Le Plan B de Téhéran et la guerre en Irak
Un enjeu stratégique
La capture de l’île de Kharg aurait des implications majeures pour le pouvoir iranien. Dans une interview donnée en 1988, Donald Trump évoquait déjà l’importance de cette île, la principale terminale pétrolière d’Iran. Aujourd’hui, à l’heure de la Tercera Guerra del Golfo, cette obsession américaine semble rejaillir avec force. Pour des figures politiques influentes comme le sénateur Lindsey Graham, celui qui contrôle Kharg contrôle le sort de la confrontation.
Kharg : le cœur économique d’Iran
Kharg ne fait pas que représenter un enjeu militaire, c’est également un pivot économique. Située à 25 kilomètres des côtes du Golfe Persique, cette île est responsable de 90 % des exportations de pétrole iranien, rapportant près de 78 milliards de dollars par an. La destruction de cette infrastructure aurait des ramifications économiques considérables à l’échelle mondiale, en souvenir des avertissements des analystes de JP Morgan et de Chatham House, qui prédisent une flambée des prix du pétrole si Kharg était attaquée.
Le “Plan B” de Téhéran
Une approche diversifiée
Les États-Unis peuvent rêver qu’en s’emparant de Kharg, ils réduiraient le régime iranien à néant, mais ils sous-estiment le “Plan B” élaboré par Téhéran. Si Kharg est neutralisée, l’Iran a prévu d’activer une série de terminaux secondaires :
- Jask : Situé dans le mer Arabe, pouvant exporter jusqu’à 300 000 barils par jour sans passer par le détroit d’Ormuz.
- Lavan, Sirri, et Qeshm : Ces îles du Golfe Persique disposent d’une capacité combinée d’exportation similaire.
- Ventes de dérivés : Iran ne dépend pas uniquement du brut ; il exporte également un million de barils de liquides de gaz naturel et de produits raffinés.
L’illusion de la soumission
Capturer uniquement Kharg n’est pas suffisant pour asphyxier l’économie iranienne. Les États-Unis devraient simultanément contrôler toutes les installations mentionnées pour impacter sérieusement le régime. Cependant, malgré les sanctions précédentes, l’Iran a su maintenir une production conséquente.
État des lieux des tensions
Un ultimatum risqué
Avec l’intensification des frappes, le Pentagone a modifié sa stratégie initiale, passant du bombardement à l’occupation. Trump a menacé Téhéran d’une attaque militaire si l’Iran ne rouvrait pas le détroit d’Ormuz en 48 heures, une menace vite suivie d’une marche arrière. Cela montre l’incertitude et la complexité des négociations.
Une menace régionale
Pour Téhéran, toute attaque contre ses infrastructures ne se solderait pas par un simple assaut. Le régime a promis des représailles sévères, menaçant d’attaquer les installations de pays alliés des États-Unis en cas d’escalade. Cette doctrine de “destruction mutuelle” pourrait entraîner une déstabilisation du Golfe Persique.
Conclusion : L’erreur de Washington
La focalisation des États-Unis sur Kharg démontre une mécompréhension de la résilience iranienne. L’occupation de cette île pourrait bien ne pas freiner l’économie iranienne, mais plutôt provoquer un débordement vers d’autres voies d’exportation. Ainsi, Téhéran reste préparé à résister à l’isolement militaire et économique, et le temps, loin de favoriser les ultimatums, semble jouer à l’avantage de la République islamique.

