Henry Kissinger : Le prêtre du football américain
À la fin du siècle dernier, le football avait presque conquis le monde entier, mais il restait des bastions inviolés : l’Inde, la Chine et les États-Unis. Dans ce dernier pays, un homme, Henry Kissinger, a consacré son temps libre entre les négociations de paix au Moyen-Orient et les coups d’État en Amérique latine à la promotion du football. Son objectif ultime : organiser la Coupe du Monde de 1994 aux États-Unis, défiant scepticismes tant au sein du pays qu’à l’international.
Le parcours de Kissinger : De l’Allemagne à l’Amérique
Né en 1923 à Fürth, en Bavière, Kissinger a fui le nazisme avec sa famille à l’âge de 15 ans, s’installant aux États-Unis. Sa jeunesse en Europe lui avait inculqué une passion pour le football, qu’il qualifiait de « complexité déguisée en simplicité ». Une fois aux plus hauts échelons du gouvernement américain, ses collaborateurs avaient pour tâche de lui fournir des coupures de presse sur le football européen.
La North American Soccer League (NASL)
À la fin des années 70, Kissinger a été un acteur clé dans la création de la North American Soccer League (NASL). Ce fut une tentative d’introduire le football aux États-Unis, avec des figures emblématiques comme Pelé, Beckenbauer et Cruyff. Bien que la ligue ait cessé ses activités en 1984, elle a stimulé l’intérêt pour le sport, particulièrement dans les écoles et universités. Ce faisant, elle a contribué à l’essor du football féminin, aujourd’hui en tête à l’échelle mondiale.
Le défi de 1986 et les leçons apprises
Pour la Coupe du Monde de 1986, Kissinger a tenté d’amener le tournoi aux États-Unis après que la Colombie, initialement sélectionnée, se soit désistée en raison d’exigences financières exorbitantes de la FIFA. Bien qu’il n’ait pas réussi cette fois-ci, il a tiré des leçons qui lui seront utiles pour 1994.
Le succès de 1994
En 1994, il a enfin réussi à obtenir la Coupe du Monde pour les États-Unis, battant des concurrents comme le Maroc et le Brésil. Le président de la FIFA, Joao Havelange, a vu une opportunité marketing dans ce choix, malgré les critiques acerbes de l’Europe et de l’Amérique du Sud. Le The Washington Post a exprimé le scepticisme ambiant en déclarant que le football serait toujours « le sport du futur » aux États-Unis.
Coup d’envoi au Soldier Field de Chicago
Kissinger a pris le rôle de vice-président du comité organisateur, bien qu’il en contrôlait réellement les opérations. L’équipe des États-Unis, guidée par l’entraîneur Bora Milutinovic, a eu besoin d’un préambule solide pour éviter le ridicule après avoir perdu tous ses matchs à la Coupe du Monde de 1990. Kissinger a mis en place un programme de préparation intensif, comptant à la fois des amitiés bien planifiées et des participations à des tournois internationaux.
L’engouement du public et l’impact médiatique
Le premier match au Soldier Field a été entaché par une poursuite médiatique live d’O.J. Simpson, mais l’intérêt a rapidement grimpé. Le match contre le Brésil a attiré 86 016 spectateurs, un nouveau record. Bien que les États-Unis aient perdu 1-0, ils ont réussi à captiver l’attention nationale, battant les précédents records d’audience de la télévision américaine.
Un héritage durable
Après la Coupe du Monde, Kissinger a dû se réjouir de l’impact inattendu du tournoi, attirant 3,5 millions de spectateurs. Depuis, les États-Unis ont participé à toutes les éditions de la Coupe du Monde sauf en 2018 et ont connu un essor spectaculaire dans le football, tant masculin que féminin.
Le capital américain a désormais infiltré les plus grands clubs de la Champions League, et le pays se prépare à organiser un nouveau Mondial, cette fois avec le soutien du Canada et du Mexique. Même si Kissinger n’est plus aux commandes, son rôle dans l’évolution du football américain reste inestimable.

