Renault et son Incursion dans l’Industrie Militaire
Renault s’illustre dans un domaine inattendu : la production de drones militaires. Ce projet, désigné sous le nom de Chorus, va au-delà de la simple diversification industrielle. Il représente une réponse à un environnement stratégique évolutif, où la guerre moderne impose la nécessité de produire rapidement, à moindre coût et en grande quantité, des compétences que l’industrie automobile européenne maîtrise bien.
Présentation du Projet Chorus
Le projet Chorus de Renault vise un drone militaire destiné à des missions d’attaque à longue distance, d’observation et de reconnaissance. Piloté par la Direction générale de l’armement (DGA), il s’inspire des drones consommateurs tels que les Shahed utilisés par la Russie. Ce développement émane d’une prise de conscience en France : la guerre actuelle démontre l’importance d’une production rapide et efficace.
Une Alliance Stratégique et Technique
Chorus n’est pas un projet isolé. En collaboration avec Turgis Gaillard, c’est la DGA qui a identifié une lacune opérationnelle dans l’arsenal français et a missionné Renault pour capitaliser sur son expertise en industrialisation. La DGA, en tant que client et architecte du projet, combine l’agilité d’une petite entreprise de défense avec les capacités à grande échelle d’un constructeur automobile.
Les Apports de Renault dans le Projet
Ce qui distingue Renault dans Chorus, c’est son approche de fabrication. L’entreprise repense le drone pour éliminer les complexités et le soumettre à des processus de production éprouvés, utilisant des matériaux automobile et des techniques de chaîne de montage, telles que le rivetage autoperforant. Ce drone mesurera environ 10 mètres de long et 8 mètres d’envergure, avec une vitesse maximale de 400 km/h et un plafond de vol de 5 000 mètres.
Infrastructure de Production à Le Mans
La production du drone Chorus se concentrera à l’usine de Le Mans, qui continuera ses activités automobiles. L’assemblage de la structure devrait démarrer au printemps 2025, avec une activation des lignes de production en fonction des commandes de la DGA. Prévoyant d’impliquer entre 100 et 200 employés, la capacité théorique de production peut atteindre jusqu’à 600 drones par mois si nécessaire.
Conditions et Perspectives du Contrat
Le calendrier du projet débutera par une phase de validation. La DGA prévoit de tester une dizaine de drones avant l’été 2026. La majorité du financement proviendra de fonds publics, et un accord à long terme de dix ans pourrait être envisagé si la phase de validation s’avère réussie, avec un volume visant près d’un milliard d’euros.
Réactions et Récents Retards à Combler
La nécessité d’un projet comme Chorus se renforce dans un contexte où la France a reconnu son retard en matière de drones à usage militaire. Le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, a souligné la nécessité d’alliances entre les secteurs automobile et de défense pour remédier à cette situation. Emmanuel Macron a d’ailleurs déclaré : « Soyons clairs, nous sommes en retard ».
Un Précédent Historique
Le projet Chorus rappelle le passé militaire de Renault, notamment son rôle avec le char FT durant la Première Guerre mondiale. La production de 3 177 unités a mis en lumière les défis industriels et bureaucratiques de l’époque. Ce retour vers le secteur de la défense soulève des questions sur l’avenir de l’automobile européenne : s’agit-il d’un ajustement temporaire ou du début d’une ère nouvelle ?

