Impact de la crise de l’énergie sur l’industrie des semiconducteurs
Le détroit d’Ormuz est bloqué depuis plusieurs semaines. Actuellement, environ 1 100 navires, dont 250 pétroliers, sont immobilisés en attente de passage. Le prix du baril de pétrole a dépassé les 100 dollars. En plein chaos énergétique, une victime inattendue émerge : les puces qui alimentent presque tous les dispositifs électroniques que nous utilisons.
Pourquoi la situation est-elle cruciale ?
Le rôle de TSMC et des géants coréens. Taïwan fabrique plus de 90 % des semiconducteurs avancés au monde par l’intermédiaire de TSMC. De plus, la Corée du Sud, avec Samsung et SK Hynix, contrôle 70 % du marché des puces de mémoire DRAM et 80 % de la mémoire à large bande (HBM), essentielle pour le bon fonctionnement de l’intelligence artificielle.
Ces deux pays dépendent fortement des importations énergétiques, dont une part significative provient du Golfe Persique.
Contexte énergétique fragile
Il est intéressant de noter que Taïwan importe environ 97 % de son énergie. Avant le conflit, un tiers de son gaz provenait du Qatar. Cependant, les attaques de drones iraniens ont frappé des installations cruciales, et QatarEnergy a déclaré la force majeure. Les derniers chargements faisaient leur entrée sur l’île mi-mars, et depuis, la situation devient critique.
La Corée du Sud est également en mauvaise posture, 70 % de son pétrole brut étant originaire du Moyen-Orient. Lors de l’éclatement de la guerre, la bourse coréenne a perdu 18 % en juste quatre séances, entraînant une diminution de 500 milliards de dollars de capitalisation.
Les enjeux énergétiques des semiconducteurs
Une industrie dépendante du pétrole. La guerre n’a pas causé cette dépendance énergétique, mais elle l’a mise en lumière. La Corée du Sud a construit durant des décennies l’une des industries de chip les plus puissantes au monde, reposant sur une base énergétique précieuse, avec 36,6 % de son énergie primaire tirée du pétrole et 19,7 % du gaz naturel.
Fait préoccupant, le complexe de fabrication de puces le plus grand du monde, en construction à Yongin, devrait ouvrir partiellement en 2027 et nécessitera 16 gigawatts d’énergie, représentant 17 % de la demande maximale nationale.
Taïwan présente une vulnérabilité similaire : ses réserves de gaz naturel liquéfié (GNL) ne dépassent pas onze jours, et plus de la moitié de son électricité est générée par la combustion de gaz. En périodes de pénurie de gaz, la seule alternative est de se tourner vers le charbon, une option plus coûteuse et polluante.
La question de la pénurie de puces
La demande pour les puces de mémoire a atteint des niveaux records en raison du boom de l’intelligence artificielle, avec des grands contrats déjà épuisés avant la fermeture d’Ormuz. Bien que la pénurie physique ne soit pas encore d’actualité, le prix du GNL en Asie a doublé depuis le début du conflit.
Traditionnellement, ces hausses de coûts sont d’abord supportées par le fabricant de puces, puis par les fabricants de dispositifs, avant d’être répercutées sur le consommateur. Cela ne devrait donc être qu’une question de temps.
La réponse de Taïwan
Pénurie, mais pas de rationnement. Taïwan affirme qu’il n’y aura pas de rationnement, ayant réussi à sécuriser des approvisionnements alternatifs des États-Unis et d’Australie jusqu’en avril. Le Japon, qui achète plus de GNL qu’il ne consomme, joue un rôle tampon dans cette situation tendue.
Conclusion : des enjeux qui perdurent
Le véritable risque réside dans la durée du blocage : il pourrait s’étendre sur des mois, exacerbant une crise qui touche déjà le cœur de l’industrie technologique mondiale.
