La Chambre des députés a approuvé la loi transformant le décret-loi sur les ONG avec 187 voix pour, 139 contre et 3 abstentions. Le texte passe maintenant au Sénat. Le décret entend réglementer l’action des navires des ONG (organisations non gouvernementales) en Méditerranée. Et il introduit de nouvelles règles pour le sauvetage des migrants en mer avec un « durcissement » du travail des navires humanitaires, modifiant certains paragraphes du décret dit Lamorgese et réglementant la question des sauvetages multiples.

Le code de conduite des navires des ONG

Les navires exerçant des activités de recherche et de sauvetage en mer doivent : posséder les autorisations délivrées par les autorités compétentes de l’État du pavillon et les exigences d’aptitude technique et nautique pour une navigation sûre dans les eaux territoriales ; avoir rapidement recueilli, sous réserve d’information, les intentions des migrants de demander une protection internationale ; demander, immédiatement après l’événement, l’attribution du port de débarquement ; atteindre « sans délai » le port de débarquement indiqué par les autorités pour achever le sauvetage ; s’assurer que les opérations de sauvetage n’aggravent pas les situations de danger à bord et n’empêchent pas d’atteindre le port de débarquement.

Des amendes pour avoir enfreint les règles

Si les ONG violent les dispositions, une amende administrative allant de 10 000 à 50 000 euros est appliquée au capitaine du navire. La responsabilité conjointe et solidaire s’étend à l’armateur et au propriétaire du navire. Le préfet de la province touchée par le débarquement est chargé de prononcer les sanctions constatées par les organes de contrôle. La détention administrative pendant deux mois du navire ayant servi à commettre l’infraction est alors appliquée. En cas de récidive de l’infraction avec le même navire, la sanction administrative accessoire de confiscation du navire est appliquée et l’organisme d’enquête procède immédiatement à la saisie conservatoire. Des sanctions allant de 2.000 à 10.000 euros sont également prévues pour le capitaine et l’armateur du navire qui “ne fournissent pas les informations demandées par l’autorité nationale compétente pour la recherche et le sauvetage en mer ou ne se conforment pas aux indications de la même autorité”.

Ports assignés de plus en plus loin

A noter qu’après le 3 janvier, date d’entrée en vigueur du décret-loi, les ports de débarquement assignés par le ministère de l’Intérieur, habituellement proches des zones de secours, ont commencé à être de plus en plus éloignés. Le cas du Geo Barents, le navire de MSF, amarré à La Spezia fin janvier avec plus de 200 migrants après 1 200 km de navigation est emblématique. La Spezia est en effet le port le plus éloigné jamais attribué à une ONG. Ancône était indiquée dans la mission précédente. Fin janvier pourtant, l’Oean Viking de l’ONG Sos Méditerranée a accosté dans le port de Carrare, avec 95 migrants secourus au large de la Libye.

Les vives critiques des ONG

Ce n’est pas un hasard si de vives critiques à l’encontre du décret émanent du monde des ONG. «L’ONG dl est une loi inhumaine qui criminalise l’activité des navires civils, nie le droit international et institutionnalise l’omission du sauvetage. Une loi de propagande qui, en mer, fera plus de morts. Pour un pays civilisé, une honte » déclare Sea Watch. «Vu de la mer, l’approbation du décret est une véritable folie car il empêche les personnes qui veulent faire leur travail de sauver d’autres personnes en mer, il empêche ceux qui fuient la faim, la guerre et la pauvreté d’être sauvés» déclare Emanuele Nannini, projet d’urgence coordinateur de soutien à la vie. “Les nouvelles réglementations et l’affectation de ports éloignés pour le soulagement de la détresse en mer gênent les navires de sauvetage dans leurs opérations de sauvetage, en conséquence, encore plus de personnes mourront sur la route migratoire la plus meurtrière au monde.” Ainsi Mirka Schäfer, avocate de l’ONG allemande Sos Humanity, qui gère le navire Humanity 1.



ttn-fr-11