Le Grand Blackout du 28 Avril : Retour sur les Événements

Le 28 avril 2023, à 12h33, un événement sans précédent a frappé les systèmes électriques de l’Espagne et du Portugal, les déconnectant du reste de l’Europe. Ce blackout n’était pas le résultat d’un ciberattaque, mais bien le fruit d’une cascade de surtensions et d’un système de contrôle jugé insuffisant par le gouvernement espagnol.

Le Rapport du Comité d’Analyse

La ministre Sara Aagesen a présenté, 49 jours après l’incident (soit la moitié du délai requis par Bruxelles), le résultat d’une analyse exhaustive. Ce rapport, basé sur plus de 300 Go d’informations, souligne l’absence de cause unique, mais plutôt une série de défaillances ayant conduit le système à ses limites. Il pointe principalement la responsabilité de Red Eléctrica, qui devra réagir dans les prochains jours avec son propre rapport.

Une Volatilité Atipique dans le Système

Il est rapporté que, durant la matinée de l’incident, le système électrique avait déjà affiché une volatilité atypique des tensions. Entre 12h00 et 12h30, la situation s’est encore aggravée avec deux grandes oscillations. La première, à 12h03, a été un phénomène anormal de 0,6 Hz venant de l’intérieur de la péninsule. La seconde, à 12h19, fut une oscillation plus commune à l’échelle européenne de 0,2 Hz, mais d’une amplitude trois fois plus élevée.

Des Déconnexions en Cascade

Pour tenter de stabiliser le système, Red Eléctrica a réduit les exportations d’énergie et augmenté le maillage du réseau, mais ces mesures ont paradoxalement accentué la tension globale. À partir de 12h32, alors que le réseau était déjà très tendu, le tir déclencheur a eu lieu : des déconnexions massives de blocs de production renouvelable ont été enregistrées.

Trois événements majeurs ont lancé cette catastrophe. À 12h32:57, 355 MW ont été perdus dans une sous-station de Grenade. À 12h33:16, environ 730 MW se sont déconnectés dans une sous-station de Badajoz. Enfin, à 12h33:17, 550 MW ont été perdus dans une sous-station de Séville. Chacune de ces déconnexions a contribué à accroître la tension du système.

Un Cycle Néfaste de Déconnexions

À mesure que la tension augmentait, davantage de générateurs se déconnectaient pour des raisons de protection, amplifiant ainsi le problème. En seulement 12 secondes, la perte de génération massive a causé une chute de la fréquence, illustrant que cette déconnexion était une conséquence, et non une cause. À 12h33:19, le système ibérique a perdu son synchronisme avec l’Europe, entraînant une déconnexion totale.

Les Causes Sous-jacentes du Blackout

Le rapport met en lumière un problème fondamental : une insuffisance des capacités de contrôle dynamique des tensions, rendant impossible la gestion adéquate des surtensions. En effet, certaines des premières déconnexions auraient eu lieu avant que les seuils de tension établis par la réglementation ne soient atteints, marquant un des points critiques de ce couac.

Les Recommandations pour l’Avenir

Pour éviter la répétition d’un tel événement, le rapport recommande un renforcement de la supervision afin d’assurer le respect des normes, l’instauration d’un nouveau service permettant aux renouvelables de participer au contrôle de tension, ainsi que des investissements dans de nouveaux compensateurs synchrones. De plus, une augmentation de l’interconnexion avec la France est suggérée.

Enfin, une enquête exhaustive menée dans le domaine de la cibersecurité, la plus grande que l’Espagne ait jamais connue, conclut qu’il n’y a pas eu de ciberattaque, mais a cependant mis en évidence certaines carences nécessitant une amélioration immédiate.

Après cette analyse approfondie, la balle est désormais dans le camp de Red Eléctrica, qui doit fournir son propre rapport en tant qu’opérateur du système. La recherche des responsabilités vient tout juste de commencer. Ce blackout a révélé des insuffisances graves dans la gestion énergétique, questionnant l’avenir de l’approvisionnement électrique en Espagne et au Portugal.



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