Le tumulte paie en politique. Vous n’avez pas à le dire aux populistes de la Chambre des représentants. Les provocations sous forme de sous-entendus et d’insultes – apparemment improvisées, mais bien préparées – sont à l’ordre du jour. Geert Wilders et Thierry Baudet ont pu encore marquer au début des Réflexions Politiques Générales.
Wilders fait l’expérience d’être ce premier jour la plus belle heure de l’année politique. C’est pour ça qu’il le fait. Devant un large public, à la maison et dans une Chambre des représentants bondée, il peut servir ses dernières trouvailles insultantes tout en étant acclamé enfantinement par ses adjudants depuis leurs bancs.
A l’époque, il avait imaginé ‘Company caniche’ pour Job Cohen (PvdA). Jan Paternotte (D66) a donné à Wilders un avant-goût verbal de sa propre médecine en l’appelant “le caniche de la compagnie de Poutine”. Cela a touché un nerf sensible, car Wilders n’aime pas qu’on lui rappelle sa sympathie pour Poutine. Il a même franchi une étape qui lui était propre : lorsqu’on lui a demandé, il a admis à contrecœur qu’il avait mal évalué l’invasion russe de la Crimée en 2014.
Wilders avait inventé un nouveau mot pour un autre membre du D66, Rob Jetten : « psychopathe du climat ». Il a dû y réfléchir longtemps. Le « potentat climatique » n’était-il pas plus adapté ? Après tout, vous avez clairement indiqué qu’il s’agissait d’une personne puissante. “Nos électeurs ne connaissent pas ce mot”, aura argumenté Dion Graus, son disciple préféré. Puis c’est devenu “psychopathe climatique”, ça rimait aussi et c’était peut-être encore plus insultant.
À la recherche d’une nouvelle insulte, Baudet tombe sur l’insinuation selon laquelle la ministre Kaag aurait été recrutée par un service secret pendant ses études britanniques. Comme à son habitude, il avait besoin d’une phrase inimitable qui ramènerait une fois de plus ses fameuses « élites mondialistes » à la surface. Il a fait une impression précipitée et agitée, on pourrait presque penser que ce n’est pas sa femme, mais lui-même qui a dû accoucher.
N’était-ce pas trop de (dés)honneur pour lui lorsque tout le cabinet s’est retiré ? Cela ne l’a-t-il pas placé dans le rôle de victime de l’esprit dissident rebelle qui est privé de la parole ? Bien sûr, il a par la suite nié avoir voulu dire que Kaag était (était ?) un espion : « Je ne dis pas cela. C’est bien de savoir où elle a étudié. Et bien sûr Baudet était soutenu en cela par Wilders : « Il n’a pas dit qu’elle était une espionne. L’hypocrisie fait aussi partie du métier de populiste.
De cette façon, Wilders et Baudet obtinrent à nouveau ce qu’ils voulaient : du tapage et du bruit. Vous voyez la Chambre aux prises avec ce phénomène. La plupart des parties sont restées silencieuses pendant que Wilders continuait à discuter, mais Paternotte, Segers, Azarkan et Hermans ont de nouveau doublé son temps de parole avec leurs chahuts. Une salle d’écoute silencieuse et indifférente, d’où quelqu’un sort régulièrement pour aller aux toilettes, serait une toile de fond moins inspirante pour Wilders. Cela l’obligerait également à être plus court en tissu.
L’humour et le flegme peuvent aussi être des armes adéquates dans la lutte contre la méchanceté populiste. Sous les insinuations de Baudet, Kaag est partie voiles levées, poussée par une indignation compréhensible, mais peut-être, se désignant elle-même, aurait-elle dû lui crier : « La voici, Mata Hari !
Une version de cet article est également parue dans le journal du 23 septembre 2022

