RÉ.devait être une édition mémorable, celle de 2022: le Festival de Cannes fête ses 75 ans et on sait combien les Français tiennent à la grandeur… Ça ne s’est pas passé exactement comme ça, avec un concours un peu « d’occasion garantie » : des grands noms mais pas de vraies surprises, pas de coup de foudre. Mais il y a quelque chose à retenir. Et quelque chose à ne pas oublier aussi.
Choses à retenir
La Sissi de Vicky Krieps
Vicky Krieps dans le rôle de Sissi dans “Corsage”.
Vicky Krieps, Palme d’Or de (notre) cœur. Oui, car le prix de la meilleure actrice de la compétition n’aurait pas pu l’emporter, puisque ses deux films sont passés en section latérale Une certaine considération (qui, en fait, l’a couronnée à juste titre). Collocation qui montre une certaine myopie, de la part des éleveurs : Corsageen particulier, il a été défini par l’essentiel Variété “Le titre brûlant” du Festival. L’actrice luxembourgeoise, est devenu internationalement célèbre en 2018 grâce à Le fil caché avec Daniel Day Lewisne se contente pas d’incarner Elizabeth d’Autriche alias Sissi, mais est “l’esprit” du projet, auquel la réalisatrice – l’Autrichienne Marie Kreutzer – a ajouté une pincée de Lady Diana et Meghan Markle. Pour sa deuxième interprétation, voir l’entrée suivante, “Gaspard Ulliel“.
Les derniers adieux à Gaspard Ulliel
Plus que jamais, présenté dans la salle Debussy sans que la réalisatrice, Emily Atef, ne prononce un seul mot en sa mémoire avant la projection, est le dernier film tourné par Gaspard Ulliel, décédé à 37 ans en janvier d’un accident de ski. Un film déjà funèbre, malheureusement : il incarne le mari de Vicky Krieps, diagnostiquée d’une maladie dégénérative incurable.

Gaspard Ulliel (photo Ansa).
Nous l’avions rencontré ici même à Cannes en 2019, et il nous avait impressionnés. Non, pas pour la beauté : pour ses sévères déchirures de ses vêtements. “On dit qu’il a toujours une manière hautaine, désagréable, qu’il porte des jugements et qu’il est critique dans ses propos… Ça me fait très mal : j’ai tendance à être authentique et sincère”.
Chansons fabriquées en Italie
Étonnamment, des chansons de notre répertoire pop se déclinent en de nombreux films : Mâles par Gianna Nannini se ferme L’innocent par Louis Garrel; Regarde la luneporté au succès par Fred Buscaglione, accompagne l’une des scènes les plus significatives de Les Amandiers de Valeria Bruni Tedeschi. A la Foire de l’Est par Angelo Branduardi ce fut par les frères Dardenne pour Tori et Lokita Et Belle au revoir par Cristian Mungiu pour RMN. Et en Mascarade elle a aussi ressenti Mais comme il fait froideffectivement déjà utilisé par Julia Ducournau (Palme d’Or 2021 avec Titane) pour son premier film d’horreur Brut (Sérieuse). Désormais intolérables à la place les scènes de karaoké, un expédient narratif en vogue depuis plus de trente ans: pourtant deux auteurs tels que Garrel et Léa Mysius précités dans Les cinq diables elle ne m’a pas manqué…

Le sombre avenir du cinéma pour James Gray
James GrayDirecteur de heure d’Armageddon, films en compétition, parmi les plus beaux de tous les temps. Gray vient à l’entretien avec un masque ffp2 et demande à tout le monde de le porter. Il affirme avoir fait 4 rappels de vaccins. Il redouble de prudence car sa femme ne va pas bien, nous dit-il. Nous ne pouvons pas nous empêcher de lui demander ce qu’il pense qu’ils seront les conséquences à long terme de la pandémie sur le cinéma. Sa réponse déchirante : “Si vous me l’aviez demandé il y a un an, j’aurais fait preuve de plus d’optimisme car la dernière chose que nous voulions faire, ou du moins je le pensais, était encore sur le canapé. Mais maintenant Je commence à avoir peur que l’habitude d’aller au cinéma, parce que c’est une habitude, se soit perdue. Je ne sais pas si nous allons reconquérir ces gens. Lorsque cette pandémie sera enfin terminée, les grands studios devraient décider pendant 4,5 ans de dépenser de l’argent pour faire des films qui ramènent ce public au cinéma. Et peut-être se perdre. Ce serait leur devoir. Parce que ce qui est génial avec les films, c’est qu’on ne sait jamais s’ils rapportent de l’argent ou non. Le cinéma d’auteur peut aussi rapporter des bénéfices, mais s’il ne fait pas ces films, il faut quand même les tourner et mettre les auteurs en mesure de le faire. Parce que pour moi, il est clair que quand ce cinéma sera parti et tout ce qui restera, c’est que le public accepte d’être nourri avec de la malbouffe et un seul type de malbouffe, un monstre qui a été créé par les Studios, cela conduira à la disparition du cinéma au profit du streaming et des jeux vidéo ». Et voici le plaisir. Gray imite Marlon Brando dans le Parrain et prononce la ligne: “Il m’a fait une offre que je ne pouvais pas refuser.” Puis il ajoute : « Nous nous souvenons tous de celui-ci. Pouvez-vous me citer une blague de Aquaman? Non il ne peut pas “.

