Sdes histoires comme un film, de la drogue, des dissidences, un amour déchirant et des citations élevées (bleu Klein). Ce sont les temps des chansons en compétition à Sanremo 2025. Puis Naples, le monde latin et quelques pièces photocopiées. Pas de guerre et de graves problèmes sociaux, comme il l’a dit (et l’a dit lors des séances de pré-écoute) Carlo Conti. En bref, des micro-mondes au lieu de vastes panoramas. Pas de rock donc, juste de la pop, du rap (mélangé de pop), de l’urbain et quelques pincées de soul. Bref, c’est la trêve à Sanremo aussi. Il est difficile d’identifier un gagnant sur 30 chansons (qui auraient pu atteindre 36 : 6 – encore une fois Conti – méritaient de participer au concours). Il y a de grandes choses parmi les auteurs-compositeurs, Brunori Sas et Cristicchi, alors que le reste de la sélection est assez moyen et homogène, surtout dans le domaine du rap et du trappeur, Dove surprend cependant Ma parole De Shablo avec Guè, Joshua et Tormento (une vraie explosion de rythme et de rimes).
Sanremo 2025 : aperçu des bulletins des 30 chansons en compétition
Francesco Gabbani Longue vie à la vie. Note : 5
Pop et mélodie avec un grand orchestre. Hymne à l’aide, au soutien de soi, avec un accent sur la fragilité (« paralysie », « anesthésie » : évidemment au sens figuré). Le message est positif mais, pour celui qui a gagné avec Le karma des Occidentaux à droite avec Conti, également très anonyme.
Phrase : Longue vie à la vie telle qu’elle est/Vive la vie cette vie-là.
Claire Fièvre. Note : 5
Basses dansantes avec changements de rythme żum żum et ouvertures lyriques. Cela fonctionne sans complètement casser le dancefloor. Citation sophistiquée : « Bleu Klein » : qui sait qui le reconnaîtra à la première écoute.
Phrase : Seul sur une terrasse/Tout le monde fait du bling bling, je ne m’aime même pas.
Willie Peyotl Merci mais non merci. Note : 6
Attaque contre les conventions et contre ce qui est approprié de faire ou devrait être fait. Un regard large sur les tics et les poses des médias sociaux. C’est vrai, c’est vrai ; oui au victimisme, non au soutien de tout le monde avec mes impôts. Réussi, mais en retrait.
Phrase : Et tu as essayé plus de fois que Jalisse.
Naomi Si tu tombes amoureux, tu meurs. Note : 6/7
Noemi classique qui fait monter le sel avec un potentiel de décapage des veines. L’évolution est celle d’une histoire d’amour et le risque que tout dépérisse. Piano, colère et réflexion ; un résultat qui convainc sans vraiment annihiler.
Phrases: Parce qu’il est impossible d’oublier ces nuits/Avec le sourire et les poches sous les yeux.
Noémi. (Nicolò Parsenziani)
Lucio Corsi Je voulais être dur. Note : 7
Une très précieuse étude sur l’âme qui a le débit d’une bande dessinée, d’un manège innocent sur le monde. Avec l’émerveillement des choses simples, avec la mère qui fait des recommandations et les tournesols qui préviennent des dangers. Il apporte de la mélancolie avec un texte de clôture à la David Lynch : « Je ne suis que lumière ».
Phrase: Je voulais être dur/Mais je ne suis personne
Rkomi Le rythme des choses. Note : 6+
Reconnaissance urbaine sur un tapis de bar. Bonne tenue, circulaire et assez hypnotique. Il a de la force, mais pas assez pour rester comme la photographie dont il voudrait être un avertissement.
Phrase: C’est un decrescendo moderne/C’est un enfer qui brûle lentement
Les couleurs Toi avec qui tu fais l’amour. Note : 6
Jeux de mots et frénésie de danse. L’un des groupes à succès pousse sur une base comme beaucoup d’autres un refrain juteux introduit par un pré pont efficace : minimum-mikonos. Des mers de bras tendus et des pistes de danse remplies de familles, y compris de grands-mères, sont attendues.
Phrase: Je t’aime un peu/Tu m’attends à Mykonos
Rocco Chasse Encore mille voix. Note : 7
Napolitain mêlé à l’italien. Et le résultat est très bon, avec un rap et une pop qui mélange le Vésuve et les dancefloors de tous les lieux. Difficile de résister au refrain du « Encore mille votes/et rire/et discuter ». Réconfortant
Phrase: Les accusations de Campà sont dures/C’était mieux chez nous.
