La Guerre Civile du Cinéma Argentin : ‘Homo Argentum’ vs. ‘Belén’
Un Contexte Électrisant
La récente aventure cinématographique argentine s’articule autour de deux films marquants : Homo Argentum, réalisé par Gastón Duprat et Mariano Cohn, et Belén, de Dolores Fonzi. Ces œuvres, bien que très différentes dans leur approche, se retrouvent au cœur d’une frénésie culturelle exacerbée par les récentes élections, où le président Javier Milei utilise le débat autour d’eux pour alimenter sa croisade politique.
Homo Argentum : Un Miroir Déformant
Dans Homo Argentum, l’histoire se concentre sur un réalisateur dont le succès est teinté d’hypocrisie. Ce personnage, dépeint par Guillermo Francella, reçoit une distinction pour son engagement, tout en étant montré comme un arrogant qui exploite le drame des “awaris”, une tribu fictive. Ce film a provoqué une onde de choc dans le milieu cinématographique, avec des critiques sévères dénonçant son prétendu anti-patriotisme. Les réalisateurs affirment que leur intention est de provoquer et de dévoiler l’absurdité de certaines structures au sein de l’industrie.
Homo Argentum est devenu un outil dans la lutte idéologique mise en avant par Milei, renforçant ainsi une ligne de fracture parmi les cinéphiles et les critiques. Selon Duprat et Cohn, la réussite du film, qui a attiré près de 1,83 million de spectateurs, ne résulte pas du soutien de Milei mais d’une vague d’intérêt authentique.
Belén : Un Cri de Résistance
En opposition, Belén aborde des thématiques radicalement différentes. Cette œuvre se fait l’écho de la lutte féministe en Argentine, mettant en lumière le cas tragique d’une femme objet de violence politique et judiciaire. Fonzi, à travers ce film, dénonce les dérives de la politique actuelle de Milei, qualifiant le climat sociopolitique d’un “président fou”.
L’actrice et réalisatrice insiste sur la nécessité d’un humanisme inclusif, arguant que le féminisme ne doit pas être perçu comme antagoniste mais comme un droit fondamental. Ce film incarne un défi direct au populisme monté par Milei, et a été mis en avant comme une candidate sérieuse pour les Oscars, accentuant encore la polarisation des opinions.
Une Guerre des Narrations
La juxtaposition de ces deux films illustre parfaitement une guerre culturelle en cours dans le cinéma argentin. D’un côté, Homo Argentum est saluée par certains comme une critique sociale incisive, tandis que de l’autre, Belén est perçue comme un plaidoyer nécessaire contre les revers des droits civiques sous l’administration Milei.
Les Réactions et Les Controverses
Les critiques autour de ces films montrent une polarisation accrue des avis. Duprat et Cohn affirment que l’hostilité qu’ils reçoivent est souvent infondée et uniquement fondée sur des préjugés politiques. À l’inverse, Fonzi accuse ses confrères cinéastes de se complaire dans un système qu’ils critiquent maintenant.
Conclusion : Vers un Futur Incertain
Alors que les deux films continuent d’attirer l’attention, la véritable question demeure : ces œuvres peuvent-elles contribuer à un dialogue constructif ou servent-elles simplement à creuser les fossés déjà existants ? Quoi qu’il en soit, le cinéma argentin traverse une période tumultueuse, où chaque œuvre devient un champ de bataille symbolique dans la quête de définition d’une identité nationale en pleine mutation.

