Le débat autour des cotisations sociales des travailleurs indépendants en Espagne a pris une tournure controversée cette semaine, alors que le gouvernement a proposé d’augmenter ces contributions à partir de 2026 jusqu’en 2028. Cette initiative, présentée lors de la table de dialogue de la Sécurité Sociale , a suscité de vives réactions de la part des principales associations du secteur, et semble manquer de support au sein des différents groupes politiques, y compris le parti de gauche Sumar , allié du gouvernement.
Détails de la proposition
Le ministère dirigé par Elma Saiz vise à réduire les inégalités existantes entre la contribution des salariés et celle des travailleurs autonomes, objectif prévu pour 2032. Un période transitoire , lancée en 2023, va introduire progressivement une augmentation des cotisations sur des périodes de trois ans. La dernière proposition du gouvernement définit des augmentations de cotisation variables en fonction des tranches de revenus, allant de 4,3 % pour ceux dont le revenu annuel est compris entre 10 800 et 14 000 euros, à 34,9 % pour ceux qui gagnent plus de 72 000 euros. Cet accroissement s’étendra sur les années 2026, 2027 et 2028, avec des augmentations cumulées variant de 13 % à 104,9 %. .
En chiffres, cela signifie qu’en 2026, les indépendants percevant le revenu minimum payeront une cotisation de 217 euros , augmentant de 17 euros par rapport à 2025, tandis que ceux avec les revenus les plus élevés paieront une somme de 796 euros , soit une hausse de 206 euros.
Arguments du gouvernement
Le gouvernement se défend en affirmant que près de 40 % des travailleurs indépendants, soit 1,38 million , se trouvent dans les trois premières tranches de cotisation (revenus mensuels allant de moins de 670 euros à 1 166 euros). Pour cette catégorie, la hausse sera donc modeste. De plus, il est à noter que 63 % des travailleurs indépendants de ces tranches ont choisi de surcotiser en 2023 pour bénéficier de meilleures prestations de la sécurité sociale. Cela indiquerait une volonté de contribuer davantage au système.
Le gouvernement a souligné que « leur cotisation est inférieure à l’inflation cumulée depuis 2022 et est également plus basse que la cotisation minimum de 2022, qui était de 294 euros . » Il met en avant que seulement 15 % des indépendants (environ 570 000 personnes) se situent dans les trois tranches les plus élevées, principalement ceux qui sont associés ou administrateurs de sociétés et qui, par conséquent, devront faire face à des hausses plus significatives. Cela leur permettra également d’améliorer leur prestation de cessation d’activité, estimée en moyenne à 672 euros , et de passer à 1 355 euros pour la prestation liée aux naissances, qui atteint désormais 1 937 euros .
Origines de la proposition
Cette nécessité de réajuster les cotisations des indépendants découle du Real Decreto-ley 13/2022 , qui s’inscrit dans le cadre de la réforme des retraites et des engagements pris par l’ancien ministre José Luis Escrivá avec la Commission Européenne dans le cadre du Plan de Récupération . Il a été convenu que l’adaptation permettant aux travailleurs indépendants de cotiser en fonction de leurs revenus réels se ferait de manière progressive jusqu’en 2032, dans le but d’augmenter les ressources du système afin de compenser l’accroissement des dépenses liées à la retraite des générations du baby boom .
Des tables de cotisation ont été établies pour les trois années suivantes (2023-2025) et il appartient maintenant au gouvernement de négocier avec les partenaires sociaux un nouvel accroissement pour le prochain triennium.
Réactions des acteurs concernés
Les réactions des organisations de travailleurs indépendants ont varié, mais la plus représentative, ATA , a manifesté son opposition à la proposition, la qualifiant de « sablazo ». Son président, Lorenzo Amor, considère qu’elle porte atteinte au principe selon lequel ceux qui gagnent plus doivent payer plus, et déplore l’absence de prise en compte du contexte économique et politique du pays.
L’association plus orientée à gauche, UATAE , a également exprimé son désaccord, indiquant que la proposition interrompait la réduction des cotisations pour les travailleurs indépendants aux revenus les plus faibles. En revanche, UPTA a fait une évaluation plus positive, arguant que cela reste dans la lignée de ce qui avait été convenu en 2022.
Soutien politique
Au niveau politique, il semble que l’aile socialiste du gouvernement soit isolée dans cette proposition, qui n’est soutenue ni par Sumar ni par d’autres coalitions comme Junts et ERC , ni par l’opposition, représentée par le PP et Vox . Yolanda Díaz , leader de Sumar, a critiqué le gouvernement, affirmant qu’il devrait se concentrer davantage sur les rentiers que sur les entrepreneurs .
Objectifs de la mesure
L’objectif ultime du gouvernement va au-delà de l’ égalité des contributions de tous les types de travailleurs ; il s’agit surtout de maximiser la recouvre des ressources de la Sécurité Sociale afin de couvrir le coût croissant des pensions publiques, système qui deviendra de plus en plus sollicité dans les prochaines décennies en raison de la retraite de la génération du baby boom. Les estimations initiales de Escrivá prévoyaient une contribution annuelle de 6 500 millions d’euros , soit environ 0,5 % du PIB, une fois la mesure complètement mise en œuvre.
Efficacité future
Bien qu’un accroissement des revenus soit anticipé à court terme, la réalité pourrait être différente à long terme. Les augmentations de cotisations entraîneront également plus de dépenses, car les travailleurs indépendants bénéficieront de meilleures pensions . Des experts estiment qu’à long terme, le système pourrait redevenir déficitaire , les revenus ne suffisant pas à couvrir les dépenses . Ainsi, bien que la mesure puisse pallier un problème immédiat, elle s’apparente à une simple solution temporaire , laissant présager un déséquilibre à terme.