Méchant Rose Interdire. Note : 6
La reine du streaming de l’année dernière se répète. Le style, les cris de danse, les changements brusques de rythme. Et ces ouvertures de chanteurs ont été immédiatement suivies par un rap excité. Le texte est un monde dans lequel règnent la citation pop, la nostalgie et la commisération. Un épisode assez prévisible, mais toujours amusant. La fausse fin est à applaudir avec elle au concert.
Phrase: Je ris de notre sort adverse/J’écoute Au moins toi dans l’univers.
Brunori Sas Le noyer. Note : 7 et demi
Très agréable. L’histoire d’amour est bien soutenue par des images de temps et d’espace, puis s’ouvre sur un refrain délicieux et émouvant entre désir et conscience. Une page de journal mise en musique. Le public de Sanremo le comprendra-t-il ?
Citation : J’ai grandi dans un pays cruel où la neige se mélange au miel.
Brunori Sas. (Bureau de presse)
Serena Brancale Anème et noyau. Note : 5
Tout le monde en piste, rythme et carpe diem. Le rêve est celui d’un voyage de toi et moi, star d’une histoire côtière et décapotable. Les rituels et les clichés sont au rendez-vous. Touristique
Phrase : Ce soir, nous serons deux stars du cinéma italo-américain.
Irama Lentement. Note : 6++
Piano et voix qui s’envolent (la sienne, que tout le monde n’aime pas). Filippo Maria Fanti sait faire des ballades et quand on l’écoute il y a quelque chose de magique, même si à la longue le feu semble s’éclaircir.
Phrase : Tu étais cruel, cruel, cruel/Froid comme neige neige neige.
Marcella Bella Peau de diamant. Note : 5
Marcella entre les flashs tout en se présentant comme une icône, elle et les femmes, avec toutes les autojustifications et autocertifications nécessaires. Le frisson, cependant, est plus que félin et très effrayant. On ne peut pas dire qu’il n’a pas essayé. Ce qui est sûr, c’est que – comme prévu – ce sera la sculpture de Sanremo 2025, d’autant plus si le look est conçu en conséquence.
Phrase : Salope, peut-être, mais surprenante
Achille Lauro Des jeunes inconscients. Note : 7-
Pop par métier. Mais le rêve d’adolescent est agréable, et avec des moments forts épiques (l’utilisation – soudaine – d’un sax new-yorkais sur le toit). C’est Achille en état de pureté. Connu, connu, agréablement douloureux et regrettable.
Phrase : Je t’appellerai depuis un Autogrill/Dans une centaine d’années environ.
Élodie Oublier à sept heures. Note : 6/7
Ballade déguisée en pièce de danse. En fait, un vague sentiment de nostalgie d’ailleurs plane sur l’ensemble du morceau, immédiatement abattu par la grosse caisse droite modérée. Terminé, cela ressemble à un rêve, juste à temps pour réaliser à quel point ce “Oublie à 7 heures” répété dans le refrain (7 heures du matin, d’ailleurs) tue absolument les mouches.
Phrase : Mais quel étrange effet cela produit d’avaler la vérité.
Tony Effé Donne-moi ta main. Note : 6
Tangone avec un hommage très flatteur à Rome “ne sois pas stupide ce soir”, Califano, sanpietrini. Sur des nuances gitanes. Pour la série, jouez neutre et à domicile. Une Effe flatteuse emprisonnée dans un réseau d’amour, entre douleur et demandes de paix, et où elle le mène (ce qui fera peut-être sourciller quelques-uns).
Phrase : Vous n’êtes pas sincère/Vous êtes dangereux.
Massimo Ranieri Un coeur dans ses mains. Note : 7 et demi
Écrit par Tiziano Ferro et Nek, entre autres. Et vous pouvez le sentir. Musique cristalline et linéarité de la pensée, avec un sens progressif du drame et de la fin. Ça vole sur des violons et une dimension mélodrame bien ficelée.
Phrase : Et je sauverai ton cœur au fond de la mer/la vie l’a brisé et il continue d’aimer.
Sarah Toscano Amarcord. Note : 5/6
Cela ne révolutionnera pas la danse, mais cela a du bon. Même s’il est difficile de l’extraire du tapis de danse généralisé qui réunit trop de chansons de ce Sanremo 2025. Épuisant.
