« Habemus Papam ! », du moins beaucoup le souhaitent malgré tous ceux qui restent critiques sur la construction du pont de Messine. Près d’un demi-siècle après le lancement d’une société ad hoc pour réaliser les travaux, puis mise sous cocon par le gouvernement Monti, des décennies après la proposition lancée par Craxi et plus de vingt ans après la relance du projet par Berlusconi, le projet du pont – qui, avant même d’être construit, était déjà devenu le plus célèbre d’Italie – est à nouveau au centre des discussions.

Ces derniers jours, en effet, le gouvernement a adopté le décret, voulu par Salvini, ministre de l’Infrastructure, pour dépoussiérer, d’ici la fin juillet de l’année prochaine, l’ancien plan de 2012 qui prévoyait une portée record de 3 300 mètres. Au-delà des coûts record pour la construction et des nombreuses polémiques sur la faisabilité de l’ouvrage que beaucoup considèrent comme “un géant aux pieds d’argile”, je pense vraiment que le moment est venu de faire revivre ce vieux rêve aussi car l’interminable ” telenovela” s’est terminée fatiguant même les Siciliens qui, avec les Calabrais, sont évidemment les plus intéressés par la création de l’infrastructure capable de donner un nouvel élan à l’économie de tout le Sud et au-delà.

Mais l’ancien pont-oui, pont-non débat ne finit jamais : si en 2016 la sénatrice dem Anna Finocchiaro comparait les coûts du projet, déjà alors jugés excessifs, aux prix exorbitants du caviar pour devenir un luxe exagéré qui finirait alourdissant le fardeau sur les épaules de tous les contribuables, ces derniers jours le parlementaire écologiste Angelo Bonelli a répété, entre autres, que la construction de la grande travée est un gaspillage d’argent public. C’est vrai, les travaux pharaoniques demanderont de grands sacrifices économiques mais, parfois, même des dépenses très élevées deviennent nécessaires. Ensuite, il y a caviar et caviar et cette comparaison faite par Finocchiaro était peut-être inappropriée pour une raison très simple : elle ne se souvenait pas que les Messins ont une passion particulière pour les œufs d’esturgeon car les délices de la Volga rappellent aux habitants du détroit ces marins de la flotte tsariste qui en 1908, véritables héros, prodiguèrent les premiers secours aux rescapés du terrible tremblement de terre qui frappa toute la région.

Au-delà des polémiques, le pont pourrait véritablement devenir cet engin supplémentaire que beaucoup souhaiteraient et le retour sur investissement ne sera pas trop tard : selon les données fournies par Salvini lui-même, l’échec du décollage de la liaison directe entre la Sicile et la Calabre aujourd’hui touche environ 6 milliards tous les douze mois et, compte tenu de toutes les années qui se sont écoulées depuis l’époque du plan lancé par le gouvernement Berlusconi, l’interminable fumée noire nous a jusqu’à présent coûté quelque chose comme quatre-vingts milliards d’euros. Mais voilà que le feu vert du gouvernement est arrivé : est-ce que ce sera le bon moment ? Après les nombreux reports, il conviendrait de toucher du bois.



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