James Grey.
Les projections passionnantes
Et à cet égard, la projection de la Parrain sur la plageassis sur le sable est l’un des souvenirs les plus poignants que nous ramènerons à la maison. Pourquoi est-ce que Parrainet pourquoi nous avons un peu perdu l’amour des cinémas cannois (voir chapitre Versailles).
HE de Jerzy Skolimovski. Le mythique réalisateur polonais a mis en compétition (à Cannes 2022, le festival TikTok et métavers) un film imprévisible : un hommage à Au hasard Balthazar de Robert Bresson, avec un âne qui va d’aventure en mésaventure éprouvez l’amour des hommes et leur cruauté. Un film qui n’est simple qu’en apparence (le titre n’est autre que la translittération de l’âne braillant) : les créatures du monde nous regardent. Et leur regard est innocent. Nos actions sont-elles à la hauteur ?
3000 ans de nostalgiele film de George Miller avec Tilda Swinton et Iris Elba, l’histoire du monde et une histoire d’amour. Un film excentrique et à ce titre précieux. Quand un homme de 77 ans, en brèche depuis 50 ans, qui a connu la vie et le cinéma avec la saga de Mad Max et avec Bébé va en villeparle de désirs et les désirs doivent être écoutés.

Tilda Swinton et Idris Elba. © 2022 Metro-Goldwyn-Mayer Pictures Inc. Tous droits réservés
La série auteur
Extérieur de nuit par Marco Bellocchio e Irma Vep par Olivier Assayas. Parce qu’ils en disent long sur leurs auteurs et les lieux d’où ils viennent, notre pays, son histoire, la politique pour Marco Bellocchio, le cinéma dans lequel Assays vit depuis qu’il écrit pour Cahiers du Cinéma dans les années 1980 et, encore plus tôt, de collaborer aux scénarios de son père.

Isabelle Adjani dans “Mascarade”.
Choses à oublier
Le forfait de dernière minute d’Isabelle Adjani. Ça sonnait trop beau pour être vrai : Isabelle Adjani – inoubliable Adèle H.inoubliable Camille Claudel, star experte dans l’art d’apparaître et de disparaître (elle le fait pratiquement depuis le début de sa carrière) – avait décidé de s’adonner aux journalistes. Cela semblait trop beau pour être vrai, surtout après avoir vu Mascarade de Nicolas Bedos et après avoir apprécié son incroyable autodérision, dont on avait déjà un peu goûté dans la série Appelle mon agent!: Incarnez une diva désormais oubliée sur le boulevard du coucher du soleil avec toutes les fonctionnalités imaginables de l’époque de Gloria Swanson de Allée du coucher du soleil. Ça avait l’air trop bien ? En effet : trois heures après l’interview, arrive le message de la société de production, “désolé de signaler qu’Isabelle Adjani ne se sent pas bien”.
Versailles
Le Festival de Cannes ne cherche pas à être une manifestation démocratique. Destiné aux professionnels uniquement (le public aura les projections de quelques classiques sur la plage), s’est développé au fil du temps des hiérarchies d’accréditation et d’accès complexes. Lesquels, avec la nécessité de réserver leur place sur une plateforme en raison de la pandémie, ont bondi. Bonnes nouvelles? Malheureusement non. La plateforme fonctionne terriblement, favorise la boulimie (les billets peuvent être pris pour des films qui tournent simultanément) et libère tous les films de la journée en même temps : une autoroute bouchée, à 7 heures du matin quand les doigts de tous les festivaliers claquent désespérément Elvis Elvis Elvis….
La rhétorique qui tue (aussi) le cinéma
La Patrouille de France qui passe au-dessus du centre habité en vol bas dire au revoir à Tom Cruise c’était à la fois un choix risqué et hyper-rhétorique. Difficile de faire pire.
Ah non, si tu y penses, il y a eu pire. La rhétorique sur la défense de la démocratie, des droits de l’homme, de l’art et le cynisme avec lequel, face à la possibilité d’accords fructueux, on oublie ouvertement tous les principes. Rapports Libération: “Cannes a offert cette année une formidable vitrine à un pays dont on ne peut pas dire qu’il embrasse les idéaux et les luttes menées par de nombreux films de sa sélection (contre l’oppression politique, le patriarcat…) mais qui, depuis 2017 quand a rouvert les portes des cinémas, montre une grande envie de cinéma ». C’est bien sûr leL’Arabie saoudite, régulièrement mise à l’index par les militants des droits de l’homme, notamment pour l’assassinat en 2018 du journaliste Jamal Khashoggi. Sans oublier que le 13 mars, 81 personnes accusées de “terrorisme” ont été exécutées dans le Royaume. Pourtant au pavillon saoudien, visité entre autres par le réalisateur Brett Ratner (Heure de pointe, X-Men) “A été annoncé la construction d’un studio de cinéma à Al-Ula, le grand centre archéologique – un projet touristique piloté par la France dans le nord-ouest du pays. Des remises allant jusqu’à 40% des coûts de production seront assurées pour les films qui y sont tournés. Seule condition : recruter des équipes et des talents saoudiens et représenter la culture, l’histoire et le peuple de l’Arabie saoudite, ainsi que des paysages variés. On a hâte de voir le biopic consacré à Khashoggi ».
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