La Fashion Week de Paris, qui s’est terminée dimanche, était sur le papier dédiée à la mode masculine, mais de facto « neutre en termes de genre » pour des raisons pratiques et commerciales.

“Les émissions sont encore plus mitigées que l’année dernière, et cela est avant tout pour des raisons économiques”, a déclaré à l’AFP Gert Jonkers, rédacteur en chef du magazine Fantastic Man. “Créer un défilé coûte très cher, alors autant y mettre deux collections”, ajoute l’expert, qui travaille dans la mode masculine depuis 24 ans.

Louis Vuitton, Yohji Yamamoto et Kenzo ont mis cartes sur table : les femmes marchaient parmi les hommes ou, si l’on veut, les hommes parmi les femmes. C’est le cas d’AMI Paris, la marque française branchée qui a débuté avec les vêtements pour hommes il y a une dizaine d’années puis s’est tournée vers les femmes. Son créateur Alexandre Mattiussi a habillé l’actrice Laetitia Casta d’un fier manteau cavalier marron que l’acteur Vincent Cassel, son autre égérie, pourrait également porter.

Ami Paris FW24 Image : ©Launchmetrics/Spotlight
Ami Paris FW24
Ami Paris FW24 Image : ©Launchmetrics/spotlight

Matthieu Bobard Delière, journaliste mode au magazine féminin Elle, qui suit de près les tendances du vestiaire masculin, estime que la distinction des sexes dans les collections “peut-être pas la dernière année, mais certainement l’une des dernières années”, comme il le dit. Et vice versa. “Il n’y a même plus de discussion”, a-t-il déclaré à l’AFP. “Il n’y a plus un moment où l’on se demande à quel genre cette pièce est destinée.”

Hommes et femmes partagent leur garde-robe – avec restrictions

L’approche fluide de la mode conduit principalement à des costumes qui peuvent être portés aussi bien par les femmes que par les hommes, comme la version Meta Campania d’un costume trois pièces sur la poitrine et d’un pantalon large. Pour l’hiver, il y avait aussi des gabardines et des cabans, indéniablement unisexes, et des accessoires, du sac à main au grand week-end, qui se transmettent facilement d’homme à femme. Malgré cette levée des tabous, les créateurs de mode masculine de luxe sont encore moins disposés à accepter des robes ou des jupes pour hommes adaptées à leurs différentes morphologies. Et la résistance a été encore plus sensible cette saison parisienne chez certaines grandes maisons comme Dior, malgré l’esthétique du ballet, ou chez “Daddy Dries”, l’Anversois Dries Van Noten, 65 ans.

‘Himbo’

Sur les tapis rouges, les icônes de la nouvelle masculinité, dont les hommes hétérosexuels et cisgenres, s’ouvrent également à la matière fluide dans leurs tenues de gala, plus extravagantes, sexy, scintillantes et constellées de strass – à l’image des hauts des défilés. Défilé Balmain.

Balmain FW24
Balmain FW24 Image : ©Launchmetrics/spotlight
Balmain FW24
Balmain FW24 Image : ©Launchmetrics/spotlight

Pour accélérer ce phénomène, Ken, l’anti-héros du film “Barbie”, et l’homme dit “Himbo”, qui ne se soucie pas du look des autres, ont pris le dessus. Gert Jonkers, spécialiste de la mode masculine et fondateur du magazine pour hommes Butt, se réjouit que la mode mette fin à la « séparation stricte ».

Il met cependant en garde contre tout mélange pendant les semaines de présentation des collections. “Il faut faire attention à ce que la mode masculine ne devienne pas un mélange étrange, artistiquement et commercialement faible, dans lequel on finit par mélanger tout et n’importe quoi”, prévient l’éditeur.

Nicolas Delarue, l’un des responsables de la Fédération de la Haute Couture et de la Mode, qui organise la Fashion Week de Paris, a déclaré à l’AFP : “Cet homme est une femme comme les autres”. (AFP)



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