Le Projet Insensé : El Caballero du Dragon

En 1982, pendant le tournage de Fitzcarraldo dans la jungle amazonienne, Werner Herzog se retrouvait face à une proposition totalement surréaliste : des indigènes locaux lui proposaient d’éliminer Klaus Kinski, un acteur célèbre pour sa problématique attitude sur les plateaux. Bien que Herzog ait refusé, il confia plus tard qu’il avait envisagé de sérieusement accepter cette offre.

Un Cinéma Espagnol en Quête d’Audace

Au milieu des années 80, le cinéma espagnol était encore loin de rivaliser avec Hollywood. Les superproductions de science-fiction étaient le domaine réservé de Spielberg et Lucas, tandis que l’Espagne se concentrait sur des comédies modestes. C’est alors que le réalisateur Fernando Colomo a décidé de faire exactement l’inverse : créer une épopée médiévale de science-fiction, avec des extraterrestres, des châteaux et le plus gros budget de l’histoire du cinéma espagnol à l’époque. Le résultat fut si chaotique qu’il devint un symbole d’échec total… et plusieurs décennies plus tard, un film culte révélé même par Quentin Tarantino.

Une Histoire Folle au Cœur D’une Production Débridée

Intitulé El Caballero du Dragon, le film mêle le mythe de Saint Georges à des éléments de Rencontres du Troisième Type, de la comédie absurde et de la science-fiction romantique. Il commence avec un vaisseau spatial confondu pour un dragon en plein Moyen Âge, où un extraterrestre silencieux (interprété par Miguel Bosé) tombe amoureux d’une princesse après l’avoir accidentellement enlevée.

Un Budget Démesuré et un Tournage Chaotique

Colomo, ayant déjà connu le succès avec les comédies de la Movida, s’engage dans un projet titanesque pour les standards espagnols. Le budget a franchi les 300 millions de pesetas, un montant surréaliste à l’époque. Le tournage fut un enchaînement de retards, de pluies, et de situations presque surréalistes, avec des figurants confrontés à des conditions dantesques.

Des Acteurs Célèbres dans un Tourbillon d’Extravagance

Le casting était également loufoque. Harvey Keitel, au creux de sa carrière, et Miguel Bosé, désigné extraterrestre, ont donné vie à des personnages emblématiques. Klaus Kinski, connu pour son tempérament orageux, ajouta une touche explosive au tournage, défiant l’équipe quotidiennement et se révélant une véritable bombe à retardement.

Une Réception Catastrophique

À sa sortie en 1985, El Caballero du Dragon fut sévèrement critiqué. Les critiques qualifièrent le film de fantaisie maladroite et absurde, bien que le film ait trouvé un petit public et atteint la septième position au box-office espagnol. Colomo se retrouva avec des dettes colossales de 50 millions de pesetas et sans les droits internationaux après un procès perdu à Hollywood.

Du Désastre à l’Estime Cultuelle

Progressivement, El Caballero du Dragon fit l’objet d’une nouvelle appréciation. Sa combinaison unique de genres et son ton naïf attirèrent un public fascinant. Des festivals comme CutreCon l’ont célébré comme œuvre culte, et le film a été restauré en 4K, quarante ans après sa première. Tarantino lui-même a remercié la marcianada de Colomo lors d’une rencontre, cherchant à comprendre ce qui faisait son charme.

Finalement, cette aventure dont personne n’attendait rien a transformé l’échec en un artefact cinématographique, prouvant que même les plus grands désastres peuvent devenir des trésors culturels.



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