Les fantômes de la crise énergétique refont surface en Europe. Comme l’indique l’expert en énergie Alejandro Diego Rosell, le prix du gaz (TTF) a explosé de plus de 90 % en mars. Cette hausse entraîne, dans la plupart des pays européens, une augmentation presque automatique du prix de l’électricité, rappelant le choc provoqué par la guerre en Ukraine il y a quatre ans. Cependant, en Espagne, l’impensable s’est produit : la facture d’électricité a diminué.
Une baisse surprenante des prix en Espagne
En résumé. La facture d’électricité pour les clients bénéficiant du tarif régulé (PVPC) a chuté d’environ 4,8 % en mars par rapport à l’année précédente. La différence avec nos voisins est abyssale : alors que l’électricité de gros se vend à 143 €/MWh en Italie et frôle les 100 €/MWh en Allemagne, le marché espagnol a clôturé mars avec une moyenne contenue de 41,5 €/MWh.
Les facteurs de cette baisse
Ce rempart énergétique face à la crise géopolitique ne résulte pas du hasard, mais d’une combinaison de trois facteurs clés :
- Le bouclier fiscal du gouvernement : En réponse à l’escalade des tensions au Moyen-Orient, le gouvernement a mis en place un plan d’urgence. Le BOE a publié le décret-loi 7/2026, rétablissant les réductions fiscales des crises précédentes, avec un taux de TVA sur l’électricité à 10 % et un impôt électrique quasiment nul.
- Le développement des énergies renouvelables : Depuis le début de la guerre en Ukraine, l’Espagne a intégré 30 GW d’énergie solaire et plus de 3 GW d’éolien dans son réseau. En mars, 65,1 % de l’électricité consommée provenait de sources renouvelables et bon marché, aidant à abaisser les prix.
- Le facteur climatique : Un hiver très pluvieux et venteux a été bénéfique, permettant une production énergétique suffisante pour atteindre des prix horaires historiques, avec des tarifs s’élevant jusqu’à -10 euros par MWh.
Des économies palpables pour les ménages et les entreprises
Cette combinaison d’impôts réduits et d’une production élevée d’énergie renouvelable s’est traduite par un allégement pour les familles et les industries. Pour un consommateur médian, la facture de mars s’est élevée à 68,10 euros, soit une économie de 3,42 euros par rapport à l’année précédente. Les réductions fiscales permettent également des économies de 7 à 20 euros selon la taille des foyers.
Avantage pour l’industrie
Un chiffre frappant est celui de l’industrie electro-intensive, qui paie aujourd’hui l’électricité à 66,50 €/MWh, surpassant pour la première fois l’Allemagne, où le prix est de 67,73 €/MWh. Dans des secteurs où l’énergie représente jusqu’à 50 % des coûts de production, cela renforce la compétitivité internationale.
Les bémols à considérer
Toutefois, il est important d’examiner la situation au-delà des titres optimistes :
- Le coût caché des “assurances contre les coupures” : La dépendance aux renouvelables implique d’allumer des centrales à gaz pour maintenir l’équilibre du réseau, ce qui coûte cher.
- Un écart persistant avec la France : Bien que l’Espagne ait battu l’Allemagne, elle paie encore l’électricité à 32,05 €/MWh en France, moins de la moitié du coût espagnol.
- Une menace persistante : L’électricité ne représente que 20 % des besoins énergétiques du pays, ce qui laisse l’Espagne vulnérable aux fluctuations des marchés mondiaux. De plus, avec l’arrivée de l’été, l’efficacité des panneaux solaires pourrait diminuer, entraînant une hausse de la demande et des prix.
Vers une résilience énergétique
Cette situation a révélé comment l’Espagne a su se prémunir contre une crise énergétique majeure grâce à une réponse proactive, mêlant intervention fiscale et essor des énergies renouvelables. Bien que les énergies renouvelables ne garantissent pas une isolation complète du contexte international, les résultats de mars montrent qu’elles jouent un rôle crucial dans la résilience énergétique du pays. Le chemin vers l’indépendance énergétique réelle reste cependant semé d’embûches.

