La inégalité salariale entre les sexes en Colombie : un défi persistant

En Colombie, la question de l’égalité au travail demeure un sujet de préoccupation. Les chiffres officiels révèlent que, malgré un niveau d’éducation supérieur et une plus grande qualification des femmes par rapport aux hommes, ces dernières se heurtent à des obstacles considérables lors de leur recherche d’emploi, de leur promotion ou encore pour obtenir une rémunération équitable. La situation semble paradoxale : les femmes étudient davantage, mais gagnent moins et assument une partie importante des responsabilités domestiques.

La Fédération Colombienne de Gestion Humana (Acrip) a publié les résultats de son Recherche Nationale de Salaires et Bénéfices, un rapport qui met en lumière les écarts économiques entre les sexes à différents niveaux hiérarchiques. Dans le secteur de la haute direction, par exemple, les femmes affichent des revenus en moyenne de 35,9 millions de pesos, supérieurs aux 34,4 millions de pesos perçus par les hommes, ce qui constitue une différence positive de 1,5 million de pesos en faveur des femmes.

Un constat préoccupant : l’écart salarial persistant

Cependant, cette singularité ne modifie pas la situation globale. Dans les postes de gestion intermédiaire, les hommes gagnent en moyenne 18,2 millions de pesos, tandis que les femmes touchent seulement 16,8 millions de pesos, révélant ainsi un écart de 1,4 million de pesos. Aux niveaux les plus bas, la différence est encore plus frappante : les hommes gagnent 2,2 millions, alors que les femmes ne perçoivent que 1,6 million de pesos, représentant un écart de 600 000 pesos.

De plus, une analyse du DANE en collaboration avec ONU Femmes confirme l’ampleur du problème. Le salaire moyen des femmes colombiennes correspond à 94% de celui des hommes. Ce fait devient d’autant plus significatif lorsque l’on considère que les femmes ont un taux d’éducation supérieur, avec 37% d’entre elles ayant accès à l’éducation supérieure, contre seulement 27,5% pour les hommes.

Les facteurs derrière l’inégalité

Pourquoi cette inégalité persiste-t-elle ? Les analystes évoquent plusieurs raisons. L’une d’elles est le concept du « plafond de verre », une barrière invisible qui empêche de nombreuses femmes d’accéder à des postes de direction ou de percevoir des salaires élevés. De plus, des préjugés persistent dans le monde du travail, où le travail des femmes est souvent sous-évalué, sans oublier le poids de l’informalité, qui affecte fortement celles qui ne réussissent pas à s’insérer dans le marché formel.

Un autre facteur de distorsion réside dans la différence des licences parentales. La licence de maternité, souvent plus longue, constitue un obstacle lors de la promotion ou de l’embauche, car de nombreuses entreprises la considèrent comme un coût supplémentaire. Cette réalité se reflète également dans le taux de chômage : tandis que le chômage est de 6,7% chez les hommes, il atteint 11,2% chez les femmes.

La charge domestique des femmes

L’inégalité ne se limite pas au marché du travail. Elle se manifeste également dans le domaine domestique. Selon le DANE, plus de sept millions de femmes en Colombie ne travaillent pas parce qu’elles se consacrent à des soins non rémunérés à domicile. En revanche, chez les hommes, ce chiffre dépasse à peine 919 000. Pour chaque homme qui assume ces tâches, près de huit femmes en portent le fardeau.

Cette disparité est devenue encore plus évidente en août dernier, lorsque 250 000 femmes ont quitté leurs postes ou ont cessé de chercher un travail pour se consacrer à des tâches de soin. En comparaison, seulement 19 000 hommes ont changé cette situation pour entrer sur le marché de l’emploi.

Les conséquences sur la perception du travail domestique

Les sondages sociaux corroborent ce constat. Dans la dernière enquête de Pulso Social, lorsqu’on a demandé « Quelle activité a occupé la majeure partie de votre temps la semaine dernière ? », 48,4% des femmes ont répondu qu’elles avaient passé leur temps dans des tâches ménagères. En revanche, parmi les hommes, seuls 14,7% ont donné cette même réponse; leur option la plus fréquente était « travailler », avec un taux de 69%.

Il n’est donc pas surprenant que de nombreuses femmes se sentent écrasées par la charge de travail à domicile. Environ 21,4% des femmes jugent que ces tâches leurs imposent un poids excessif, contre seulement 8,1% des hommes.

Les inégalités de genre en Colombie sont donc non seulement visibles à travers des chiffres et des statistiques, mais elles se manifestent dans le quotidien, le temps et l’effort consacrés à des tâches souvent invisibles. Il est crucial de continuer à sensibiliser sur ces questions et d’agir pour réduire l’écart salarial, promouvoir l’égalité des genres dans le travail et redistribuer les responsabilités domestiques pour un avenir plus équitable.



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