité, il s’agit en réalité d’un Bison priscus, et non d’un Bison bonasus, une espèce disparue depuis 9 000 ans, coïncidant avec la disparition de son habitat, la steppe de mammouths.

De plus, aucune preuve paléontologique concluante n’atteste de la présence de bisons européens sur la péninsule ibérique. Un rapport commandé par le MITECO en 2020 a unanimement rejeté cette possibilité, indiquant que ces animaux ne peuvent pas être considérés comme “espèces éteintes en Espagne”.

Des projets de recherche en cours

Malgré tout, cela semble peu importe : les neuf bisons sont déjà à Guadalajara. Deux thèses doctorales sont même en cours pour analyser leurs excréments, leurs niveaux de stress et leur régime alimentaire afin d’évaluer leur adaptabilité et leur impact sur la végétation locale.

Un avenir complexe

Cette initiative soulève d’importantes questions concernant la gestion de la végétation locale. Malgré le scepticisme de plusieurs experts, certains pensent qu’il pourrait y avoir une solution à explorer à travers le contrôle et l’entretien de l’environnement.

Problèmes potentiels liés à la gestion

Il est important de noter que cette espèce ne peut pas bénéficier d’un programme officiel de réintroduction. Les spécimens d’El Recuenco sont considérés comme du bétail ou comme figurant dans un noyau zoologique, ce qui nécessite une traçabilité et un suivi constants.

Cette situation nous amène à réfléchir sur notre capacité à gérer la biodiversité de notre pays. Des espèces comme le castor ont été relâchées dans plusieurs rivières espagnoles sans contrôle adéquat, et plus de 200 espèces envahissantes ont été recensées dans le pays.

Un débat plus large sur la nature

Le débat autour de la réintroduction des bisons ne concerne pas uniquement l’Espagne. Des pays comme le Royaume-Uni et les Pays-Bas ont déjà engagé des projets similaires. La réintroduction d’espèces à travers l’Europe, bien que controversée, pose une question fondamentale sur la nature que nous souhaitons préserver. El Recuenco est simplement un reflet local d’un débat qui transcende les frontières.

Image | Oskar Jablonski



F1-ES