La lutte contre la grippe aviaire au Japon : Quand la technologie rencontre l’agriculture
Les fermes avicoles japonaises ont longtemps misé sur des méthodes traditionnelles telles que des réseaux , des nettoyages réguliers et des contrôles d’accès pour prévenir la propagation de la grippe aviaire . Toutefois, la préfecture de Chiba , qui se positionne comme le leader national de la production d’œufs, envisage d’intégrer une nouvelle approche. En collaboration avec le groupe NTT , les autorités locales envisagent d’utiliser des drones équipés de faisceaux de lumière pour éloigner les oiseaux sauvages susceptibles de transmettre le virus. À partir de mi-octobre , ce déploiement vise à introduire une dimension technologique aux mesures préventives déjà en place.
Cette initiative fait suite à une saison particulièrement éprouvante pour le secteur. Entre janvier et février 2025 , la préfecture de Chiba a dû sacrifier plus de 3,3 millions d’oiseaux en raison de l’épidémie, avec la déclaration de 51 foyers infectieux dans 14 préfectures . Bien que les méthodes traditionnelles aient maîtrisé la situation pendant des années, la résilience du virus et sa capacité à contaminer via des voies multiples (y compris par des animaux domestiques, des oiseaux migrateurs ou les vêtements du personnel) ont conduit à cette nouvelle initiative.
Un système innovant sous la direction du groupe NTT
Le projet, dirigé par NTT, le géant des télécommunications et de la technologie , passe par sa filiale NTT e-Drone Technology . Cette dernière, spécialisée dans la robotique aérienne et l’automatisation, collabore avec le gouvernement de Chiba pour renforcer la bio-sécurité dans le secteur avicole. Les compétences en connectivité et en contrôle à distance du groupe NTT s’unissent ainsi aux besoins pressants du domaine japonais, gravement affecté par les récents foyers de grippe aviaire.
Le drone choisi pour cette mission, nommé BB102 , est équipé d’un appareil appelé Kuruna Move , conçu par l’association japonaise Chiiki Soken . Ce dispositif émet des faisceaux lumineux rouges et verts pour éloigner les oiseaux sauvages, jouant sur une réaction instinctive : les oiseaux perçoivent ces lumières en mouvement comme un danger. De plus, un motif de lumière aléatoire produit un effet de clignotement pour s’assurer que les animaux ne s’habituent pas à la source de lumière.
Déploiement et efficacité
Dans le déploiement prévu à Chiba, les drones BB102 seront utilisés pour surveiller les zones sensibles des fermes, notamment les toits, les cours et les silos. L’opérateur peut définir le périmètre de vol à l’aide d’un écran de transmission , tandis que le drone effectue son parcours de manière autonome, maintenant l’altitude nécessaire pour couvrir toute la zone. Avec une autonomie d’environ 25 minutes par vol , des missions périodiques peuvent être programmées selon les besoins, en s’adaptant aux horaires d’activité des oiseaux sauvages.
Ce système aérien offre une claire avantage par rapport aux méthodes fixes : le drone peut accéder à des endroits élevés ou des recoins où les barrières traditionnelles échouent. Grâce à sa mobilité, il peut modifier sa trajectoire en fonction des changements de comportement des oiseaux ou de la configuration du terrain. Tout ce processus est géré depuis le sol, sans intervention directe sur les animaux, ce qui minimise le bruit et l’utilisation de produits chimiques.
Des tests préalables prometteurs
La technologie utilisant des lasers pour dissuader les oiseaux n’est pas entièrement nouvelle. Avant son introduction à Chiba, le Kuruna Move a été testé avec succès dans la préfecture de Kanagawa , où il a réussi à éloigner les corbeaux de plusieurs fermes. Les experts ont observé que les oiseaux réagissaient instantanément aux lumières et que cet effet persévérait grâce au motif de lumière aléatoire qui les maintenait à distance sans produire de bruit ni recourir à des substances chimiques.

Il est essentiel de noter que le système ne cherche pas à éliminer complètement le risque, mais à le réduire . Les évaluations sur le terrain à Chiba permettront de mesurer le rendement de cette solution dans des contextes réels, avec différentes espèces et sous des conditions climatiques variées. Si les résultats sont concluants, l’association de drones et de lasers pourrait devenir une norme supplémentaire dans les stratégies de bio-sécurité avec des méthodes telles que des réseaux , la désinfection et le contrôle d’accès.
Investissement et soutien gouvernemental
Intégrer cette technologie nécessite un investissement non négligeable en équipements, en entretien et en formation. Pour faciliter son adoption, le gouvernement de Chiba a mis en place un programme spécifique de subventions avec un budget de 20 millions de yens (environ 125 000 euros), destiné à couvrir jusqu’à 33 % du coût d’intégration du système, ce qui est particulièrement avantageux pour des coopératives de producteurs partageant les équipements.
Cette démarche s’inscrit dans une logique préventive , visant à investir en amont afin d’éviter des pertes ultérieures. Chaque incidence de grippe aviaire entraîne des pertes économiques considérables et la destruction d’innombrables oiseaux, faisant de l’investissement dans des drones et des lasers une mesure d’économie à long terme. De plus, l’automatisation minimise la nécessité de main-d’œuvre pour les activités de dissuasion et augmente l’efficacité de la surveillance quotidienne.
Ce projet pourrait également servir de modèle pour d’autres régions. Les responsables examinent la possibilité d’adapter le système à divers environnements et secteurs agricoles, voire à des espaces sensibles où la présence d’oiseaux représente un risque. Le succès de l’initiative à Chiba pourrait ouvrir la voie à l’utilisation de technologies d’ intelligence et d’ innovation dans d’autres domaines agricoles au Japon et au-delà.

