La réaction est mélancolique
Et pourtant, note Censis, l’Italie ne semble pas au bord de la dépression nerveuse. Elle semble plutôt imperméable aux « mythes projectifs » de la société de consommation et peu disposée à faire des sacrifices pour acheter des produits de luxe, suivre la mode, rechercher la jeunesse et la beauté. 36,4% des Italiens ne sont pas prêts à se sacrifier même pour faire carrière et gagner plus. Si le changement pour le mieux n’est plus un objectif pour huit Italiens sur dix, 54,1% sont fortement tentés de rester passifs face aux chocs extérieurs. Pour cette raison, ce n’est pas la colère, mais la mélancolie “qui définit le caractère” des habitants du Belpaese aujourd’hui. Une sorte de nihilisme 4.0, typique de l’ego contraint de se confronter à ses propres limites.
Des territoires sans cohésion sociale
Le rapport met en évidence comment l’entreprise italienne apparaît marquée par le “sans”. Les territoires sont sans cohésion sociale. Les données sur le Sud sont connues, mais toujours impressionnantes. 44,1% des 5,6 millions de personnes en situation de pauvreté absolue vivent dans le Sud. Le Sud compte 16,6 % de jeunes âgés de 18 à 24 ans qui ont quitté prématurément le système d’éducation et de formation, contre 12,7 % au niveau national et une moyenne communautaire de 9,7 % ; 71,2 % des 25-34 ans diplômés (contre une moyenne nationale de 76,8 % et une moyenne européenne de 85,2 %) ; 20,7 % des diplômés âgés de 30 à 34 ans (contre 26,8 % de la moyenne nationale et 41,6 % de la moyenne de l’UE ; 32,2 % des jeunes de 15 à 29 ans, qui n’étudient ni ne travaillent, contre une moyenne italienne de 23,1 % et une moyenne européenne de 13,1 %.
Ecole sans élèves : en 2032 -900 000 enfants
L’hiver démographique fige les écoles : ces cinq dernières années, les élèves sont passés de 8,6 millions à 8,2 millions (-4,7 %, 403 356 de moins). Une baisse plus marquée à la maternelle (-11,5 % sur le quinquennat) et au primaire (-8,3 %). Mais les universités ne sont pas gratuites : sur l’année universitaire 2021-22, les inscriptions ont baissé de 2,8 % par rapport à l’année précédente (9 400 étudiants en moins). L’avenir, d’après les prévisions démographiques, n’est pas rose : en 2032, près de 900 000 personnes âgées de 6 à 13 ans seraient plus jeunes ; dans la décennie suivante, on estime qu’il y a 726 000 jeunes de 14 à 18 ans de moins dans le premier cycle du secondaire qu’en 2022. En 2042, 390 000 étudiants et 78 000 étudiants de moins devraient s’inscrire à l’université qu’aujourd’hui.
Soins de santé sans personnel : médecins et infirmières recherchés
Malgré l’augmentation du Fonds national de santé pendant la pandémie, les dépenses pour financer le NHS chuteront à nouveau à 6,2 % du PIB en 2024. Et dans le secteur de la santé, l’hémorragie des personnels, de surcroît de plus en plus âgés, ne s’est pas arrêtée : dès 2008 à 2020, le rapport des médecins (âge moyen 51,3 ans) aux habitants en Italie est passé de 19,1 à 17,3 pour 10 000 habitants, et celui relatif aux infirmières (âge moyen 47,3 ans) de 46,9 à 44,4 pour 10 000 habitants. On estime qu’au cours de la période quinquennale 2022-2027, il y aura 29 331 départs à la retraite parmi les médecins employés par le NHS, 21 050 parmi le personnel infirmier. Sur les 41 707 médecins de famille, 11 865 prendront leur retraite (2 373 par an).
Export, le “friend-shoring” italien.
En 2022 également, une augmentation des exportations de 70 milliards est attendue, après qu’en 2021 les exportations ont dépassé la valeur de 600 milliards d’euros (33,8% du PIB). Mais la guerre en Ukraine déclenchée par la Russie provoque un ralentissement du commerce international. Et notre pays, rapporte Censis, semble déjà avoir lancé sa propre stratégie de friend-shoring en intensifiant les échanges avec les pays européens, avec la zone nord-américaine et avec les pays méditerranéens. Sur 364,4 milliards d’euros d’exportations italiennes vers le monde, relatives aux sept premiers mois de cette année, 78,8% sont du type friend-shoring. Si l’on considère la zone méditerranéenne, 23 milliards supplémentaires s’ajoutent, avec une augmentation de 30,3% par rapport à la même période de l’année précédente.

