Aldo Cazzullo écrit: «La grâce féminine était de nature à transformer ce qui, dans un autre contexte, aurait été le symbole de la réaction en une image de force tranquille, de légalité sereine»


Bbombe ou pas bombe d’Antonello Venditti est une chanson très politique. Il évoque les massacres des années 70, le rêve de la révolution de gauche, et le mêle à l’histoire de l’Italie, la brèche de Porta Pia, la marche fasciste sur Rome, l’arrivée des Américains (« on a offert du chocolat et du de vraies cigarettes » ). A un moment donné, il y a un homme au regard profond et un mouchoir autour du cou qui dit à Venditti et à ses amis : « Ils ne vous laisseront pas entrer ici, ils ont appelé la gendarmerie. »

La police montée est l’emblème même de la réaction. Gianni Agnelli n’était pas un réactionnaire, mais sur son bureau il avait une photo de la police montée chargeant les manifestants. Pour ma génération, la police montée est celle qui est impuissante au Heysel, le stade où les supporters de la Juventus ont été massacrés. Pour les cinéphiles c’est un film récent, Peterlooau cours de laquelle des unités montées ont chargé des ouvriers pauvres – dont de nombreux vétérans de Waterloo – et les ont massacrés.

Aldo Cazzullo (photo de Carlo Furgeri Gilbert).

Au temps du Covid, J’ai écrit un jour – clairement comme une métaphore – que les manifestations anti-vax inutiles, inopportunes et nuisibles donnaient envie aux gens d’appeler la police à cheval.; les journalistes No-Vax, nombreux comme à chaque fois qu’il s’agit de lisser les cheveux des lecteurs, ont cité des dizaines de fois cette phrase dans des talk-shows, comme si j’avais réellement sollicité le bras violent de la loi, me désignant comme un ennemi de les gens.

Un policier local à cheval surveille et contrôle la Piazza Duomo à Milan (photo Ipa).

L’autre jour, en scooter dans le centre de Rome, je me suis retrouvé devant deux policières à cheval. Je ne savais pas quoi faire : les vaincre, au risque de rendre fous les quadrupèdes ? Alors j’ai ralenti. Et je les trouvais magnifiques. La grâce féminine était de nature à transformer ce qui dans un autre contexte aurait été le symbole de la réaction en une image de force tranquille, de légalité sereine..

J’avais envie de leur dire « tu es belle » ; mais peut-être n’en auraient-ils pas saisi le sens et se seraient-ils inquiétés ; maintenant, dire à une femme qu’elle est belle équivaut presque à du harcèlement. Alors je suis resté immobile et silencieux, les regardant passer.

Vous souhaitez partager avec nous des émotions, des souvenirs, des réflexions ? Écrivez-nous à [email protected]

Tous les articles d’Aldo Cazzullo.

iO Donna © TOUS DROITS RÉSERVÉS



ttn-fr-13