Les enjeux de la réduction de la taxe énergétique
La coalition au pouvoir en Allemagne envisage de réduire la taxe énergétique sur l’essence et le diesel de 17 cents par litre pendant deux mois, une mesure destinée à alléger le fardeau des automobilistes face à des prix de carburant élevés. Cependant, les experts émettent plusieurs réserves concernant ce « rabais à la pompe ».
Une mesure jugée inefficace
Pour les économistes, cette approche est remise en question. Aaron Praktiknjo, professeur d’économie à la RWTH Aachen, souligne que si l’objectif est d’aider les plus précaires, la réduction de la taxe énergétique n’est pas la solution adéquate. « Les ménages aisés, qui n’ont pas nécessairement besoin de cette aide, en profiteront également », déclare-t-il.
Clemens Fuest, président de l’ifo, renforce cette idée en affirmant que de telles réductions ne ciblent pas efficacement les besoins des plus démunis. Marcel Fratzscher, président du DIW, décrit ce rabais comme un « coût élevé » et une « mauvaise décision » de la part du gouvernement.
Aide ciblée : une alternative pertinente
Les experts suggèrent qu’une aide plus ciblée serait plus efficace. Par exemple, des paiements uniques basés sur les revenus pourraient soulager les personnes en situation précaire, comme celles travaillant dans le secteur des soins mobiles. Un débat est également en cours sur la nécessité d’adapter les aides en fonction des régions, car les ménages vivant dans des zones rurales sont souvent plus touchés par la hausse des prix du carburant que ceux des villes.
Le retour d’expérience du rabais de 2022
Une question cruciale est de savoir si une telle réduction de taxe sera effectivement répercutée aux consommateurs. Le précédent rabais appliqué en 2022, qui a vu la taxe diminuer temporairement, a été une première étude de cas. Bien qu’elle ait abouti à une baisse des prix de 29,55 cents par litre de benzin et 14,04 cents par litre de diesel, l’effet s’est atténué avec le temps.
Une étude du RWI a révélé que, bien que la réduction ait été transmise à environ 87 % pour le diesel et 71 % pour l’essence dans un premier temps, ce taux a diminué à mesure que le temps passait, surtout dans les régions avec moins de concurrence sur les prix des stations-service.
Une signalisation importante des prix
Les prix élevés jouent également un rôle de signal pour les consommateurs, les encourageant à réduire leur consommation de carburant. Praktiknjo rappelle qu’un prix élevé indique la rareté d’un bien. Lorsque les prix sont artificiellement abaissés, la demande peut en réalité augmenter, exacerbant ainsi la situation.
Les implications financières pour l’État
Il est également essentiel de considérer le coût d’une telle réduction pour l’État. Les baisses de prix affectent toutes les formes de déplacements, qu’ils soient privés ou professionnels. Claudia Kemfert du DIW note qu’il s’agit d’un « arrêt stratégique » qui donne de mauvaises incitations. De plus, une réduction de la taxe doit être financée, entraînant une perte de revenus d’environ 3,2 milliards d’euros par trimestre.
En définitive, bien que la réduction de la taxe énergétique soit présentée comme un soutien aux automobilistes, les préoccupations économiques et sociales mettent en lumière la nécessité d’une approche plus réfléchie et ciblée.

