## L’ascension de Japon dans le secteur des semi-conducteurs
Dans les années 80, le Japon dominait le marché mondial des semi-conducteurs, contrôlant plus de la moitié de celui-ci. Des entreprises telles que NEC, Toshiba, Hitachi et Fujitsu surpassaient de grands noms américains comme Motorola et Intel. Cependant, cette ère dorée a laissé place à une concurrence acharnée, principalement en provenance de Taiwan, de Corée du Sud et de Chine. Aujourd’hui, le Japon se bat pour regagner sa place sur cette scène technologique.
### Rapidus : la nouvelle aube du Japon
L’année dernière, le paysage technologique a été marqué par la création de Rapidus Corporation, un consortium regroupant des géants japonais comme Sony, Toyota et SoftBank. L’objectif de cette initiative est clair : rétablir la position du Japon dans le secteur des semi-conducteurs. Initialement, Rapidus visait un développement rapide vers des puces de 2 nm d’ici 2027. Cependant, des ajustements ont été nécessaires, notamment en ce qui concerne la structure de l’entreprise.
#### Un investissement national stratégique
Le gouvernement japonais prend un rôle central dans Rapidus, devenant l’actionnaire principal avec une participation initiale de 10% des droits de vote. En cas de difficultés, l’État pourrait augmenter sa part au-delà de 50%. Le capital total a explosé, atteignant 420 milliards de yen (environ 2,7 milliards de dollars), alors qu’il n’était que de 50 millions en 2022.
### Une protection renforcée du capital national
Le Japon a également introduit des “actions dorées”, permettant au gouvernement d’exercer un droit de veto sur des décisions cruciales concernant la direction de l’entreprise. Cette action vise à protéger Rapidus contre les acquisitions étrangères et à assurer la souveraineté du projet.
#### Les investisseurs en tant que clients
Rapidus bénéficie du soutien financier d’un large éventail d’entreprises japonaises, incluant Sony et Toyota, qui ont investi ensemble 167,6 milliards de yen (1,075 milliard de dollars). Ces entreprises seront également des clients potentiels pour la production de silicium de Rapidus, créant ainsi un écosystème mutuellement bénéfique.
### Des ambitions renouvelées
Le CEO de Rapidus, Atsuyoshi Koike, a récemment ajusté les objectifs de production, prévoyant un lancement des opérations de masse en mars 2028. Bien que cela constitue un retard, les projets avancent vers la fabrication de puces encore plus avancées, allant jusqu’à 1,4 nm, voire 1 nm dans le futur.
#### Une promesse de rapidité
L’une des caractéristiques distinctives de Rapidus sera sa capacité à livrer des semi-conducteurs rapidement. Le projet prévoit une automatisation significative du processus de fabrication, réduisant potentiellement le temps de cycle de production de 66%, ce qui pourrait le rendre compétitif face à des leaders comme TSMC.
### L’engagement du Japon dans le secteur des semi-conducteurs
La première ministre, Sanae Takaichi, affiche un engagement fort envers ce secteur, avec des investissements représentant 0,71% du PIB du Japon, bien supérieur à ceux des États-Unis (0,21%) et de l’Allemagne (0,41%).
### Défis et critiques
Malgré cet élan, la stratégie de soutien public-privé a ses détracteurs. Takero Doi, professeur à l’Université Keio, souligne les risques associés à un manque de responsabilité dans ce type de partenariat. La question de la direction du projet, entre secteur public et privé, reste en suspens.
### Plan B : Une stratégie hybride
En plus de soutenir Rapidus, le gouvernement japonais collabore également avec TSMC pour améliorer les installations de production au Japon. Cette approche hybride vise à combiner l’expertise de TSMC avec le développement d’une alternative nationale.
En résumé, le Japon cherche à renouer avec son passé glorieux dans le domaine des semi-conducteurs grâce à Rapidus. Cependant, le chemin est semé d’embûches, et la réussite nécessitera une stratégie bien équilibrée entre ambition nationale et collaboration internationale.

