La montée de l’industrie de la défense en Espagne : un tournant stratégique

Il y a quelques mois, l’Espagne s’est engagée à augmenter son investissement en défense jusqu’à atteindre 2 % de son PIB. Selon les données du Plan industriel et technologique pour la sécurité et la défense, présenté par le gouvernement, cet effort nécessitera de mobiliser près de 10,471 milliards d’euros d’ici 2025. Ce mouvement vise à aligner les engagements de l’Espagne avec ceux pris vis-à-vis de l’OTAN, sans pour autant affecter les dépenses sociales ou augmenter les impôts.

Un élan pour l’industrie nationale

Au-delà des débats moraux ou politiques, ces investissements dans le secteur de la défense pourraient offrir une opportunité unique pour l’économie espagnole, en stimulant la réactivation de nombreuses filières industrielles qui, au fil des ans, ont été des pionnières en matière de technologie et de production.

Plus d’emplois qualifiés

Les prévisions tant du gouvernement que des différentes fédérations professionnelles estiment qu’environ 96 000 nouveaux emplois seront créés dans des secteurs tels que l’aéronautique, la robotique, la programmation, et la fabrication. Ce changement n’engendre pas seulement des créations d’emplois, mais également une investissement dans la formation continue, offrant de nouvelles perspectives aux jeunes qui aspirent à intégrer le marché de l’emploi.

Des spécialités comme l’ingénierie en télécommunications, l’aéronautique, l’électronique, ou encore les experts en cybersécurité se positionnent parmi les profils les plus recherchés dans ce secteur. De plus, des compétences spécifiques en fabrication d’armements, telles que la soudure, le montage, ou encore l’expertise en tôlerie, émanent souvent de divers formations professionnelles.

Des salaires à la hauteur de la qualification

Sous l’effet de cette demande de personnel qualifié, les salaires dans le secteur de défense sont également attractifs. Selon des données publiées par KPMG, le salaire moyen des employés dans ce secteur est 85 % supérieur à la moyenne espagnole, qui s’élevait à 25 896 euros par an. Ce qui signifie qu’en moyenne, les salariés qualifiés de ce secteur perçoivent environ 47 907 euros annuels.

La majorité de ces postes bien rémunérés se situent dans le sous-secteur aéronautique, suivi du secteur naval, qui ont tous deux enregistré des croissances substantielles ces dernières années, représentant 74,5 % de la totale de la facturation du secteur.

Un secteur en plein essor

L’industrie de la défense, combinée à l’aéronautique et la sécurité, vit une période de croissance sans précédent. Face à la pression technologique, notamment observée dans des conflits comme celui en Ukraine, il y a un accent marqué sur la recherche et le développement (R&D). Cette dynamique implique également de capter des employés hautement qualifiés.

D’après l’AESMIDE (Association des entreprises contractantes avec l’administration publique), le secteur de la défense a généré en 2023 un chiffre d’affaires de 13,9 milliards d’euros, dont 1,2 milliard a été attribué au secteur aérospatial, avec un taux de réinvestissement en R&D de 15,5 % de son chiffre d’affaires.

Cette dynamique a permis la création de 115 000 postes directs et 95 000 postes indirects à travers le pays, notamment dans des régions comme Madrid, Andalousie, et le Pays Basque.

Emploi et industries de défense

La concurrence pour le talent

Il est important de noter que les entreprises espagnoles ne sont pas les seules à rechercher des talents qualifiés. La hausse des dépenses en défense s’est également manifestée à travers l’Europe, avec une augmentation pouvant atteindre 30 %. Cela signifie que le secteur en Europe est dans une compétition féroce pour attirer les meilleurs talents.

Cette course a engendré des initiatives éducatives visant à former de nouveaux professionnels, afin de satisfaire la demande croissante de main-d’œuvre que connaîtra ce secteur dans les années à venir.

Les grands acteurs espagnols s’éveillent

L’évolution de l’Espagne vers un modèle d’investissement accru en défense pousse les grandes entreprises du secteur, telles qu’Indra et Navantia, à étendre leurs effectifs pour répondre aux nouvelles demandes. Parallèlement, l’industrie de l’acier, qui joue un rôle clé dans la fabrication et la maintenance des équipements militaires, est aussi en pleine réactivation, prévoyant de générer des milliers d’emplois indirects.

En juillet dernier, Indra a annoncé son intention d’incorporer 2 400 nouveaux employés dans ses divisions de défense. De plus, Navantia a commencé à recruter du nouveau personnel, notamment pour son chantier naval de Puerto Real à Cadiz, afin de répondre à l’augmentation des commandes de patrouilleurs pour l’armée.

En somme, la transformation que subit l’industrie de la défense en Espagne symbolise non seulement une nécessité stratégique, mais aussi une véritable opportunité pour le développement économique du pays et l’amélioration des conditions de travail.



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