Le compte à rebours des élections législatives du dimanche 25 septembre a commencé. Il s’agit de comprendre quels pourraient être les scénarios post-vote, parti par parti.
FdI, le défi pour Meloni : de leader de l’opposition à direction de la majorité
Malgré le black-out des urnes, nul ne doute que Fratelli d’Italia sortira vainqueur de ce tour électoral. La question est de savoir combien de temps la barre s’arrêtera. Ce sera le thermomètre pour décider s’il s’agit d’une victoire écrasante ou plutôt inférieure aux attentes (élevées) et croissantes à l’intérieur et à l’extérieur du parti de Giorgia Meloni. Si le chef du Fdi les confirme, il lui sera plus facile de se rendre au Palazzo Chigi. Son investiture comme premier ministre est en effet l’objectif et la force parlementaire du Fdi sera déterminante pour le maintenir. En fait, pour Meloni, la difficulté commencera le 26 septembre. Le verdict électoral marquera sa transition de chef de l’opposition à la direction de la majorité. Les responsabilités sont évidemment très différentes et les électeurs ne semblent pas enclins à donner du temps (Renzi, Grillo et Salvini sont prêts à témoigner). Le risque de consommer une partie du consensus minutieusement recueilli au cours de ces 4 années est une possibilité loin d’être lointaine. Meloni est le premier à en être conscient. D’autant plus dans une phase complexe comme celle en cours. Personne ne la négligera, en premier lieu ses alliés, Lega et Forza Italia. Nous avons déjà la confirmation maintenant. Les positions prises sur la guerre et la relation avec la Russie ont vu Meloni et le leader de la Ligue éloignés à plusieurs reprises, même si la semaine dernière, Salvini s’est définitivement orienté vers une position plus conforme à celle euro-atlantique. Le secrétaire du Carroccio continue cependant de battre sur la déviation, sur l’utilisation du déficit pour atténuer les factures onéreuses et assure que la flat tax et la part 41 pour les retraites arriveront. Meloni, en revanche, prône la prudence et l’équilibre des finances publiques. Un premier dans la posture pectorale. S’il se traduit par un succès dans les sondages au-delà des espérances, cela lui fournira l’oxygène nécessaire pour affronter le départ difficile du nouveau gouvernement : la confrontation avec les alliés pour la formation de l’équipe et surtout les choix à fonder immédiatement dans la loi de finances sur laquelle se tournent les regards des Italiens, de ses électeurs mais aussi de Bruxelles et des marchés.
Lega, le rôle de Salvini dans le parti et dans le gouvernement dépend du résultat électoral
Matteo Salvini a décidé de conclure la campagne électorale par un marathon en ligne non-stop. Le leader de la Ligue attend les résultats du décompte avec trépidation. Pour la première fois, en effet, son leadership est également en jeu. Dans le Carroccio qui se targue d’être « le dernier parti léniniste », le chef n’est pas discuté. Pas maintenant. Mais un instant après la conclusion du décompte s’ouvrira l’épreuve de force. Les fidèles du secrétaire rappellent qu’avant son avènement au secrétariat de via Bellerio, la Ligue risquait de disparaître (aux politiques de 2013, elle ne recueillait que 4,1 %) alors qu’avec Salvini, elle atteignait plus de 17 % en 2018 et 34 % aux européennes de l’année suivante. Mais ces considérations ne suffiront probablement pas à apaiser les critiques. Et la raison est la suivante : non seulement l’objectif de faire de la Ligue un parti national boite mais le consensus dans le Nord – attesté même dans les derniers bureaux administratifs – a chuté de manière inquiétante au profit de Giorgia Meloni et de ses Frères d’Italie. Ce n’est jamais arrivé. Cela signifie que le noyau dur du Carroccio vole en éclats et cela pourrait aussi se refléter chez le futur chef de la Lombardie qui ira voter au printemps prochain. Peut-être aussi pour cette raison, dans cette phase finale de la campagne électorale, Salvini a de nouveau insisté sur le thème de l’autonomie différenciée des Régions. Sera-ce suffisant ? On verra. Aussi parce que son rôle non seulement au sein de la Ligue mais au sein du Gouvernement dépendra du résultat électoral. Le chef du Carroccio ne cache pas vouloir revenir au ministère de l’Intérieur, comme cela s’est produit à l’époque du gouvernement jaune-vert. Ensuite, cependant, la Ligue est venue à la table des négociations avec un fort 17,4 %. Cette fois, ce sera plus compliqué. Et pas seulement pour les données chiffrées mais parce que de l’autre côté on retrouvera Giorgia Meloni et l’arme du “je n’y suis pas” avec un allié en tête des préférences du centre-droit est déchargée, encore plus si vous sortez affaibli des urnes et avec la session budgétaire ouverte, c’est-à-dire avec très peu de temps pour vous mettre d’accord sur l’équipe gouvernementale.
