DFemmes afghanes. «Les femmes muselées. Prisonniers, enfermés sous la burqa, victimes éternelles de la barbarie des talibans. » C’est l’image fixe que l’histoire de l’Afghanistan nous a donnée au fil du temps. Une histoire qui la journaliste et cinéaste française Solène Chalvon-Fioriti, 36 ans, contredit.
La journaliste qui explore depuis plus d’une décennie la condition des femmes afghanes à travers des reportages, des documentaires et des livres, avec le roman-reportage La femme ici révélée : une histoire afghane»,La femme qui s’est réveillée : une histoire afghane », a-t-il raconté sa rencontre avec la Pill Force, un réseau féministe clandestin qui distribuait des pilules abortives dans les universités et les campagnes Afghans, et avec son chef, Layle, une femme puissante et rebelle, assassinée sept ans plus tard par son frère.
Avec le documentaire pour la télévision Afghans raconte quatre générations de femmes et, avec elles, l’histoire de tout un pays. «Un mot féminin longtemps confisqué depuis que les talibans ont repris le pouvoir» explique Solène je femme. “Mais les fondamentalistes ne sont que les derniers d’une longue liste.” Des Soviétiques aux forces de l’OTAN, des moudjahidines à la République éphémère qui s’est effondrée en 2021le film montre, grâce également à d’importants documents d’archives, comment les femmes afghanes ont toujours été réduites à l’invisibilité, même par leurs prétendus libérateurs.
Un instant du documentaire Afghanes.
La lutte des femmes afghanes pour la visibilité
Il a été témoin de la transformation du pays au cours de la dernière décennie. Pourquoi avoir tout de suite choisi la condition féminine pour le raconter ?
Quand je suis arrivé en Afghanistan, j’ai travaillé pour des rédactions de gauche, Libération, Radio France, mais même pour eux, la représentation des femmes afghanes devait être nécessairement misérable. Mais les femmes afghanes ne sont pas bâillonnées, leur parole existe. Bien sûr, il faut travailler dur pour l’écouter, il faut y aller, chercher un traducteur, avoir de la patience. Et maintenant, les talibans ne donnent plus de visa aux journalistes, mais on peut toujours inventer quelque chose. Je vais avec l’ONU, avec des ONG, je demande des visas pour me former.
Solène Chalvon-Fioriti. © Marie Rouge / Unifrance.
Son film montre des femmes indomptables : on aperçoit des jeunes filles avec des livres dans un atelier de couture.
Les femmes ne renoncent pas à travailler ni même à étudier. Le secteur privé en Afghanistan, depuis la fermeture des salons de beauté, est le seul où les femmes ont encore une marge de manœuvre minimale : et dans le textile elles sont vraiment très bonnes. Mais le secteur privé est complètement à terre à cause des sanctions internationales et l’Occident refuse d’y réfléchir, éteignant la seule flamme qui brûle encore pour lui. Là-bas, les femmes n’abandonnent pas : elles parviennent à enregistrer leur entreprise grâce à un chaperon, un père, un frère. Et c’est vrai, les ateliers de couture deviennent des écoles clandestines.
Le documentaire Afghanes de Solène Chalvon-Fioriti.
Comment se déplace-t-il au sol dans un endroit aussi dangereux ?
L’Afghanistan est devenu mon pays : mon fils y a été conçu, mes amis les plus importants, la marraine de mon fils, y vivent. Avec le temps j’ai appris à bouger, les premières fois j’ai fait plein de bêtises, j’ai serré les gens dans la rue et la rue est un endroit hostile. Maintenant, je me couvre beaucoup, même le visage, ce que je ne l’ai pas fait une seule fois, parce que je ne veux pas mettre en difficulté ceux qui m’accompagnent. Et avec une caméra vidéo, tout est plus difficile. Il est facile de se cacher sous la burqa si l’on n’a qu’un bloc-notes et un stylo. Mais il n’y a que l’image pour raconter cette réalité, il n’y a pas de mot écrit qui puisse transmettre les visages de ces femmes, leurs sourires et leur douleur. Aujourd’hui je ne pourrais plus faire un film comme ça Afghans, et un an s’est écoulé, mais la situation a beaucoup changé. Les femmes que je rencontre sont tellement démoralisées que j’essaie de sourire, de poser des questions sur la vie, de parler de mariages et de fêtes, car pour elles aujourd’hui la réalité quotidienne est insupportable.
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