Les Leçons de l’Histoire : Le Canal de Suez et le Conflit Actuel
En 1967, la guerre entre l’Égypte et Israël a pris le monde par surprise, piégeant quinze navires commerciaux dans le Canal de Suez. Ces derniers, croyant que les hostilités prendraient fin rapidement, ont jeté l’ancre. Bien que la guerre, appelée Guerre des Six Jours, ait duré seulement quelques jours, le canal est resté fermé pendant huit longues années. Lorsque les navires ont enfin pu naviguer en 1975, seuls deux d’entre eux étaient encore en état de mer, tandis que les autres avaient été abandonnés, devenant tristement célèbres sous le nom de “Flota Amarilla”.
Le Blocage du Détroit d’Ormuz
Près de soixante ans plus tard, le monde est confronté à une situation similaire dans le Golfe Persique. Après une escalade des tensions entre les États-Unis, Israël et l’Iran, le détroit d’Ormuz, passage maritime crucial, reste fermé, avec des dizaines de pétroliers attendant désespérément un accord diplomatique qui ne vient pas.
La Complacence Oubliée de Wall Street
Javier Blas, dans une analyse pour Bloomberg, met en lumière un dangereux optimisme face à cette crise. Selon une interprétation de la Loi de Stein, “le détroit ne peut pas rester fermé indéfiniment, car cela causerait trop de dommages économiques, il rouvrira donc bientôt”. Cependant, cette logique est trompeuse. Les douleurs économiques nécessaires pour inciter à la paix n’ont pas encore été ressenties de manière significative.
- Pour Washington : La guerre a été politiquement avantageuse, avec une économie américaine solide juste au-dessus de 4% de croissance trimestrielle.
- Pour Téhéran : Malgré une économie souffrante, le régime iranien a montré une résilience incroyable face aux sanctions économiques.
Conséquences Économiques Imminentes
La situation reste instable. Le marché mondial a, jusqu’à présent, réussi à absorber la perte de production de 20 millions de barils par jour grâce à des stocks accumulés. Cependant, ce répit ne pourra pas durer éternellement. Les mois à venir s’annoncent critiques, notamment en juin, lorsque l’augmentation de la consommation d’énergie estivale pourrait entraîner une grave crise de l’approvisionnement.
Les signes avant-coureurs de fissures dans le système énergétique mondial se multiplient. La demande mondiale a chuté de cinq millions de barils par jour en avril, marquant la plus forte contraction depuis la pandémie de COVID-19.
Les Défis Financiers
Les implications ne se limitent pas à une simple augmentation des prix à la pompe. Cette crise a des répercussions sur le système financier global, entraînant :
- La fissure du pétrodollar : L’accord tacite de 1974, qui stipule que le pétrole se négocie en dollars, est menacé, incitant certains pays, comme l’Inde, à vendre des obligations américaines.
- Augmentation des rendements obligataires : L’inflation énergétique fait grimper les rendements des bons du Trésor.
Le Bypasse du Désert
En vue de l’incertitude à long terme, certains pays, comme les Émirats Arabes Unis, prennent les devants. Ils construisent en urgence un énorme oléoduc pour contourner le détroit, avec l’intention d’exporter 3,5 millions de barils par jour d’ici 2027. Cette initiative révèle une prévoyance face à un avenir instable.
Conclusion : Un Avenir Incertain
Tout comme il y a cinquante ans, lorsque peu de gens ont anticipé que les navires dans le canal de Suez prenaient la poussière durant une décennie, le monde aujourd’hui sous-estime la crise d’Ormuz. Les jours passent et le temps presse. Le pétrole reste immobilisé en mer, et chaque jour sans solution rapproche le monde d’une crise énergétique majeure.

