La France et l’Italie sont des pays politiquement très similaires : partis fragiles, électeurs volatils, méfiance généralisée. La différence réside dans les institutions. Dimanche 24 avril à Paris, les électeurs ont donné une première réponse claire à qui devrait gouverner la France pour les cinq prochaines années. Ils l’ont fait grâce à un système électoral qui a permis de sélectionner le candidat effectivement préféré par la majorité des Français. Nous l’avons déjà dit et nous continuerons à le répéter : dans un pays divisé, le meilleur outil pour résoudre la question gouvernementale est un système dans lequel les électeurs choisissent les élus en utilisant deux votes et deux préférences. C’est l’utilisation de la deuxième préférence, c’est-à-dire le fait que l’électeur vote pour un candidat qui n’est pas son premier choix, qui donne du pouvoir à ceux qui votent et légitime ceux qui gagnent.

Leçon de démocratie

Le “miracle” du système français est qu’un candidat qui n’a obtenu que 28% des suffrages au premier tour est élu au second avec 58%. Près de neuf millions de Français qui n’avaient pas voté pour Macron au premier tour l’ont fait au second tour, peut-être en se bouchant le nez, mais ils l’ont fait. Macron a doublé le nombre d’électeurs ayant voté pour lui et ainsi son écart avec Le Pen qui n’était que de cinq points au premier tour a plus que triplé au second. C’est ainsi qu’un pays profondément divisé comme la France aujourd’hui a un président reconnu comme le vainqueur légitime d’une compétition serrée. On ne peut pas non plus dire qu’il y avait peu d’électeurs au second tour. Ils étaient un peu moins nombreux que les premiers mais ils n’étaient pas peu nombreux. En fait, il faut considérer comme un autre “miracle” que plus de 17 millions d’électeurs, qui n’avaient pas trouvé de candidat pour lequel ils avaient voté au second tour, soient revenus voter pour un second choix. C’est une leçon de démocratie.

Le jeu des législatures de juin

Mais ce n’est pas tout. La gouvernabilité de la France ne dépend pas seulement de l’élection présidentielle. Cela dépend aussi de ce qui se passera les 12 et 19 juin lors des élections législatives où le scrutin se déroulera avec un système à deux tours dans des circonscriptions uninominales. La constitution de la Ve République prévoit également un Premier ministre qui doit avoir la confiance de l’Assemblée nationale. Il est vrai qu’après Sarkozy, il a pratiquement disparu de la scène, devenant une sorte de chef de cabinet, entièrement dominé par le président qui fait office de Premier ministre à presque tous les égards, mais cela n’est possible que lorsque le parti du président contrôle également l’assemblée. Depuis l’introduction du quinquennat présidentiel en 2000 et la date des élections législatives proches des élections présidentielles, il n’est jamais arrivé qu’un président élu n’obtienne pas la majorité absolue des sièges. En 2017, le parti de Macron avec 43% des voix au second tour a remporté 53% des sièges.

Les désistements croisés

En sera-t-il de même cette fois-ci ? C’est probable mais pas certain. Avec le parti de Jean-Luc Mélenchon et celui de Le Pen qui ont dépassé les 20% au premier tour, avec les socialistes et les républicains qui ont toujours une présence non négligeable au niveau local (en 2017 ce dernier a pris 112 sièges), le résultat n’est pas tout à fait évident. Même les Français ont appris la technique italienne du désistement croisé et du vote utile. On l’a vu à gauche au premier tour des élections présidentielles et il est fort probable qu’on le verra, à droite comme à gauche, au premier tour des élections législatives. Le parti de Macron conserve un avantage concurrentiel, de par sa position centrale et dans le sillage de la victoire présidentielle, mais il n’est peut-être pas aussi décisif qu’il y a cinq ans.

Cependant, il n’y a pas de retour à la cohabitation du passé

Que pourrait-il se passer si Macron n’obtenait pas la majorité absolue ? Cela dépendra des chiffres. S’il manque peu de places, il ne sera pas difficile de les trouver. Si, en revanche, ils seront nombreux, une nouvelle phase de la Ve République pourrait s’ouvrir. Il n’y aura pas de retour à la cohabitation d’autrefois, étant donné que de toute façon il est certain que le parti à la majorité relative sera celui de Macron. Mais le président serait contraint de traiter avec d’autres partis à sa droite ou à sa gauche. Beaucoup pensent qu’il ne serait pas mauvais de revenir à des gouvernements plus représentatifs de la société française et à des premiers ministres plus indépendants du président. Après tout, Macron lui-même a répété qu’il voulait réformer le système électoral en introduisant un quota proportionnel pour assurer une plus grande représentativité. Un résultat indécis des élections législatives anticiperait en quelque sorte la réforme annoncée. Mais il est prématuré d’en parler. Nous attendons le 19 juin.



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