Une paradoxale dépendance énergétique

En juin, avec des températures qui s’envolent sous l’intensité du soleil, la capacité de la réseau électrique en Espagne atteint des picos de demande de plus de 36 800 MW. Ce pays est considéré comme l’« envidia de Europa » en matière de production d’énergie renouvelable. Pourtant, une réalité frappante émerge : 70% de l’énergie consommée provient de l’extérieur. Ce contraste met en lumière la dépendance énergétique de l’Espagne malgré son potentiel solaire et éolien immense.

Un choc énergétique en perspective

Depuis la fermeture du détroit d’Ormuz, suite à la Troisième Guerre du Golfe, l’Espagne subit un choc énergétique majeur. Selon l’Agence Internationale de l’Énergie, il s’agit du plus important choc de l’histoire du marché pétrolier. Bien que l’Espagne possède le meilleur ensoleillement de toute l’Europe, elle continue de financer des conflits à travers sa dépendance aux combustibles fossiles. Un rapport de la Fondation Renovables indique que ce n’est pas le manque de ressources qui est en cause, mais plutôt l’ignorance des solutions énergétiques disponibles.

Quelles sont les causes de cette dépendance ?

Le véritable problème réside dans la structure de la consommation énergétique espagnole. À peine 22% de la demande énergétique totale du pays provient de l’électricité, tandis que 78% de l’énergie est tirée de la combustion de produits pétrolifères et de gaz fossile. La production d’énergie solaire ne suffit pas si les voitures continuent à consommer de l’essence et les maisons à utiliser des chaudières à gaz.

Les trois “trous noirs” de la consommation d’énergie

Un rapport identifie trois secteurs clés illustrant cette déconnexion entre production et consommation :

  • La mobilité : Le secteur des transports consomme 43% de l’énergie finale, avec 71,1% de consommation de produits pétrolifères. En 2025, seulement 8,85% des nouvelles voitures vendues étaient électriques.
  • Les foyers : Le secteur domestique représente 30% de la consommation d’énergie finale, avec uniquement 24% d’énergie pour le chauffage provenant de l’électricité. Les chaudières à gaz dominent encore, malgré l’ensoleillement exceptionnel en Espagne.
  • L’industrie : Ce secteur, qui représente un quota de 27% de la consommation, est le moins électrifié. Environ 65% des besoins d’énergie sont encore satisfaits par des combustibles fossiles.

Comparaison avec les modèles nordiques

À titre de comparaison, la Norvège a su évoluer vers une infrastructure de mobilité électrique, avec presque 98% des nouvelles voitures étant entièrement électriques d’ici 2025. La distinction est frappante : plus de 600 pompes à chaleur pour 1000 foyers en Norvège contre moins de 90 en Espagne.

Les obstacles à surmonter

Les raisons de ce retard sont réelles : le coût des véhicules électriques, le manque d’infrastructures de recharge et l’ancienneté des bâtiments rendent la transition difficile. Cependant, affronter ces défis est nécessaire pour avancer.

Coûts de l’inaction

En suivant le rythme norvégien, l’Espagne pourrait économiser entre 1,3 et 1,7 milliard d’euros en importations de combustibles fossiles par an. Une transition vers 100% d’électrification dans la mobilité pourrait réduire les importations de 36% en une décennie, économisant jusqu’à 16,4 milliards d’euros chaque année.

Vers une superpuissance solaire

La technologie d’énergie renouvelable est adaptée à tous les climats. Il n’y a aucune justification à ce que l’Espagne n’exploite pas pleinement son potentiel. Chaque jour de retard dans l’électrification n’est qu’une augmentation de la dépendance à des sources étrangères de gas et de pétrole.

En conclusion, l’Espagne possède les ressources nécessaires pour devenir une superpuissance solaire, mais elle doit prendre des décisions politiques audacieuses pour mettre fin à cette dépendance. Les heures de soleil ne suffisent pas ; il faut maintenant action et innovation.



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