Six mois après le début de l’invasion russe de l’Ukraine, il n’y a aucune perspective de fin de guerre. Les fronts à l’est et au sud se déplacent encore quotidiennement. La différence que les armes occidentales font à l’Ukraine est étroitement surveillée. La Russie, elle aussi, continue de montrer sa volonté de sacrifier la vie de soldats pour l’expansion territoriale. Ce conflit est loin d’être réglé.
Nouveau sont les attaques de drones ukrainiens en Crimée, loin derrière les lignes. Le 10 août, une base aérienne russe a été touchée. A également sonné explosions au pont entre la péninsule et le continent. Kiev n’a pas officiellement revendiqué les attentats, mais il l’a fait en privé. Bien que la Krimanexation n’ait jamais été reconnue par le droit international, elle a été considérée comme un fait accompli militaire et politique en dehors de l’Ukraine. Désormais Kiev rayonne : le Donbass ne suffit pas, nous voulons aussi le retour de la Crimée.
Ce qui est également nouveau, c’est que la violence s’étend jusqu’à la capitale russe. L’attentat à la bombe contre l’idéologue nationaliste Alexander Dugin – qui a tué sa fille Darya – amène la guerre à Moscou. Le Kremlin accuse l’Ukraine, mais selon l’opposant russe Ilya Ponomarjov, qui s’est enfui à Kiev, les partisans russes seraient derrière. Ces forces nationales anti-guerre auraient encore plus d’actions en réserve.
Il n’y a plus de concertation diplomatique contre ce durcissement militaire. Le seul point positif récent est l’accord sur les céréales qui devrait rendre à nouveau possibles les exportations depuis les ports ukrainiens. Les médiateurs étaient l’ONU, avec António Guterres dans un rôle visible pour la première fois de cette guerre, et la Turquie. Le président turc Erdogan, voisin idiosyncratique des deux, est le seul dirigeant du G20 à s’être entretenu physiquement avec Zelensky (à Lviv) et Poutine (à Sotchi) récemment.
Les dirigeants européens ne s’aventurent plus en voyages diplomatiques à Moscou. Les Ukrainiens aux abois, mais aussi les Polonais, les Baltes, les Britanniques et vraisemblablement les Américains, le prendraient mal. Vous pouvez toujours appeler Poutine. Le président français Macron a eu un tel appel téléphonique la semaine dernière, après quoi le Russe a accepté l’inspection de la centrale nucléaire de Zaporizhzhya par l’agence nucléaire AIEA. Pourtant, les médias anglophones critiquent invariablement de telles initiatives. Yale-historicus Timothy Snyder verwoordde de scepsis op een forum in Alpbach deze week zo: „Het is prima voor een klein land als Oostenrijk om een tafel voor vredesgesprekken aan te bieden, maar niet voor Frankrijk of Duitsland: zij moeten Oekraïne helpen de oorlog te gagner.”
C’est encore subtil par rapport à la méfiance des cercles gouvernementaux polonais envers l’Allemagne. Le chef du PiS Kaczynski a récemment parlé de rien de moins qu’un “plan germano-russe de domination de l’Europe”. Pour les Polonais, la Seconde Guerre mondiale, commencée en 1939 par un pacte Hitler-Staline pour diviser leur pays, n’est jamais loin. Vous pouvez toujours affirmer que Poutine veut suivre les traces de Staline, en tant que défenseur de la patrie contre les « nazis ». Mais Olaf Scholz sur les traces d’Hitler, ce n’est pas le cas.
Plus frappant, compte tenu de sa position, c’est que le Premier ministre Morawiecki soutient ouvertement cette ligne. Il accuse durement l’Allemagne et la France, entre autres, de Die Welt, Le Monde et CNRC, de diriger l’Union européenne comme une “oligarchie”. Il voit aussi l’impérialisme « au sein de l’UE ». Que certains dirigeants d’un club à 27 aient plus de pouvoir que d’autres n’est pas un scoop. Mais appeler une fédération démocratique où chaque membre s’exprime à tous les niveaux et même la minuscule Chypre peut parfois paralyser les choses une puissance impériale est excessif.
De plus, une raison majeure d’aller à l’encontre de la Russie disparaît du tableau : notre démocratie. Les Ukrainiens y voient plus clair. Ils échappent aux griffes de leurs maîtres impériaux à Moscou et aspirent à une existence pacifique en tant qu’État souverain dans une Europe « post-impériale ». C’est pour ça qu’ils se battent.
Alors la guerre continue, même pour nous ici. Non exprimées en vies de soldats et en voitures piégées, mais en prix élevés de l’énergie, inflation, perte de pouvoir d’achat, pénuries de gaz et tensions d’asile à la Ter Apel et Tubbergen – la répercussion de l’accueil des Ukrainiens au début de cette année.
Le gouvernement néerlandais doit donc placer toute cette souffrance et ce malaise de manière beaucoup plus convaincante dans la grande histoire de l’Union européenne Zeitenwende depuis le 24 février. Comme Macron l’a fait dans un sombre discours la semaine dernière, sur tout ce qui nous attend cet automne : “Nous devons payer le prix de notre liberté et de nos valeurs.”
Luc de Middelaar est philosophe politique et historien.
Une version de cet article est également parue dans le journal du 24 août 2022

