Pour comprendre pourquoi le monde continue d’investir massivement dans le pétrole, même en période de surplus, il est crucial d’examiner les enjeux géopolitiques récents. Après une opération militaire visant à renverser Nicolás Maduro, Donald Trump a sollicité les plus grandes compagnies pétrolières du monde, leur demandant de mobiliser jusqu’à 100 milliards de dollars pour revitaliser l’industrie pétrolière au Venezuela, qui traverse une crise profonde.
Des Investissements Stratégiques
Des compagnies comme ExxonMobil et Conoco, ayant précédemment subi des confiscations d’actifs au Venezuela, ont fait preuve de prudence. En revanche, d’autres entreprises, telles que Catalane Repsol, ont exprimé leur volonté d’investir massivement dans le pays, projetant même de tripler leur production en quelques années. Cet événement à Washington démontre ainsi que le pétrole demeure un enjeu essentiel dans le jeu stratégique mondial, indépendamment de la quantité disponible.
Une Approche d’Investissement “Défensive”
Elena Marabini, analyste de la transition énergétique chez Alantra, souligne que “le pétrole reste un outil de pouvoir et de sécurité énergétique”. Beaucoup des investissements réalisés aujourd’hui ne visent pas à accroître la capacité de production, mais plutôt à compenser les baisses structurelles de celle-ci. Si l’investissement diminuait malgré un surplus, le secteur pourrait se retrouver à court de ressources dans un avenir proche.
Dynamique de Production
Il est estimé que si les investissements cessent, jusqu’à 40% de la production pétrolière pourrait être perdue chaque année. En dépit du ralentissement de la demande en Europe, celle-ci continue de croître, notamment dans les économies émergentes comme l’Inde, où l’urbanisation et l’industrialisation maintiennent un niveau élevé de consommation de combustibles. La production pétrolière mondiale est donc confrontée à une baisse structurelle, nécessitant un remplacement régulier de plusieurs millions de barils par jour.
L’Effet de “Breakeven”
L’évolution des prix pétroliers joue un rôle crucial. Actuellement, les prix tournent autour de 64 dollars le baril, mais un prix trop bas pourrait rendre certains types de production, comme le shale, non rentables. Si les investissements diminuent, cela pourrait entraîner une flambée des prix dans le futur, alors même que la transition énergétique n’avance pas à la vitesse désirée.
Le Retour des Investissements
En 2024, les 65 plus grandes banques du monde ont engagé près de 869 milliards de dollars dans le secteur des combustibles fossiles, un chiffre en hausse de 162 milliards par rapport à l’année précédente. Ce retour aux investissements dans le secteur pétrolier indique une volonté de maintenir un approvisionnement stable dans un contexte géopolitique instable, accentué par le retour de figures politiques telles que Trump.
Risque et Rentabilité
Michele Della Vigna de Goldman Sachs note que les entreprises ayant maintenu leurs investissements pendant la pandémie affichent aujourd’hui de meilleurs rendements. Malgré les préoccupations environnementales croissantes, les grandes compagnies profitent de leur échelle pour continuer à être rentables, même lorsque les prix du pétrole ne sont pas élevés. Répondre à un marché énergique, surtout dans des régions comme le Venezuela, pourrait représenter une opportunité lucrative, malgré l’historique difficile du pays avec les investisseurs étrangers.
Conclusion : Vers une Énergie Durable ?
Alors que l’intérêt pour le pétrole semble persister, la critique émerge d’une stratégie axée uniquement sur les combustibles fossiles. Des experts, comme Joeri de Wilde de Triodos Investment Management, arguent que l’accent devrait être mis sur la construction d’un système énergétique diversifié, basé sur des énergies renouvelables, pour diminuer dépendance et vulnérabilité. Rester coincé dans un modèle pétrolier expose les investisseurs à des marchés volatils et à des risques géopolitiques. Il est donc essentiel d’orienter les investissements vers un avenir énergétique plus durable.

