Pour Giorgia Meloni, le Conseil européen s’est «bien», «très bien». La première ministre s’est qualifiée de “très satisfaite”. Tant sur le plan économique grâce à la compensation de l’assouplissement des règles en matière d’aides d’État qu’avec une plus grande souplesse dans l’utilisation des fonds européens. Ainsi que sur celui des politiques migratoires, qui viseront à renforcer les frontières extérieures dans lesquelles la spécificité des maritimes est reconnue.
Meloni a tenu à exprimer cette satisfaction lors d’une conférence de presse convoquée en fin de matinée alors que tous les autres dirigeants avaient déjà quitté le bâtiment Europa, préférant confier leurs réflexions à un rapide pas de porte en fin de sommet vers 3 heures du matin. Un choix, celui du Premier ministre, qui a un objectif précis et qui est de changer le récit des dernières 24 heures centré sur le question-réponse avec Emmanuel Macron, sur le nouveau “gel” dans les relations avec la France et le risque de isolement de l’Italie.
Une lecture que Meloni bouleverse. Le point – a-t-il souligné – n’est pas “d’être sur une photo mais de faire ce qu’il faut” et le coup qui compte n’est pas celui de Zelensky entre Macron et le chancelier allemand Scholz mercredi soir à Paris mais celui du président ukrainien entouré” par tous et 27 dirigeants de l’Union» jeudi devant la Lanterne, confirmant l’unité de soutien à la défense de Kiev également réaffirmée dans les Conclusions. Un soutien qui – a-t-il tenu à souligner – à l’Italie est total comme en témoigne la volonté d’accélérer la livraison du système de défense anti-aérienne Samp-T, fruit de la collaboration de l’Italie avec la France.
En fait, le pragmatisme reste le guide dans ses choix, a-t-elle répété hier. Laquelle se décline en cédant sur l’assouplissement des aides d’Etat en faveur des pays plus riches, disposant d’un plus grand espace fiscal comme l’Allemagne, en échange d’une flexibilité sur les fonds européens, dont le Pnrr dont l’Italie est le principal bénéficiaire. Mais le jeu ne fait que commencer. Il faudra maintenant comprendre comment la Commission traduira les nouvelles règles, si en effet, comme l’a affirmé le Premier ministre, des “conditions égales” seront garanties, par exemple en permettant l’utilisation des ressources européennes pour introduire des dégrèvements fiscaux dans les productions vertes comme l’Allemagne fera grâce aux nouvelles règles en matière d’aides.
La décision finale est laissée au prochain sommet en mars. Meloni a utilisé une métaphore efficace pour lancer un avertissement : « Il n’y a pas d’Europe de la série A et une de la série B, celui qui dit qu’il y a une première et une troisième classe devrait se souvenir du Titanic : quand le navire coule, peu importe combien vous avez payé le billet. Et l’éclatement du marché unique serait le naufrage de l’Europe. Cela s’applique également aux politiques migratoires. La reconnaissance de la spécificité des frontières maritimes, le choix de freiner les vagues d’arrivées par voie terrestre mais aussi maritime en renforçant les frontières et en développant les relations avec les pays d’où partent les migrants est la bonne approche pour le Premier ministre. Qu’elle se traduise ensuite par une réduction des débarquements, cela reste très incertain mais ne peut plus être ignoré.

