Un Outil Innovant pour Identifier les Livres Toxiques

Récemment, l’Université de St Andrews a développé un nouvel outil permettant d’identifier rapidement les livres contenant des pigments toxiques. Cette innovation répond à une problématique historique : de nombreux éditeurs ont utilisé de l’arsenic mélangé à du cuivre pour créer une teinte vert émeraude éclatante sur les couvertures de leurs ouvrages. Bien que le risque pour le public soit jugé « faible », la manipulation répétée de ces livres contenant de l’arsenic peut entraîner divers problèmes de santé, tels que des irritations des yeux, du nez et de la gorge, ainsi que des effets secondaires plus graves. Les pigments toxiques présents dans les reliures des livres peuvent également se détacher, permettant à de minuscules particules de se retrouver facilement inhalées.

Praxes Préventives dans les Bibliothèques

Ces dernières années, bon nombre de bibliothèques ont restreint l’accès à tous les livres de couleur verte suspecte, préférant agir par précaution. Par exemple, l’Université de Bielefeld, accompagnée de plusieurs autres universités allemandes, a isolé pas moins de 60 000 livres l’année dernière par mesure de sécurité. Une telle action démontre l’inquiétude croissante envers ces ouvrages potentiellement dangereux.

Un Dispositif Révolutionnaire

Le nouvel appareil développé à St Andrews permet de détecter rapidement et à moindre coût la présence de pigments toxiques. Pilar Gil, la chercheuse à l’origine du projet, a déclaré : « Un appareil utilisé dans l’École des Sciences de la Terre pour détecter les minéraux dans les roches a servi de point de départ. L’instant Eureka a été la découverte du motif de réflexion unique du pigment vert émeraude dans le spectre visible. L’idée était ensuite de transposer cette découverte dans un instrument que nous pourrions utiliser et partager avec le secteur. »

Graham Bruce et Morgan Facchin, deux scientifiques de l’école d’astronomie et de physique, ont contribué à la conception d’un outil portable. « Notre dispositif éclaire le livre avec différentes couleurs de lumière », a expliqué Facchin. « La quantité de lumière réfléchie à chaque couleur agit comme un empreinte digitale du pigment dans le livre. » Grâce à de longues heures de travail en utilisant des livres de la collection de l’université, l’équipe a réussi à identifier cette empreinte.

Un Outil Pratique et Efficace

Cet appareil compact peut passer au crible un livre en une fraction de seconde. « Nous avons été sollicités pour examiner des milliers de livres, parmi lesquels plus de 100 ont été identifiés comme contenant le pigment vert émeraude », a noté Bruce. À St Andrews, les livres de couleur émeraude sont conservés dans des sacs en polythène Ziploc. Lorsqu’un livre est requis, l’université prend soin de vérifier s’il existe des copies non reliées en vert émeraude. En cas d’absence, le livre est manipulé avec des précautions spécifiques, notamment l’utilisation de gants nitrile pour minimiser les risques.

Les Impacts Historiques et Culturels

Au cours du 19ème siècle, l’arsenic et le cuivre étaient couramment utilisés pour produire une couleur verte vive dans divers produits, allant des vêtements aux papiers peints et à la peinture, sans oublier les reliures de livres. Cette technique, bien qu’esthétique à son époque, a néanmoins entraîné une préoccupation croissante pour la santé publique, notamment en raison des taux d’exposition potentiellement élevés.

Erica Kotze, conservatrice qui a initié ce projet, souligne que la retraite de ces livres du domaine public ne se limite pas uniquement à des raisons de sécurité ; elle entrave également l’accès à l’information précieuse qu’ils contiennent. « De ce fait, les livres qui ont été testés et qui ne contiennent pas le pigment peuvent rester disponibles pour les utilisateurs », a-t-elle ajouté.

Une Exposition Éducative

Pour sensibiliser le public à ces enjeux, une exposition gratuite intitulée "Livres Poison – Dangers du Passé" se tient au Wardlaw Museum de St Andrews jusqu’à la fin juillet. Cette initiative vise à éclairer les visiteurs sur les dangers potentiels liés à certaines reliures, tout en célébrant l’histoire de la littérature.

Cette avancée prometteuse non seulement contribue à la sécurité des bibliophiles, mais ouvre également la voie à une gestion plus judicieuse et éclairée des collections de livres anciens. Les conséquences pourraient, espérons-le, engendrer un changement positif dans la manière dont les archives littéraires sont privilégiées et préservées pour les générations futures.



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