La situation de la haute vitesse en Espagne
La haute vitesse ferroviaire en Espagne, bien qu’initialement saluée pour son innovation, fait face à des défis significatifs. L’été dernier a été particulièrement difficile, avec quatre des dix trains de Renfe accusant des retards divers. Ce climat de désagrément a été aggravé par des pannes techniques, des trains perdus et des incendies qui ont perturbé le service.
Les chiffres sont révélateurs : durant le mois de juin, les trains AVE ont enregistré un retard moyen de 19 minutes, tandis qu’en avril, ce chiffre était de presque 21 minutes. Selon un rapport officiel publié par Renfe, seuls un train sur trois a respecté son horaire, ou a été retardé de moins de cinq minutes. Ce constat n’est pas isolé ; il est symptomatique d’une infrastructure fatiguée incapable de supporter l’afflux de nouveaux opérateurs comme Iryo et Ouigo.
Les experts pointent deux raisons principales à ce problème. D’une part, l’infrastructure espagnole semble désormais inadéquate pour accueillir un nombre croissant de voyages. D’autre part, il est évident qu’investir dans la modernisation et l’entretien des voies n’a pas été jugé prioritaire ces dernières années. La situation actuelle semble être le résultat d’une combinaison de ces facteurs.
Le modèle japonais : efficacité et ponctualité
Face aux enjeux espagnols, la question se pose : comment se fait-il que le système ferroviaire japonais, avec ses six compagnies distinctes, fonctionne si efficacement ? Au Japon, principalement sur l’île de Honshu, le train à grande vitesse est une alternative prisée qui offre des fréquences élevées et des retards extrêmement rares. La fiabilité du système japonais est souvent citée comme un modèle à suivre.
Cependant, la complexité du réseau japonais peut sembler déroutante pour les nouveaux visiteurs, car six opérateurs différents y circulent. Chaque opérateur bénéficie d’un espace réservé et n’est pas en concurrence directe sur les mêmes voies, contrairement à la situation en Espagne où les compagnies doivent partager les infrastructures.
Une gestion distincte des infrastructures
Un point crucial distingue les deux systèmes : en Espagne, la gestion des voies appartient à Adif, qui est responsable de l’infrastructure ferroviaire après sa privatisation. Adif prélève des frais (ou “cánones”) aux opérateurs souhaitant utiliser ses voies. En revanche, au Japon, les compagnies ferroviaires gèrent leur propre infrastructure, incluant l’entretien des voies.
Cela permet une séparation nette entre les trains de passagers et les shinkansen, les célèbres trains à grande vitesse. Cette séparation physique minimise les risques que des problèmes sur les lignes plus lentes affectent les trains à grande vitesse. Les shinkansen bénéficient également d’un système de gestion des erreurs appelé poka-yoke, qui assure que toutes les décisions opérationnelles sont surveillées de manière rigoureuse.
Un leadership en matière de ponctualité
Le système japonais est souvent cité comme leader mondial en matière de ponctualité. Le retard moyen sur la ligne Tokaido en 2024 était de seulement 96 secondes. Ce niveau de performance est le fruit d’une culture où la ponctualité est chérie et où il n’est pas rare que des excuses publiques soient formulées lorsqu’un retard se produit, même de manière insignifiante.
Comparativement, la ponctualité en Espagne, malgré l’essor de la haute vitesse, fait face à un flou inquiétant, car de plus en plus de passagers expriment leur insatisfaction face aux retards récurrents.
Les leçons à tirer
Il est évident que le modèle japonais de gestion ferroviaire pourrait fournir des enseignements précieux pour l’Espagne et d’autres pays. La séparation des infrastructures, la clarté dans la gestion et l’importance accordée à l’entretien régulier sont des éléments que l’Espagne devrait envisager d’incorporer dans sa stratégie ferroviaire.
Alors que les passagers européens réalisent de plus en plus l’importance d’un transport public fiable, l’apprentissage du modèle japonais pourrait être la clé pour résoudre les problèmes actuels de la haute vitesse en Espagne.

