Es España un “infierno fiscal”?
Les critiques politiques et la réalité des chiffres
Avec le début de la campagne de déclaration de revenus, des figures politiques comme Isabel Díaz Ayuso et Alberto Núñez Feijóo ont relancé les critiques sur ce qu’ils qualifient de “l’enfer fiscal” imposé par le gouvernement socialiste en Espagne. Ils accusent l’exécutif central d’étouffer les travailleurs indépendants, les entreprises et les familles avec une politique fiscale jugée oppressante. Bien qu’ils mettent en avant une hausse considérable de la collecte fiscale et plus d’une centaine d’augmentations de taxes durant les dernières législatures du PSOE, un examen des données officielles révèle que l’Espagne ne se distingue pas par une charge fiscale excessivement lourde par rapport à d’autres économies avancées.
Pression fiscale : comparaison avec l’Europe
En 2024, la pression fiscale en Espagne, définie comme le pourcentage des impôts et cotisations sociales par rapport au PIB, est estimée à 37,3 % selon l’OCDE. Bien que ce chiffre soit supérieur à la moyenne des économies développées, qui tourne autour de 34 %, il reste sous le seuil moyen de l’Union européenne qui s’approche des 40 %. Ce positionnement place l’Espagne dans la catégorie des pays à fiscalité moyenne-haute en Europe, aux côtés de nations comme l’Allemagne, l’Italie, l’Autriche et le Portugal.
La perception sociale de la fiscalité
Malgré ces chiffres, le discours politique crée une perception sociale largement répandue selon laquelle la charge fiscale en Espagne est trop élevée. Cette impression est particulièrement ressentie parmi les classes moyennes et les travailleurs indépendants. La cuillère fiscale, qui mesure la différence entre le coût total du travail pour les employeurs et le salaire net perçu par les employés, tourne autour de 38 % à 40 % pour un salarié moyen en Espagne, ce qui est au-dessus de la moyenne de l’OCDE.
Les caractéristiques du système fiscal espagnol
Le système fiscal espagnol présente des caractéristiques structurelles qui expliquent ces chiffres, notamment le poids des cotisations sociales, représentant environ un tiers des revenus publics. Cette situation n’est pas unique à l’Espagne, car des pays comme la France et l’Allemagne affichent des niveaux similaires, voire supérieurs.
Les recommandations de l’OCDE
Un rapport récent de l’OCDE souligne que l’un des principaux problèmes du système fiscal en Espagne réside dans son design, trop centré sur le travail. Cette structure peut dissuader l’embauche et la recherche d’emploi. L’OCDE recommande un rééquilibrage vers des taxes comme la TVA ou des impôts environnementaux, moins nuisibles pour l’activité économique.
Augmentations fiscales et perceptions
Le débat sur la notion d'”enfer fiscal” dépend de la définition des augmentations fiscales. Les responsables du PP affirment qu’il y a eu plus de cent augmentation de taxes depuis 2018, mais cette affirmation ne se traduit pas nécessairement par des modifications claires des taux d’imposition. Par exemple, le phénomène de progressivité à froid se manifeste lorsque les tranches d’impôt ne sont pas ajustées en période d’inflation. Cet effet indirect peut renforcer la charge fiscale sans que les contribuables bénéficient d’une augmentation de leur pouvoir d’achat.
Conclusion : croissance des revenus fiscaux
Enfin, les données de l’OCDE et d’Eurostat révèlent que la collecte fiscale en Espagne a connu une hausse significative, atteignant environ 590 milliards d’euros en 2024. Ce phénomène ne peut toutefois pas être attribué uniquement à des hausses de taxes. Une partie importante des revenus provient de la croissance économique et de l’emploi, et des ajustements liés à l’inflation ont aussi joué un rôle clé à la hausse.