Phrase : La soirée rigole mais ça a l’air romantique/on dirait la zone la plus sombre d’un parc d’attractions.
Fédez Battez-vous. Note : 6
Moitié dissidence envers Chiara (Ferragni) et moitié prescription médicale, moitié chanson tactile et moitié séduction de trop de traumatismes. Un journal d’une année de vie, pas une vie comme tant d’autres disons. Appelez ça du pop rap pharmacologique.
Phrase : Fluoexetine, peu de salive/Quand je me surprends à parler de toi.
Géorgie Le remède pour moi. Note : 6 et demi
Blanco fait partie des auteurs. Et la chanson classique de Giorgia à Sanremo se décompose tout en restant fidèle à sa puissance vocale. Mais il ne meurt pas, abandonner un noyau accrocheur et convaincant est insaisissable (ce qui pour beaucoup n’est peut-être pas du tout un démérite, bien au contraire).
Phrase : Plus tu te rapproches, plus je m’éloigne.
Olly Nostalgie stupide. Note : 5/6
Pop générique de soul et de colère, entre le domestique et l’urbain. Peut-être que ce ne sera pas le cas, peut-être que c’est déjà fini, mais je t’aime. Le titre de la chanson est idiot et l’interprétation est idiote.
Phrase : J’allume la télé juste pour me tenir compagnie.
Coma_Cose Petits coeurs. Note : 7/8
Ce Cuoricini est un véritable carton (qui jette l’esprit sur l’indestructible facilité de Cigales par Heather Parisi et même le QuaQua Danse par Romina Power). Disque arrière extrêmement collant et imparable. Il aura du mal à s’imposer, mais le classement est assuré pour un an.
Phrase : Un canapé et deux téléphones portables sont le tombeau de l’amour/même le médecin nous l’a dit.
Coem_Cose. (Silvia Violante)
Simone Cristicchi Quand tu es petit. Note : 7 et demi
Une composition précieuse centrée sur la figure d’une mère, jouée petite dans le sens de petite, faible, fragile. La lecture semble être la seule possible, c’est-à-dire celle d’une démence irréparable. Déchirant.
Citation : Il y a des choses qu’on ne peut pas effacer/Il y a des câlins qu’on ne devrait pas gaspiller.
Emis Killa Démons. Note : 5
Zoom zoom sur une histoire urbaine de chagrin et de fin du monde. Là aussi, recours généralisé aux prescriptions médicales, Fentanyl ; puis des tapis rouges et des cocktails Molotov. Malédiction et décadence. Et peu de choses qui restent.
Phrase : Sous une pluie de cocktails Molotov/Je sais déjà que ça finira comme ça.
Joan Thiele Écho. Note : 7 et demi
«Bang bang woo», récite Joan à un moment donné. Mais les onomatopées ne doivent pas induire en erreur avec celles des autres confrères. Le morceau est définitivement très bon, le premier de ces 30 à sonner nouveau et surprenant, agile et énigmatique dans le tissage d’une relation amoureuse. Dans la structure de l’âme, on entend beaucoup Amy Winehouse, mais ce sont des détails.
Phrase : Mais si tu es là, j’ai plus de courage.
Mode je ne t’oublie pas. Note : 5
Un pop rock hurlant et excité qui se jette dans un mur sonore. Comme eux seuls, hélas, savent faire et répéter.
Phrase : C’est difficile de l’accepter mais nous ne sommes plus les mêmes.
Gaïa J’appellerai, tu appelleras. Note : 6-
Une petite Batida de Coco, une petite ballade acide. Selon le livre, avec chaque gadget et citation pop qui est la plus correcte et la plus efficace, chaque case est signalée. Il gagne sur la longueur, prenant par épuisement.
Phrase : Heureusement qu’il n’emporte pas l’iPhone dans les hautes vagues de Rio.
Francesca Michielin De la boue au paradis. Note : 6+
Très long chapitre explication de la vie quotidienne qui s’accélère et ralentit, et s’accélère. Fondamentalement, la paraphrase de la pièce de Noémi, avec de bonnes choses perdues dans une mer de détails. Lorsque vous atteignez la fin, vous avez l’impression de vous réveiller d’un podcast.
Phrase : Le plafond n’est plus là / Qui sait avec qui vous aurez un enfant.
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