Forza Italia, le jeu se joue sur les votes du Sud et sur l’assentiment des modérés
Même ses adversaires reconnaissent qu’il est très doué pour flairer l’air, pour comprendre comment se déplacer dans la campagne électorale. Pour cette raison, une attention particulière doit être accordée aux déclarations de Silvio Berlusconi, qui a commencé par parler de pensions minimales de mille euros, puis a fait une embardée sur le revenu de citoyenneté arguant qu’il ne fallait pas l’abroger mais le réformer jusqu’au tam tam quotidien sur Forza Italia, le seul parti centriste solidement ancré au PPE, à l’Europe et au Pacte atlantique. Partons de là, de cette synthèse extrême de la campagne électorale du Cavaliere pour comprendre ce qui est en jeu pour les Azzurri. L’ascension vers le Sud du Mouvement 5 Etoiles, confirmée par tous les derniers sondages publiés, a déclenché l’alarme chez Arcore. Le Mezzogiorno reste en effet le principal bassin électoral de Forza Italia qui doit surveiller non seulement Giorgia Meloni mais aussi Giuseppe Conte. D’où la position sur le revenu de citoyenneté pour marquer également la différence avec Fdi et ne pas remettre les consentements aux M5. L’autre déviation, en revanche, est probablement causée par le risque de dépasser le soi-disant “troisième pôle” dirigé par Calenda et Renzi et dans lequel une série d’anciennes troupes de la force (dont Mara Carfagna et Mariastella Gelmini) ont également convergé. Le pari d’Action-Italia viva est d’attirer le vote des “modérés”. D’où les accusations portées contre Berlusconi d’avoir contribué à « renverser Draghi » et de ne pas prendre de positions claires contre Poutine. Il est difficile de faire des pronostics mais force est de constater que si les « terzopolisti » obtiennent vraiment un bon résultat électoral en dépassant Forza Italia, ce sera dur pour les Azzurri car ce serait la première fois qu’une nouvelle formation politique « centriste » passerait outre Forza Italie. Cependant, comme toujours, le nombre de places récoltées sera déterminant. Seulement s’ils sont indispensables au départ et au maintien du probable gouvernement de centre-droit, le Chevalier aura encore une marge de manœuvre.
Pour le Parti démocrate, le seuil psychologique des 20% et le Congrès déjà commencé
Le seuil psychologique pour le secrétaire Enrico Letta et pour les différentes âmes du Parti démocrate est de 20 % : en dessous ce serait un bain de sang, qui serait jumelé à ce 18,9 % de Matteo Renzi de 2018 reproché à plusieurs reprises à l’ancien secrétaire (« Le pire résultat de l’histoire du Parti démocrate, Renzi a tenté de détruire le parti”, a récemment relancé Letta lui-même). En dessous de 20%, il est prévisible d’imaginer la démission immédiate de Letta, le passage à la secrétaire adjointe grégaire Irene Tinagli et la convocation du congrès. Congrès qui, de toute façon, doit se tenir avec n’importe quel résultat : la date limite est mars 2023, quatre ans après la dernière primaire qui a couronné Nicola Zingaretti en 2019, et selon le statut il doit être convoqué six mois plus tôt. Mais 20% pour Letta ne suffiraient pas à rester en selle. Le secrétaire et ancien premier ministre ne pourrait songer à se présenter aux primaires que si le Parti démocrate se rapproche des adversaires des Frères d’Italie et détache son rival Giuseppe Conte, président du M5, de plusieurs points. Sinon, même si le Parti démocrate devait tenir sans sombrer, il y aura un changement de direction dans les mois à venir : on sait que le gouverneur d’Emilie-Romagne Stefano Bonaccini est sur la bonne voie depuis longtemps maintenant. Ancien de la DS, Bonaccini est pourtant réformiste au franc-parler et pour cette raison il a le soutien de la minorité des anciens Renziens de la Base réformiste, le courant du ministre de la Défense Lorenzo Guerini qui n’a pourtant pas une forte représentation dans le parti. Ce n’est pas un hasard si le gouverneur émilien pense construire sa campagne électorale en s’appuyant sur le réseau de maires et d’administrateurs dont font partie les premiers citoyens de Milan et de Bergame, Beppe Sala et Giorgio Gori. La gauche a ses représentants en Andrea Orlando et Giuseppe Provenzano, mais dans la maison latienne, ils pensent s’opposer à Bonaccini précisément la vice-présidente de la Région Émilie-Romagne, Elly Schlein : jeune, femme, venant de la gauche (il était avec Giuseppe Civati et sa formation Possible), pourrait être le bon candidat pour fédérer la gauche et la société civile en s’adressant au monde de la jeunesse. Mais deux invités de pierre participeront également au congrès Pd, à savoir le M5s et le Troisième pôle de Carlo Calenda et Matteo Renzi. Alignement avec le premier ou avec le second ? Il est clair que si Conte devait obtenir le succès escompté dans le Sud et arriver au niveau national à un pourcentage proche de celui du Parti démocrate, le thème de la reconstruction de l’axe Giallorossi avec les pentastellati, qui a toujours été soutenu par la gauche du parti, l’emportera. Mais il est clair aussi que dans ce cas le Parti démocrate reviendrait dans une position de sujétion au M5, ouvrant la voie à un avenir pour Mélenchon et mettant en crise les réformistes du Parti démocrate, européistes et atlantistes convaincus. Qui aurait plus de chance de faire prévaloir ses positions en cas de bon succès du Troisième Pôle. Bonaccini, dont les relations d’amitié politique avec Renzi sont connues, a tant bien que mal mis la main en avant pour éviter l’accusation de “renzismo”, arguant ces derniers jours de la nécessité d’un dialogue avec les M5 à partir des régionales au printemps 2023. Mais en gardant tous ensemble est quasiment impossible : le Parti démocrate devra définir une fois pour toutes son identité, à partir des alliances.

