La Nuit où le Congrès a Débat un Avenir Incertain pour Isabel Perón
Contexte Politique Tumultueux
Le 25 février 1976, la Chambre des députés de l’Argentine était en ébullition. Alors que le pays s’enfonçait dans une crise économique et politique sans précédent, la présidente María Estela Martínez de Perón était confrontée à une demande de jugement politique. La discussion portait sur son “inaptitude politique”, fondement d’une initiative destinée à la destituer.
Les chiffres étaient alarmants : le taux d’inflation avait atteint 14,6 % en janvier, entraînant une hausse de 359 % des prix sur l’année. La désoccupation était galopante et la monnaie nationale s’écroulait face au dollar, ce qui ne faisait qu’accentuer le mécontentement populaire.
L’Embardée Économique et le Lockout Patronal
Au milieu de ce tumulte, les magnats du secteur privé avaient exacerbé la situation par un lockout patronal. Le 16 février, une assemblée d’entrepreneurs s’était mobilisée afin de dénoncer les prétendues pressions “subversives”. Leur but était clair : renverser le gouvernement de Perón.
Dans cette ambiance de crise, la présidente tenta une manœuvre désespérée en remplaçant son ministre de l’Économie, et en faisant appel à des mesures d’austérité. Cependant, ces initiatives, bien qu’éprouvées, n’allaient pas sans provoquer de vives réactions des travailleurs.
La Proposition de Jugement Politique
Les promoteurs du jugement, dont des députés de la Fuerza Federalista Popular, espéraient qu’un soutien au sein du parti péroniste, alors divisé, leur permettrait d’obtenir les deux tiers nécessaires pour leur proposition. Pourtant, la base péroniste était scindée entre ceux qui soutenaient radicalement Perón et d’autres qui contestaient sa gestion.
La stratégie consistait à appeler à la démission volontaire de la présidente, plaçant ainsi un intérimaire aux commandes, afin d’éviter le coup d’État militaire tant redouté.
Un Échec Retentissant
Mais cette soirée, les espoirs de l’opposition furent déçus. Au moment où la Chambre devait voter, les dissidents péronistes, qui avaient promis leur soutien, ne levèrent pas la main. Le résultat fut sans appel : le jugement fut rejeté et la présidence de Perón continua à faire face à la tempête.
Les journaux du lendemain couvraient l’événement de façon neutre, mais la réalité était que la présidence avait résisté à un nouvel assaut, bien qu’elle fût désormais condamnée.
Les Conséquences et Perspectives
Les travaux de cette nuit-là furent le point de départ d’un avenir sombre pour l’Argentine. Ceux qui croyaient qu’un jugement politique pouvait sauver les institutions avaient misé sur une illusion. La députée María Cristina Guzmán a plus tard affirmé que si le jugement avait reçu le soutien nécessaire, il aurait potentiellement stoppé le coup d’État imminent et protégé la stabilité des institutions argentines.
Aujourd’hui, cette nuit-là reste emblématique des tensions qui ont mené à l’effondrement de la démocratie en Argentine et nous rappelle que l’histoire aurait pu prendre un tournant différent.

