‘Pas d’énergie’, ‘ralentir’, ‘limites dépassées’. Quand j’ai dit à un ami à quel point j’étais fatigué dimanche, j’ai remarqué l’image : mes mots ressemblaient à des citations du nouvelles de huit heures. La crise énergétique et la guerre comme analogies pour ma santé. Or, dans ce cas, j’ai moi-même commis une attaque contre mon corps, en en faisant trop, et pourtant mes pensées allaient directement à Poutine. En raison de la guerre, de nouveaux raccourcis dans mon cerveau, des associations alternatives surgissent. IKEA = jaune-bleu = NS = mésange charbonnière = mésange bleue = bleu-jaune = Ukraine. Et ainsi de suite.
Même quand j’ai écouté mon vieux CD préféré de Bert&Ernie le lundi Faites-en quelque chose les dialogues me rappelaient le pont de Crimée explosé. Ernie a fait une larme dans le livre préféré de Bert, qui veut se venger : « Alors nous devrions aussi détruire quelque chose à vous. Parce que maintenant, seul quelque chose à moi s’est cassé et ce n’est pas juste.
Bien sûr, ces comparaisons échouent rapidement. se chamailler Rue de Sesame est à des kilomètres d’un cratère de bombe à Kiev ; un pipeline saboté est différent d’un cerveau surstimulé. Les associations sont avant tout une tentative de saisir l’insaisissable, de dire quelque chose à un moment où le langage fait défaut. C’est pourquoi j’ai longtemps été un grand amateur de métaphores : je pensais qu’avec une imagerie réussie, on pouvait éviter les malentendus.
Il y a des années, j’ai lu Magazine de psychologie à propos de “l’écoute autobiographique”: le phénomène dans lequel quelqu’un raconte quelque chose (sur un cœur brisé, une aversion pour le beurre de cacahuète) et l’auditeur réagit immédiatement de son propre point de vue. « J’ai ça aussi ! En fait, je… » L’auditeur essaie de faire preuve d’empathie, mais manque la cible (empathie). Vous pouvez voir l’association comme une pensée autobiographique, dans laquelle tout est interprété de telle manière qu’il s’inscrit dans son propre cadre de référence.
Bien sûr, les associations ne surgissent pas toujours inconsciemment. Les politiciens aiment utiliser délibérément des métaphores. Pensez à Mark Rutte qui dit que les travailleurs de la santé sont “en première ligne de la lutte contre le corona”. CNRCLe correspondant Floor Bouma a écrit la semaine dernière comment le président français Emmanuel Macron utilise son pull à col roulé comme une déclaration politique : avec le vêtement chaud, il aimerait montrer son attitude économe en énergie. Et puis il y a Poutine lui-même, qui décrit les ennemis de la Russie comme des nazis : l’imagerie comme propagande de guerre.
Le danger de s’associer, c’est qu’on s’emballe. Un excès de métaphores, inconsciemment ou intentionnellement, peut conduire à des malentendus. Corona n’est pas une bataille, mon corps n’est pas un pipeline Nord Stream et Poutine n’est certainement pas un personnage innocent de Sesame Street. Ne serait-ce que parce que Bert finit par se repentir et sauve le canard en caoutchouc d’Ernie.
Argumenter, conclut-il sagement, n’est jamais la solution.
Gemma Venhuizen est rédactrice en biologie au CNRC et y rédige une chronique tous les mercredis.
Une version de cet article est également parue dans le journal du 12 octobre 2022

