Malgré l’opposition des avocats, des eurodéputés et de plusieurs commissaires européens la Commission européenne a accepté mercredi avec le plan de relance corona du gouvernement polonais. La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, confirmera cette décision lors de sa visite à Varsovie ce jeudi.

L’approbation du plan polonais ouvre la voie à un décaissement de 35,4 milliards d’euros – 23,9 milliards sous forme de cadeaux, 11,5 milliards sous forme de prêts bon marché – du fonds européen de relance corona pour un total de 800 milliards d’euros. Bruxelles et Varsovie se sont disputées pendant près d’un an au sujet du soutien corona parce que la Commission européenne a exigé que le gouvernement polonais inverse d’abord partiellement l’effondrement de l’État de droit.

Les détracteurs de l’approbation soutiennent que la Pologne ne remplit pas les conditions d’aide de l’UE et que la Commission fait des concessions à tort. Ce serait une décision politique au détriment de l’État de droit, destinée à préserver l’unité européenne vis-à-vis de la Russie. La Pologne a désespérément besoin des milliards européens pour compenser la forte inflation et accueillir 3,6 millions de réfugiés ukrainiens.

Suspendu ou poursuivi

Le conflit s’est concentré sur la Chambre disciplinaire, un organe controversé qui punit les juges polonais qui font preuve de déloyauté envers le gouvernement, par exemple en demandant un arrêt à la Cour européenne de justice. Ils sont amputés de leur salaire, mutés dans une autre région, suspendus ou poursuivis. La chambre disciplinaire n’est qu’une des mesures prises par le parti au pouvoir PiS, au pouvoir depuis 2015, portant atteinte à l’indépendance de la justice polonaise. Le gouvernement contrôle également l’organe qui nomme les nouveaux juges.

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En juillet de l’année dernière, la Cour européenne de justice a jugé que les mesures disciplinaires contre les juges critiques étaient contraires au droit européen. En octobre, une amende de 1 million d’euros par jour a suivi pour ne pas avoir levé la chambre disciplinaire illégale. Cette amende s’élève désormais à 218 millions d’euros. Le même mois, la Cour constitutionnelle polonaise, composée de juges favorables au gouvernement, a statué que les arrêts de la Cour européenne n’étaient pas nécessairement contraignants en Pologne. Le pays se place ainsi de facto en dehors de l’ordre juridique européen.

Von der Leyen a déclaré à plusieurs reprises que la Commission européenne fixait trois conditions pour le paiement de l’aide corona à la Pologne. Ce soi-disant jalons (jalons) sont la suppression de la chambre disciplinaire, la réintégration dans les fonctions des juges suspendus et la modification des mesures disciplinaires.

Les critiques disent que c’est une décision politique de maintenir l’unité au sein de l’UE

La semaine dernière, la chambre basse de Pologne, le Sejm, a voté en faveur du projet de loi du président Andrzej Duda visant à abolir la chambre disciplinaire. Pour von der Leyen, la Pologne remplit donc les conditions. L’abolition doit encore être approuvée au Sénat, où l’opposition est majoritaire.

Avocats internationaux, unis dans Les bons profs du lobby, dire que l’abolition est une feinte. Dans un article d’opinion du NRC, deux avocats néerlandais qui suivent la jurisprudence polonaise ont décrit l’intervention comme des “signes suspendus”. Le retour des juges suspendus n’est possible que par une procédure de sélection compliquée.

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Laurent Pech, professeur de droit européen à la Middlesex University de Londres, évoqué la suppression de la chambre disciplinaire dans Politique “une fausse opération de mise en conformité”. Pas de chance : « La Commission fait semblant de faire respecter l’État de droit et le gouvernement polonais fait semblant de coopérer. Daniel Freund, député européen des Verts, parle sur Twitter honte de l’approbation† « Cette décision est pour les livres d’histoire. Ce jour restera dans les mémoires comme le jour où von der Leyen a abandonné la protection de l’État de droit et la défense des valeurs de l’UE. Quel désastre.”

Charpentiers contre

Selon des journalistes bruxellois, Frans Timmermans, premier vice-président de la Commission, et Margrethe Vestager, commissaire européenne à la concurrence, ont voté contre l’approbation du plan polonais. Trois autres commissaires aux portefeuilles importants (Jourová, Johansson et Reynders) seraient également contre, mais n’ont pas pu assister au vote mercredi après-midi. Une telle opposition au sein de la Commission est inhabituelle et montre à quel point la décision est controversée.

Pour Von der Leyen, il est essentiel de résoudre ou d’atténuer les conflits au sein de l’UE, notamment à cause de la guerre en Ukraine. En début de semaine, un compromis a été trouvé avec beaucoup de difficulté sur un boycott pétrolier contre la Russie. La Pologne est un partenaire indispensable dans les mesures contre la Russie. Cette approbation est un coup de pouce pour le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki. Il peut bien utiliser cela dans son propre pays. Le SP nationaliste-catholique dirigé par le ministre de la justice Zbigniew Ziobro, l’un des deux partenaires de coalition du PiS, accuse Morawiecki de défendre trop peu les intérêts polonais dans les querelles avec l’UE.



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