gjardin sauvage vs rigueur des formes. « Le jardin de Versailles ? Une horreur!”. C’est ce qu’il a dû penser Guillaume Robinsonmaître jardinier irlandais transplanté à Londres, qui visita la France en 1867. C’est peut-être sa désapprobation du goût formel des jardins à la française qui l’a amené à concevoir son œuvre la plus connue, Le jardin sauvage (1870)dans lequel il théorise un jardin naturel, qui comprend des plantes exotiques et même quelques mauvaises herbes.

Aujourd’hui l’idée de jardin sauvage a évolué dans un concept d’espace qui valorise avant tout les essences du territoire, avec un entretien limité, pas de produits chimiques et des portes ouvertes à la présence d’animaux, des écureuils aux oiseaux, des hérissons aux abeilles, sans exclure les insectes et les reptiles. Rassurez-vous : il ne s’agit pas de réduire le jardin à un lieu rempli d’orties et de crapauds. Pourtant c’est un jardin régulé par le jardinier, accueillant et surtout plein de vie. Le mot clé est en effet biodiversité. Et la bonne nouvelle, c’est que cela peut se faire dans un petit jardin, mais aussi sur une terrasse ou un balcon urbain. Ce sera une joie pour les adultes et une école de la nature pour les enfants.

Jardin sauvage, un habitat qui doit offrir de la nourriture

Le premier dilemme est : comment convaincre les merles de fréquenter notre balcon, ou les écureuils de venir dans le jardin ? “Les animaux arrivent tout seuls, il suffit de leur créer le bon environnement”, commente-t-il Christian Spilinga, diplômé en sciences naturelles, zoologiste et communicateur scientifique. Un habitat qui offre principalement de la nourriture : par exemple, baies et graines pour les oiseaux, fleurs riches en nectar pour les insectes pollinisateurs et le papillons. La présence d’eau est indispensable : qu’il s’agisse d’un petit étang ou d’un bassinrésout le problème de la soif.

Le jardin d’Isabelle Olikier-Luyten, à la frontière entre la Belgique et la France, sur une photo tirée de son livre “Un coin de paradis”. En 30 ans, l’auteur a transformé un coin aride en paradis avec 200 roseraies, associées à une multitude de vivaces, d’annuelles et d’arbustes.

Commençons par les balcons et terrasses en ville. « Même ceux qui n’ont qu’un rebord de fenêtre peuvent y contribuer en plaçant des herbes aromatiques, appréciées des papillons et des insectes » commente-t-il Angéla Zaffignaniauteur du livre très utile jardin des oiseaux (publié par Mattioli 1885), ancien président de laAssociation des femmes environnementales et créateur de jardins naturels. «Sur le balcon, il est indispensable d’avoir au moins un arbrequi poussent en pot (profondeur minimum 45 cm) seront de taille plus petite, mais il représente un élément élevé, sur lequel les oiseaux peuvent se percher pour contrôler le territoire. Il peut s’agir d’un arbre fruitier, qui a l’avantage de nous offrir de la nourriture ainsi qu’à eux. Ensuite, il faut des buissons – comme l’aubépine, le chèvrefeuille, le houx, la viorne, l’arbousier – une bordure de fleurs, une source d’eau et quelques nids artificiels pour compléter l’effet naturel».

Parmi les arbustes, un bon choix est le buddleiaégalement cultivable en pots, e pas étonnamment connu sous le nom d’arbre à papillons: pendant les mois de floraison, c’est la destination d’un pèlerinage continu et coloré à la recherche de nectar. Peut être il est utile d’avoir aussi une plante grimpante sur l’un des murs du balcon. Un rincospermo ou jasmin, aux fleurs parfumées, convient également. «J’ai placé une Clematis armandii vigoureuse et persistante sur la terrasse, en la laissant pousser vers le haut», explique Zaffignani. «La colombe, qui construit des nids assez simples, s’en est servie pour y placer le sien». Évidemment, les nids ont besoin d’espaces que les oiseaux jugent suffisamment sûrs, des prédateurs éventuels mais aussi de nous, les humains. L’écrivain a fait faire un nid de merles sur le balcon, inséré au point le plus épais d’un pittosporum, mais pas assez haut. A chaque sortie pour arroser les plantes, maman merle s’agitait. Et finalement, elle a quitté le nid, heureusement avant de pondre ses œufs.

« Un coin de paradis » : Dahlias et surfinias

Les oiseaux ne sont pas les seuls invités sur une terrasse. Pour profiter du soleil, il est possible de trouver quelques lézards qui grimpent et peut-être un gecko, un gentil dévoreur d’insectesle. « Pour éviter la croissance involontaire des larves de moustiques » conseille Spilinga, « n’utilisez pas de soucoupes, ou gardez-les toujours sans stagnation. Et changez l’eau du bassin tous les jours.

