Dans la perception des Rolling Stones par le public italien, il y a évidemment un avant et un après le mémorable doublage dans les Abruzzes de Mick et Keith par Fabio Celenza : « avant » les rock stars britanniques de ces régions n’étaient que des légendes, maintenant elles sont aussi un mème. Ensemble, ils deviennent un patrimoine commun pour ceux qui étaient là il y a 60 ans et pour ceux qui continuent de les découvrir aujourd’hui, de merveilleux masques de ceux qui ont vécu si longtemps et qui ont merveilleusement survécu. Ceux qui les ont vus à San Siro le 21 juin, lors de la seule date italienne du Stones Sixty Tour, ne peuvent que confirmer.
“Face à ceux qui nous veulent mal”
Le stade de Milan explose littéralement quand Richards, peu avant sa parenthèse chantante habituelle, marmonne en italien un hilarant « Face à ceux qui nous veulent mal » qui a peut-être été écrit par Celenza. Et le smash Jaggerian de Celenza «Faffiga» se démarque sur les maillots de nombreux des 57 000 fans présents à San Siro. En italien, Jagger parle pendant presque toute la durée du spectacle : il a étudié la langue lors de ses visites répétées entre la Sicile et la Toscane et s’est considérablement amélioré par rapport aux spectacles précédents dans notre pays. Jagger, Richards et Wood ne sont plus (seulement) des rock stars absolues, ils sont devenus des amis de la famille et ça se sent. Question d’empathie : les gens sont là parce qu’ils aiment ces splendides (presque) octogénaires, peu importe s’ils ne connaissent pas les perles sixties que dispense la programmation.
Nous rions, chantons, dansons et pleurons
C’est comme quand on retrouve de vieux amis de la famille : on rit, on chante, on danse ensemble, peut-être même parfois on s’émeut, comme dans l’hommage introductif à Charlie Watts, batteur et membre fondateur des Stones décédé il y a moins d’un an. (“Il nous manque tellement”, dira Mick). A 21h15, un éclair frappe San Siro : les Glimmer Twins font irruption sur scène avec Homme de combat de ruesingle de la dernière période Decca : Mick se tortille comme s’il n’y avait pas eu un Covid pour faire sauter les dates à Amsterdam et à Berne (scientifiques, étudiez son sang !), Keith – casquette jaune à la Jacques Cousteau et lunettes de savant fou – goudronnez tout le monde avec la Telecaster réglée pour au moins doubler le volume de la guitare de Ronnie, juste pour qu’il soit clair qui est en charge de la cabane.
Entre les années soixante et les années soixante-dix
Les Stonesian Sixties sont les grands protagonistes de la soirée (La 19e dépression nerveuse), les années 70 en tout cas essentielles : comment se passer du fatalisme aigre-doux de Le culbutage dit, au son compact des deux saxos confiés à Karl Denson et Tim Ries ? Chuck Leavell, compagnon de mille batailles, sort le clavecin pour accompagner Hors du temps, morceau mémorable du rapport Sixties. On repense aux mecs qui étaient et qui, malgré tout, continuent d’être, on ne peut qu’être ému : c’est un des moments les plus intenses de l’émission. Supports Doigts collants avec Mick à la guitare pour Fleurs mortes et San Siro qui allume les flashs des smartphones sur Chevaux sauvages pendant que le public chante. «Milan, tu es célèbre pour le chant. Maintenant c’est à ton tour », crie Jagger. Et c’est tout de suite Vous ne pouvez pas toujours obtenir ce que vous voulezavec l’intro au cor français de Matt Clifford, un solo impeccable de Ronnie et une coda gospel dirigée par le choriste principal Bernard Fowler.
“l’argent” de Keef
Il n’y a qu’une seule concession au répertoire récent : Vivre dans une ville fantômeun morceau qui photographie parfaitement les jours sombres du confinement où la section rythmique composée par le fidèle Darryl Jones (basse) et le petit nouveau Steve Jordan à la batterie vire au reggae, tandis que Mick joue le petit chaperon rouge avec un trench en soie, comme au moment de L’exil sur la rue principale. Miracles sur miracles : l’Italie est en proie à la sécheresse et pourtant, sur la pelouse de San Siro, il pleut. La température surchauffe pendant Honky Tonk femmes : “Il fait plus chaud que dans le cinquième cercle de l’Enfer”, dit Mick. Qui présente le groupe : Ronnie Wood qui est « le roi des podiums », mais surtout Keef à qui il confie le micro pour une intense Tu as l’argent Et Lienrepêchage de Entre les boutons qu’il transforme en bavardage de bar. Jones à la basse se démarque dans le solo de Vous me manquezpuis le long jam de Rambler de minuitavec citation cultivée de Comme dans ma cuisineet le point culminant habituel Demarre-moi, Peint le en noir, Sympathie pour le diable, Jumpin ‘Jack Flash.



