Matteo Renzi et Clemente Mastella, l’étrange couple. Ils se sont retrouvés hier lors d’une réunion qui a duré quelques heures pour faire le point en vue des élections européennes. où la barrière des 4% échoue: l’objectif est de construire la liste “Il Centro”, essentielle pour l’ancien premier ministre et leader d’Italia Viva après le divorce complet avec Carlo Calenda et son action (c’est en ces heures l’officialisation de la séparation des groupes de l’ancien Troisième Pôle tant à la Chambre qu’au Sénat). «Maintenant, un voyage commence pour rassembler et rallier tous ceux qui se reconnaissent dans la tradition populaire et libérale, tous les libres et forts». Pour l’instant, le point pertinent de l’accord est la candidature de l’épouse de Mastella, Sandra Lonardo, dans la circonscription Sud.

L’étrange couple : l’ancien ferrailleur…

L’étrange couple, donc. Renzi n’a pas besoin de beaucoup de présentations : né en 1975, il est le « ferrailleur » de l’ancienne classe dirigeante qui, entre 2012 et 2013, en tant que maire de Florence, a attaqué Largo del Nazareno, devenant secrétaire du Parti démocrate puis aussi le Premier ministre après la “défenestration” d’Enrico Letta avec un vote en faveur. Après avoir porté le parti au score historique de 41 % aux élections européennes de 2014, il a démissionné du Palazzo Chigi après la défaite au référendum de confirmation de la réforme qui a aboli le Sénat électif et réformé Titovo V. Le reste est presque une nouvelle : c’était lui. qui a déterminé, toujours au sein du Parti Démocrate, que le passage du Comte I au Comte II a empêché Matteo Salvini de retourner aux urnes cet été de Papeete. Et c’est toujours lui, désormais à la tête d’Italia Viva, qui a fait tomber le Comte II, ouvrant ainsi la voie au gouvernement dirigé par Mario Draghi.

… et le champion du transformisme

Mastella évoque pour sa part le phénomène du « transformisme » même aux yeux des plus jeunes, qui n’ont pas connu cette période : né en 1947, originaire de Ceppaloni dont il fut longtemps maire, Mastella a débuté le militantisme politique avec le DC et après la fin de la Première République fondèrent divers partis d’inspiration centriste (Ccd, Cdr, Udr, Udeur et enfin nous du Centre). Tellement au centre de la scène politique qu’il fut tantôt du centre-droit, tantôt du centre-gauche : ministre du Travail dans le premier gouvernement Berlusconi (1994-95) puis ministre de la Justice dans le dernier gouvernement Prodi ( 2006-2008), dont elle a également conduit à sa chute suite à sa démission en raison d’un avertissement pour “incitation indue à donner ou à promettre des avantages”. Mastella était alors sorti de cette affaire avec un acquittement après près de dix ans, mais sa figure restait certainement entachée dans l’imaginaire des électeurs de centre-gauche.

Pour Renzi, une voie “centriste” était obligatoire après la séparation d’avec Calenda

L’ancien “scrapper” s’associe donc à un gros bonnet de l’ancienne classe dirigeante, le creuseur de Prodi, pour tenter de conquérir les prairies du désormais légendaire centre. Un choix, celui du centrisme. ce qui semble obligé après la séparation de Calenda et l’échec du projet d’un parti unique du Troisième Pôle, qui même aux dernières élections a obtenu près de 8% avec deux millions et demi de voix : le leader de l’Action, même si aux élections européennes où Si le système proportionnel est en vigueur, il se mesurera seul, il fait désormais partie intégrante du vaste champ du Parti démocrate, et donc Renzi n’a plus qu’à consolider la zone des modérés qui ne se reconnaissent pas dans le centre-droit dirigé par Melonian. La question est : ces modérés existent-ils vraiment, et était-il vraiment nécessaire de faire remonter Mastella à la surface pour les convaincre ?

Et maintenant Più Europa se tourne vers le Parti démocrate de Schlein

Une chose est sûre : avec ce choix, Renzi écarte la possibilité d’un accord électoral avec les radicaux de Più Europa au nom du Renew Europe de Macron, au sein duquel se développe par conséquent l’hypothèse d’un accord avec Schlein pour certaines candidatures sur les listes ( principalement celui d’Emma Bonino).



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