Cent vingt sur l’autoroute, et puis un gamin qui dit : “Je vais vomir !” Pourquoi les enfants ont-ils le mal des transports plus tôt que les adultes ? Et pourquoi sont-ils assis radieux dans un manège, sur une balançoire ou dans les montagnes russes ?

L’endroit où tous ces malaises surviennent est notre système vestibulaire. C’est un merveilleux petit organe dans l’oreille interne, juste à côté de la cochlée de l’organe auditif, d’une taille d’environ un demi-centimètre.

Le système vestibulaire se compose de trois tubes semi-circulaires, ou canaux, qui sont interconnectés. Ils sont perpendiculaires les uns aux autres, en trois dimensions. Le liquide coule dans ces canaux et il y a une couverture avec des poils microscopiques, qui sont connectés aux nerfs qui vont au cerveau. Lorsque vous bougez la tête, le liquide est en retard sur le mouvement de votre tête, ce qui fait plier les poils et déclencher les nerfs.

Deux sacs sont attachés à ces canaux semi-circulaires : le saccule et l’utricule, tous deux d’un millimètre de diamètre. Ces sacs contiennent également des poils nerveux, reliés à de minuscules calculs auriculaires ou otolithes. Ils enregistrent l’accélération verticale et horizontale. Avec cet ensemble complet, nous pouvons observer l’auto-mouvement et l’orientation en trois dimensions. Notre cerveau combine cette entrée avec des informations provenant de nos yeux (vue) et de la position de nos parties du corps («proprioception»).

Voilà pour la leçon d’anatomie. Qu’est-ce qui ne va pas avec le mal des transports ? “Aucun sens n’est parfait”, déclare le physicien médical Jelte Bos. Il travaille à l’institut de recherche TNO et au VU Amsterdam, où il étudie, entre autres, pourquoi les pilotes deviennent parfois désorientés et que nous devenons nauséeux avec le mouvement. “Pour compenser cette perception imparfaite, notre cerveau commence à remplir des choses”, dit-il. « Il combine des observations factuelles avec des attentes basées sur l’expérience antérieure. C’est un système d’apprentissage qui se met à jour en permanence.

Vous avez la nausée lorsque les signaux que vos sens transmettent à votre cerveau ne correspondent pas à ce que vous attendez, explique Bos. “Cette voiture ne se déplace pas d’une manière à laquelle nous sommes évolutivement adaptés. Au fil du temps, votre cerveau apprend à ajuster ces attentes en fonction des expériences.

Cela explique aussi pourquoi le conducteur devient moins nauséeux que le copilote : le conducteur anticipe inconsciemment la sensation qui suivra avant de braquer ou de freiner. Pour le copilote, perception et attente sont plus éloignées. Et surtout avec des passagers jeunes et inexpérimentés.

Chez les jeunes enfants, le mal des transports frappe encore plus parce que leur système de mouvement et d’orientation est encore en développement, note Bos. Cela commence en quelque sorte lorsqu’un tout-petit se lève et marche. Avant ce moment, le système n’a pas à fonctionner du tout, et il n’y a pas non plus de mauvaises attentes. « C’est pourquoi les bébés n’ont pas le mal des transports », dit Bos. “Cette adaptation ne fonctionne vraiment que lorsque le corps et le système nerveux sont complètement développés, vers la vingtaine.” Selon Bos, le fait que les enfants apprécient autant les attractions en attendant ne signifie pas qu’ils s’y sentent bien. “Les enfants adorent essayer de nouvelles choses.”

Mais qu’en est-il de ces adultes qui ont encore des nausées dans les attractions plus tard dans la vie ? “Tout comme le nombre de choses diminue au fil des ans, notre perception du mouvement et notre adaptabilité se détériorent également”, explique Bos. “Il est donc logique qu’au fil des années, nous puissions encore en avoir marre de choses auxquelles nous ne sommes plus habitués, comme cette balançoire ou ces montagnes russes.”



ttn-fr-33