LA récents succès de Mario Desiati, prix Strega avec Spatriéet Veronica Raimo, Strega Giovani avec Rien de vraimarque un tournant important entre le premier et l’après de la fiction italienne récente. C’est un clivage générationnel qui lève enfin le voile sur une nouvelle humanité qui a en commun un fort sentiment d’éloignement, comme l’appelle Raimo, et que Desiati résume dans l’expression “Expatriés”. Que dans son dialecte (qui est aussi le mien) ça veut dire oui, littéralement expatriés, vagabonds, imbéciles, mais aussi dépourvu d’orientation, dispersé, presque suspendu dans les airs.

Les quadragénaires de Desiati et Raimo
Les deux livres, curieusement similaires dans les références géographiqueset pas seulement, aux Pouilles (en tant que terre archaïque) et à Berlin (en tant que lieu de possibilités), ils sont de style très différent: lyrique celui de Desiati, ironique celui de Raimo. Mais ils sont unis par la thèse que les quarantenaires d’aujourd’hui sont libres de repères les précédents et ils n’en cherchent pas de nouveaux, presque certains qu’il vaut mieux flotter dans l’indéterminé.
« Il semble que la vérité ne puisse exister que dans la réticence », écrit Raimo. “Je voulais tout mais j’ai toujours dû me contenter de quelque chose» : Desiati cite Tondelli, racontant l’histoire parallèle de ceux qui partent et de ceux qui restent, où ceux qui partent trouvent souvent de nouvelles cages dans lesquelles s’enfermer, tandis que ceux qui restent luttent pour briser les habituelles. Le sentiment est que le présent est le seul moment possibleparce que le futur ne montre pas de signes de lui-même, tandis que le passé est une matière qui peut être remaniée pour se dire à volonté, en omettant et en ajoutant.
Les générations en comparaison
L’amour est fluidenon seulement au sens le plus courant, mais aussi pour la façon dont il est vécu : ce n’est pas non plus un point fixe de la vie mais quelque chose qui ne nous appartient pas, comme un travail toujours précaire, toujours en mouvement, quand il y a. Les générations précédentes sont à l’arrière-plan de ces récits et ne s’en sortent pas bien : le bouclier des clichés, le réseau mensonger des relations, leune cagoule de préjugés, typique des adultes, est quelque chose dont on peut s’évader sans trop regarder en arrière. Si les livres sont faits pour regarder à l’intérieur, c’est une occasion incontournable de le faire.
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