Lorsque Xabi Alonso ajustait ses bottes sur le terrain principal de la ville sportive du Bayern de Munich en 2016, un enfant de 11 ans poursuivait sans relâche son rêve à quelques pas de là. Cet enfant, Kenan Yildiz, né à Ratisbona en 2005 de père turc et de mère allemande, grandissait en jouant pour le Bayern tout en portant fièrement les couleurs de la Turquie sur la scène internationale. Ce jeune prodige, dont le nom se traduit par « étoile » en espagnol, est désormais en lice contre le Real Madrid en Ligue des champions. Un parcours exemplaire qui illustre à quel point la vie peut évoluer en l’espace d’une décennie.
« J’étais présent dans les catégories inférieures du Bayern lorsqu’il y était. Je le connais personnellement et sa progression est impressionnante, tant à la Juventus qu’avec la sélection turque », a déclaré Alonso. Le coach a mentionné la Juve plutôt que le Bayern, car Yildiz a quitté Munich à 17 ans en 2022, préférant un contrat jugé « impossible » à satisfaire pour le club bavarois. « Nous aurions aimé le garder, mais ses exigences étaient au-delà de nos moyens », a déclaré Hasan Salihamidzic, le directeur sportif du Bayern.
Tenté par le FC Barcelone, Yildiz a finalement choisi de rejoindre la Juventus, où il est devenu un proche de Dean Huijsen, une autre étoile montante du club. Bien que leurs parcours et leurs âges soient comparables, leur histoire personnelle a pris des tournures très différentes. Huijsen a ensuite été transféré à la Roma pour 19 millions d’euros, et un an plus tard, le Real Madrid a déboursé 62 millions pour s’attacher ses services.
Quatre entraîneurs en deux ans
Pendant ce temps, Yildiz a su garder la tête froide en Italie et a su s’imposer comme une nouvelle star de la Juventus, qui peine depuis plusieurs saisons à retrouver son calibre d’antan. Le club n’a pas remporté la Serie A depuis 2020 et ses meilleures performances en Europe se sont limitées à des huitièmes de finale en Ligue des champions et des demi-finales de l’Europa League en 2023. Depuis deux ans, l’équipe a connu des changements radicaux de direction avec quatre entraîneurs différents : Allegri, Montero, Motta et Tudor, ce dernier dirigeant maintenant une équipe dans laquelle Yildiz joue un rôle clé.
Ayant hérité du numéro 10, Yildiz évolue sur le flanc gauche et fuit le centre, suscitant forcément des comparaisons avec le légendaire Del Piero, pour lequel les fans de la Juve ont des attentes élevées. En 2024, Yildiz a marqué son premier but en Ligue des champions à tout juste 19 ans et 136 jours, battant ainsi le précédent record de Del Piero. Ce dernier, tout en étant flatté par la comparaison, prévient le jeune joueur de ne pas subir la pression que cela implique. « J’apprécie qu’on me compare avec lui. J’admire sa bravoure et je souhaite que le jeune prospère, il en aura besoin », a-t-il déclaré récemment. Pour sa part, Yildiz confie avoir « étudié » le parcours de l’ancien joueur, mais insiste sur le fait qu’il n’a pas l’intention de se comparer aux autres : « Chacun doit tracer son propre chemin », affirme-t-il.
L’année 2024 a vu Yildiz exploser au niveau des performances, après une saison pleine avec la première équipe de la Juventus. Il a marqué cinq buts avec son club, mais c’est sa brillante performance à l’ Euro qui lui a permis d’élever son statut au sein du football. Aux côtés d’Arda Güler, ils sont devenus de véritables icônes pour le pays, le duo guidant la Turquie jusqu’en quart de finale et suscitant l’engouement national.
Retour spirituel
Fils d’un immigrant turc ayant trouvé refuge en Allemagne, Yildiz incarne le retour spirituel de plusieurs générations d’immigrants en terre germanique. En refusant de représenter l’Allemagne, il choisit d’honorer ses racines turques, offrant un message fort dans un monde où l’identité est souvent mise à l’épreuve.
Après sa belle performance en Euro, Yildiz a su s’imposer dans un club en crise. Avec un total de 12 buts, dont trois inscrits lors du Mondial des clubs, et sept passes décisives, il a affirmé son statut d’élément essentiel au sein d’une équipe en proie à des doutes face à la domination d’équipes comme Naples et l’Inter. À présent, le ‘nouveau Del Piero‘ est prêt à défier le Real Madrid, dans un match qui s’annonce haut en couleurs.