Adieu la pelouse, bonjour les arbres

Dans un jardin, il est plus facile d’organiser l’espace. «La première étape consiste à se libérer de l’idée d’une pelouse anglaise, rangée et parfaite. Une pelouse « salissante » due à la présence de plantes différentes est plus riche et plus riche en biodiversité » souligne Spilinga. Et il résiste aussi mieux au défi de la sécheresse, car le sol reste plus humide si l’herbe n’est pas coupée près du sol. Retrouver le plaisir de voir les pissenlits, les mauves et les marguerites qui poussent naturellement parmi les touffes d’herbe. « L’herbe peut être coupée périodiquement. En arrosant moins, une pelouse rustique pendant les mois les plus chauds sera moins verte » ajoute Spilinga. «Mais avec l’automne frais, il recommence à fleurir». La philosophie est la même que pour la terrasse et le balcon.

Comment faire un potager sur le balcon

Il est bon d’avoir des arbres, à choisir en fonction de l’altitude et du climat. Mieux vaut privilégier les espèces indigènes, comme les érables, les charmes, les frênes. POURngela Zaffignani dans son livre définit le chêne comme une « copropriété naturelle » : ici les mésanges bleues retrouvent les chenilles, le pic tambourine sur l’écorce, la chouette se réfugie dans ses cavités, divers oiseaux nichent sur ses branches et l’écureuil marche dessus. Si vous avez un grand jardin, cela vaut la peine d’en planter un : avec un peu de patience – il ne pousse pas vite – vous verrez alors votre arbre grouiller de vie. Les arbres fruitiers sont toujours les bienvenus, comme les cerisiers sauvages, les pommiers et les poiriers. Même le figuier : il pousse vite, et on peut réserver les fruits des branches hautes aux oiseaux, ne cueillant que ceux du bas.

Jardin sauvage, “hôtel” pour insectes bénéfiques

Une échinacée offre son nectar à un machaon. (Un coin de paradis)

N’oubliez pas d’en planter arbuste à baies, qui peut servir de haie et en même temps offrir de la nourriture et des espaces de nidification pour les oiseaux. Les fleurs sont une présence bienvenue pour les pollinisateurs. Le choix des variétés reflète le goût subjectif et le jardin naturel peut être coloré avec des roses, des dahlias, des tulipes, aux côtés d’herbes telles que Pennisetumau lavande et autres aromates. Si vous avez la possibilité de créer un petit étang, il est préférable de ne pas trop près de la maison, dans une zone plus isolée et plus sauvage.

“Cela le rend plus attrayant pour les animaux”, commente Spilinga. «N’ayez pas peur qu’il devienne un vivier de moustiques : s’il y a des larves, des prédateurs arriveront aussi, comme les amphibiens et les larves de libellules, qui se nourrissent de larves de moustiques ». Pour rendre le jardin naturel encore plus accueillant, vous pouvez offrir l’hospitalité aux insectes bénéfiques et aider la biodiversité construire un “hôtel à insectes” (sur Vous pouvez trouver divers tutoriels sur YouTube). Vous pouvez insérer des mangeoires pour les oiseaux – mais ils ne sont nourris qu’en hiver, lorsqu’ils ne trouvent pas de nourriture, jamais pendant la saison chaude – et quelques maisons en bois avec un trou circulaire, qui seront appréciées des mésanges et des troglodytes.

Isabelle Olikier-Luyten : “Un coin de paradis”, ses trente ans d’expérience “au naturel”

Un coin de paradis, Isabelle Olikier-Luyten, Hippocampe25,00 €

“Avant de prendre forme, chaque jardin est comme un rêve. Cela part d’une idée, qui évolue ensuite au fur et à mesure que l’on se familiarise avec les plantes». Ainsi Isabelle Olikier-Luyten débute dans Un coin de paradisdédié à son jardin de 600 mètres carrés à la frontière entre la Belgique et la France.

Tout a commencé en 1993, lorsqu’elle et son mari ont acheté une maison de campagne avec une petite piscine, une pelouse à l’anglaise et un patio. Avec passion, patience et avec l’aide des plantes, ils parviennent à transformer un lieu insignifiant en une merveille. À première vue, cela peut sembler un peu désordonné, mais en réalité ce jardin naturel est le résultat d’une recherche continue pour obtenir les combinaisons les plus originales de couleurs, de formes et d’essences.

Dahlias, clématites, hortensias, fuchsias, sauges, tulipes sont accompagnés d’arbres parapluies, ancolies, jacinthes des bois qui semblent sortir d’une prairie de campagne. Les images ne sont pas seulement un voyage dans la beauté – les descriptions précises des variétés en font presque un manuel de suggestions pour vous inspirer pour enrichir votre terrasse ou votre jardin.

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