Europa souhaite regrouper toute votre documentation sur votre téléphone : permis de conduire, dossier médical, diplômes et cartes bancaires. Un portefeuille numérique unique pour toutes vos démarches dans les pays membres. À Bruxelles, l’objectif est de standardiser l’utilisation de cette application digitale. Le premier document à franchir les frontières de manière officielle sera le permis de conduire. En Espagne, ce projet ne surprend en rien.

En mai 2024, l’Union européenne a approuvé le règlement eIDAS 2.0, qui impose à tous les États membres de mettre à disposition de leurs citoyens un portefeuille d’identité numérique d’ici fin 2026. Ce cadre légal exige que chaque pays propose au moins une solution de portefeuille numérique avant la fin de l’année.

Pour l’avenir, l’objectif est d’atteindre environ 80 % d’utilisation du portefeuille d’identité numérique par les citoyens européens d’ici 2030.

Mais qu’est-ce que ce portefeuille exactement ? Appelé EUDI Wallet, c’est une application à installer sur votre téléphone, qui permet de stocker et de partager vos identifiants, du passeport au permis de conduire, en passant par les prescriptions médicales et les diplômes universitaires. Ce système permettra d’accéder à ces documents dans n’importe quel pays de l’UE, sans avoir à créer des comptes supplémentaires ou à dépendre de plateformes privées.

Le permis de conduire, la première pièce du puzzle

Eudi Wallet
Eudi Wallet

Parmi tous les documents qui seront disponibles dans ce portefeuille européen, le permis de conduire est le premier à être intégré. C’est un document utilisé quotidiennement par des millions de personnes, déjà dématérialisé dans plusieurs pays, offrant une application immédiate au-delà de l’identification.

Plusieurs pays ont déjà annoncé le lancement de leur version du EUDI Wallet avec des fonctionnalités limitées, dont le permis de conduire numérique destiné aux contrôles physiques. L’idée est d’adopter une approche évolutive : commencer par ce qui fonctionne déjà et bâtir sur cette base.

D’après Biometric Update, l’interopérabilité du portefeuille entre différents pays est le défi technique le plus complexe. Cela nécessite une standardisation constante et des tests croisés entre les systèmes nationaux.

Surprising Avance de l’Espagne

Alors qu’une bonne partie de l’Europe réfléchit à comment organiser sa solution, l’Espagne a déjà lancé miDGT, l’application de la Direction Générale de la Circulation opérationnelle depuis 2020. L’Espagne a été le premier pays de l’UE à introduire un permis digital, qui sert aujourd’hui à six millions d’utilisateurs avec 14 démarches possibles sans avoir à se rendre dans une autorité de transport.

miDGT
miDGT

Le permis de conduire numérique de miDGT a une pleine validité juridique face à toute autorité nationale. Si vous l’utilisez déjà, vous aurez remarqué que le permis intègre un code QR dynamique qui change toutes les quelques minutes, afin d’éviter la fraude et de vérifier en temps réel que les données sont à jour.

Cependant, cette solution reste limitée. Le permis numérique de miDGT n’est valable qu’en Espagne. En voyage à l’étranger, il est toujours nécessaire de posséder le permis physique, car les autres pays ne reconnaissent pas encore ce format numérique. C’est là que le EUDI Wallet vient jouer un rôle essentiel.

MIDNI
MIDNI

En plus de miDGT, l’écosystème numérique espagnol est plus vaste. Le pays dispose également de l’application Mi Carpeta Ciudadana, centralisant une multitude de démarches administratives. Récemment, l’application MIDNI a été mise en service, permettant de présenter directement une version numérique de la carte d’identité depuis le mobile.

L’Allemagne prend du retard

Chaque État membre débute à des niveaux très différents. En Allemagne, par exemple, le gouvernement a adopté en novembre 2025 une réforme législative établissant les bases du permis de conduire numérique. Récemment, le Bundestag a ratifié ce projet de loi. L’objectif est de rendre le permis de conduire numérique national disponible d’ici la fin de 2026.

Les conducteurs en Allemagne peuvent déjà utiliser le permis de circulation du véhicule en version numérique via l’application i-Kfz, développée par l’Imprimerie fédérale et l’Office fédéral des Transports. Le permis de conduire lui-même sera intégré dans cette même application.

L'Europe face à Google et autres géants

Un usage initié sur une base volontaire

Un des aspects les plus importants du design du EUDI Wallet est que son utilisation sera volontaire. Personne ne sera obligé de l’adopter au départ. Cependant, à travers l’expérience de diverses transitions numériques (comme la banque en ligne ou les paiements sans contact), il semble probable qu’un quelque chose qui commence comme optionnel finisse par devenir la norme. Ceux qui ne l’utiliseront pas risquent de se retrouver désavantagés pour certaines démarches. Des problèmes similaires sont observés dans d’autres pays.

De plus, le système intègre des mesures de sécurité et de confidentialité robustes. Par exemple, si une personne doit prouver qu’elle est majeure pour acheter de l’alcool, le portefeuille ne pourrait confirmer que cette information sans révéler d’autres données personnelles, un concept connu sous le nom de Zero-Knowledge.

Le règlement stipule que les citoyens auront un contrôle total sur les données qu’ils partagent avec des tiers. De plus, les portefeuilles devront être publiés sous licence de code ouvert, pour garantir la transparence et des audits indépendants.

Un panorama complexe dans plusieurs pays

Avec la date limite de décembre 2026 qui approche, il est clair que tous les pays n’arriveront pas à mettre en œuvre leurs solutions en même temps ni avec les mêmes functionalities. Les Pays-Bas, par exemple, ont déjà annoncé qu’ils risquent de ne pas respecter le délai, et plusieurs États membres disposent encore d’infrastructures d’identité numérique plutôt basiques. Le déploiement réel sera graduel, inégal et les premières versions pourraient être limitées.

Image de couverture | Waldemar Brandt et José García

En Xataka | La France dit “au revoir” à Windows : son plan pour éliminer Microsoft, Google et Amazon de l’administration.



F1-ES