Tant de violonistes, tant de Vivaldi. Et à quoi ressemble le “printemps” idéal Les quatre saisons? Ensoleillé, lumineux ou gris-vert pâle ? La vérité est, bien sûr, toujours différente. Comme le vrai printemps.
Le violoniste sino-australien Christian Li (2007) a reçu une nomination aux Edison ce mois-ci pour son premier album mettant en vedette Les quatre saisons. Li est tellement doué qu’à l’âge de six ans, après un an de cours, il jouait déjà des morceaux comme celui de Bach Double-concert: répertoire auquel les étudiants moyens parviennent après environ six ans (ou jamais). De plus, Li a une allure tellement enjouée qu’on comprend immédiatement qu’il a également été recruté comme sergent publicitaire pour le lait chinois pour tout-petits.
En 2018, Li a remporté la finale junior du Concours Menuhin avec Vivaldi. La la vidéo a depuis été diffusée 2,5 millions de fois. Ce que vous voyez et entendez est incontestablement un enfant, mais vous ressentez également la promesse que Li remplit ici sur son premier album : individualité, musicalité irrésistible, énorme flexibilité physique.
Li joue pieds nus, “parce qu’autrement on entendrait des bruits de pas”. Il entraîne avec lui le Melbourne Symphony Orchestra par la vitalité contagieuse de son jeu. Pas de Vivaldi authentique ici, mais un Vivaldi qui fait vivre la musique très physiquement, qui colore méticuleusement des figures de répétition baroques, chacune un peu différemment, évoque une calvitie glaciale et évoque des agneaux printaniers fringants pour l’oreille de l’esprit.
Le violoniste star français Renaud Capuçon croque les saisons dans des couleurs plus claires et plus sobres. L’élasticité rythmique de l’orchestre de chambre lausannois que Capuçon dirige est belle. Mais quand il s’agit de faire jaillir la virtuosité, la joie de vivre de Li « l’emporte ». A Capuçon, c’est l’association de Vivaldi avec les concerts de Joseph Bologne, chevalier de Saint-George (1745-1799) – plus connu sous le nom de « Mozart noir » – qui porte ses fruits : une élégance fraîche et classique.
La violoniste baroque Amandine Beyer est le centre rayonnant de l’album Le Mondo à Rovesciole monde à l’envers. Pas seulement l’exubérant Concerto pour violon en fa (RV 572) qui reçut ce surnom, tout le monde de Vivaldi scintille et scintille sur cet enregistrement, par Beyer ainsi que les autres solistes et l’excellent orchestre baroque Gli Incogniti. On vit l’album comme si on se perdait dans une bonbonnière baroque : mesure pour mesure c’est passionnant.

