La Création du “Fonds España Crece” : Un Pas en Avant ou Simple Duplication ?
Pedro Sánchez a récemment annoncé la création d’un fonds dénommé “España Crece”, qui sera géré par l’ICO (Institut de Crédit Officiel) avec une dotation initiale de 10,5 milliards d’euros. Ce montant provient des fonds Next Generation que le gouvernement espagnol n’a pas réussi à dépenser avant la clôture prévue en 2026. Cette initiative vise à mobiliser 120 milliards d’euros supplémentaires grâce à des investissements privés et à l’endettement.
Les Objectifs du Fonds
Le but déclaré du fonds est de maintenir l’impulsion réformatrice au-delà de la date butoir fixée par l’Union européenne. Les fonds européens actuels expireront cette année, constituant le pilier de l’investissement public du gouvernement, notamment dans un contexte où aucun budget n’a encore été approuvé durant cette législature.
Un Besoin Urgent
L’annonce de cette nouvelle initiative arrive à un moment critique, avec un risque imminent de perte des 10,5 milliards d’euros non utilisés. Cela soulève des questions sur l’urgence et la pertinence de ce fonds dans la stratégie économique globale de l’Espagne.
La Confusion du Terme “Fonds Souverain”
Utiliser le terme “fonds souverain” pour désigner “España Crece” entraîne une confusion, car les fonds souverains classiques, comme ceux de Norvège ou d’Arabie Saoudite, sont issus de superávits structurels, généralement liés aux ressources naturelles ou à des échanges commerciaux positifs. À l’inverse, l’Espagne n’a pas enregistré de superávit budgétaire depuis 2007, une situation exacerbée par la crise financière de 2008.
Comparaison avec d’autres Modèles
Il est important de noter que ce qui a été présenté par le gouvernement ressemble davantage à une banque d’investissement réformée qu’à un fonds souverain traditionnel. Le modèle le plus similaire pourrait être le National Wealth Fund britannique, qui recueille des fonds privés pour investir dans des technologies vertes et l’industrie avancée.
En Chiffres
- 10,5 milliards d’euros : Dotation initiale publique, comparable au fonds SEPI créé lors de la crise de 2020.
- 120 milliards d’euros : Capacité théorique si l’on inclut les investissements privés.
- 60 milliards d’euros : Ce que l’ICO pourrait mobiliser directement via un effet de levier.
- 9 secteurs d’intervention : Ce fonds se concentrera sur des domaines prioritaires comme le logement, l’énergie, la digitalisation, et l’économie circulaire.
Un Contexte Complexe
L’Espagne a réussi à maintenir une position favorable dans l’attraction d’investissements étrangers directs au cours de la dernière décennie. Toutefois, l’absence de surplus structurels limite la capacité d’innovation et de croissance économique à long terme. Le déficit persistant, obstacle majeur à la croissance, pèse sur les ambitions économiques du pays.
Le Manque d’un Plan Stratégique
Le gouvernement semble convertir une nécessité urgente – celle de ne pas perdre les fonds européens non utilisés – en une narration de souveraineté nationale. Il n’apparaît pas de plan stratégique solide fondé sur des excédents réels et durables.
Les Incertitudes à Venir
Des détails supplémentaires sur les mécanismes de co-investissement privé doivent être présentés par le ministre Carlos Cuerpo. Toutefois, l’expérience du fonds SEPI, qui a utilisé seulement un quart de ses ressources allouées, nourrit un certain scepticisme quant à la capacité de “España Crece” à générer les 120 milliards d’euros promis.
Conclusion
En conclusion, bien que l’initiative de Pedro Sánchez puisse sembler prometteuse à première vue, elle soulève de nombreuses questions sur son efficacité réelle et sa capacité à répondre aux besoins économiques urgents de l’Espagne. La comparaison avec d’autres modèles de financement et les défis structurels du pays rendent prudent tout optimisme excessif.

