Lucid Motors : L’ascension et la chute d’un concurrent de Tesla
Lucid Motors, fabricant de voitures électriques basé aux États-Unis, semble traverser une période difficile qui soulève des questions quant à sa viabilité future. Avec des pertes cumulées de 13,3 milliards de dollars depuis sa création et une chute de 97 % de la valeur de ses actions, Lucid a de quoi s’inquiéter. En effet, de janvier 2022 à décembre 2024, l’entreprise n’a réussi à livrer que 20 611 véhicules. Qu’est-il arrivé à l’un des plus grands rivaux de Tesla ?
L’échec d’un « unicorn » qui faisait rêver
Lucid Motors a fait son entrée en bourse en juillet 2021, et les actions ont grimpé de 19 % le jour même. Sous la direction de Peter Rawlinson, ancien ingénieur de Tesla, la société était perçue comme la plus sérieuse menace à la domination d’Elon Musk. Cependant, en trois ans, Lucid n’a pas réussi à sortir de ce que l’on appelle le « valley of death » : la valeur de ses actions est tombée de 64,86 dollars en novembre 2021 à seulement 2,12 dollars aujourd’hui, soit juste au-dessus de leur niveau le plus bas.
Promesses non tenues et désillusion
En mai 2021, Lucid avait promis de livrer 20 000 véhicules en 2022, avec une montée à 135 000 d’ici 2025. Les chiffres réels sont bien en deçà : seulement 4 369 véhicules en 2022, 6 001 en 2023, et 10 241 projetés pour 2024. Le nombre impressionnant de réservations (plus de 25 000) s’est également évaporé, témoignant d’une méfiance croissante envers les nouvelles marques de véhicules électriques. Ce scénario rappelle le cas de Fisker, qui a fait faillite, laissant de nombreux clients sans service.
Réductions de prix : un signe de faiblesse ?
Initialement confrontée à des défis de production, Lucid a rapidement dû faire face à une absence de demande. Pour relancer les ventes, la société a procédé à des baisses de prix significatives, le prix moyen étant passé de 211 000 dollars à seulement 76 000 dollars en 2025. Le modèle d’entrée, l’Air Pure, a vu son prix réduit de 83 900 dollars à 71 400 dollars. Malgré ces réductions, les ventes restent anémiques, avec seulement 28 véhicules vendus en Europe le mois dernier.
Crise de leadership et départs en série
Un autre indicateur des tensions internes de l’entreprise est le départ de douze hauts dirigeants entre octobre 2023 et mai 2025. Peter Rawlinson lui-même a été destitué de son poste de CEO en février 2025, remplacé temporairement par Marc Winterhoff, le directeur des opérations. La société a également procédé à plusieurs rondes de licenciements, éliminant 1 300 emplois en mars 2023, suivis de 400 autres en mai 2024, bien qu’elle cherche maintenant à embaucher 740 personnes pour soutenir son expansion en Arabie Saoudite.
Le soutien financier du royaume saoudien
La survie de Lucid est fortement tributaire du Fonds d’Investissement Public d’Arabie Saoudite, qui a injecté 1 milliard de dollars en 2018 et a promis d’investir 1,5 milliard de dollars supplémentaires en août 2024. Cette dépendance financière représente un revirement drastique par rapport aux déclarations précédentes de Rawlinson, qui avait mis en garde contre le fait de considérer le royaume comme une source de "richesse sans fond". La capitalisation boursière de 6,47 milliards de dollars actuelle est moins de la moitié des pertes accumulées.
Un avenir incertain pour Lucid
Malgré les difficultés, Lucid a récemment commencé à livrer son deuxième modèle, le SUV Gravity. Cependant, le CEO intérimaire admet que la production progresse plus lentement que prévu. Après le départ de Rawlinson, la société a exprimé son intention de doubler sa production pour atteindre 20 000 véhicules en 2025. Toutefois, les actions ont chuté de 29,8 % depuis le début de l’année. Au final, les prévisions montrent des pertes de 2,7 milliards de dollars pour 2024, laissant peu de temps à Lucid pour prouver qu’elle peut échapper au "valley of death" qui a déjà englouti d’autres start-ups du secteur des véhicules électriques comme Fisker, Canoo ou Lordstown Motors.
Les défis auxquels Lucid Motors fait face sont multiples et complexes. L’entreprise doit non seulement redresser ses chiffres de vente et restaurer la confiance des investisseurs, mais aussi consolider sa position sur un marché de plus en plus compétitif. Il est essentiel pour Lucid de trouver un chemin durable vers la rentabilité, sinon elle risque de devenir un autre exemple tragique de l’échec dans le secteur des véhicules électriques.

