POURvrai une maman psychologue aide dans la préparation des personnages ? « Ma mère, qui vient d’un milieu très modeste, était infirmière : elle a repris ses études parce qu’elle a rencontré mon père, jeune médecin à l’hôpital, et n’est devenue psychologue que plus tard. Mon père aurait pu opter pour le privé, mais il est resté dans le public. Tous deux ressentaient un fort sens de la mission. Eh bien, je pense que leur humanité m’a avant tout aidé.”

Laure Calamy est une maman à plein temps - Cent pour cent.  L'agrafe

Comment ne pas l’aimer ? Laure Calamy est comme ça, dans les interviews comme sur le plateau et sur scène : elle pourrait s’en tirer vite, professionnellement, au contraire elle se donne. Généreux et accablant.

La loi du karma

Pour une fois la loi du karma était vraiment correcte : ce qu’il a semé au cours d’une longue carrière (il a fait ses débuts avec Philippe Garrel en 2001) est florissant. En 2021 le César de Moi, lui, elle et l’âne par Caroline Vignal et il Prix ​​Orizzonti de la meilleure actrice à la Mostra de Venise pour Temps plein – cent pour cent d’Éric Gravel (également récompensé comme meilleur réalisateur). Ensuite, une kyrielle de rôles principaux absolus : Une femme du monde et, à l’arrivée, Les Cyclades, L’origine du mal, Annie Colère. Merci (aussi) à la série Netflix Appelle mon agent!où elle joue un rôle irrésistible, spontané et gaffeuse. « Ce sont des films sur des thèmes qui me tiennent à cœur. Annie Colère parle du Mlac, le Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception, qui a contribué à faire voter la loi sur la dépénalisation en 1975 : à l’époque, l’interruption de grossesse clandestine faisait des milliers de morts ».

Et avec À plein temps qu’a-t-elle voulu mettre en avant ?
La “charge mentale” d’une mère célibataire : elle ne doit pas seulement accomplir les tâches, elle a toujours la tête tournée vers l’organisation, la planification pour que les choses fonctionnent aussi bien en famille qu’au travail.

Laure Calamy dans “Temps plein – Cent pour cent”.

“Une super-héroïne”

Avez-vous des enfants?
Non, mais ce n’est pas si difficile de voir ce que c’est que d’être mère. Ils sont autour et j’en ai eu un! (des rires) La protagoniste, Julie, vit une situation stressante mais, en même temps, révèle d’immenses pouvoirs : c’est une super-héroïne ! Comme dans un portrait de Picasso, on le voit de profil, de face, sous les angles…

C’est-à-dire?
Voulant élever les deux enfants à la campagne, elle habite en dehors de Paris et se lève quand il fait encore nuit pour rejoindre l’hôtel de luxe où elle est une femme de ménage trop attentionnée. En attendant, elle cherche un nouvel emploi (elle est déclassée, elle a été chercheuse en marketing). Elle court, court, court contre la montre et une grève générale qui bloque les transports met une énième clé en main. Problèmes individuels, problèmes collectifs. C’est un film social, mais avec la tension d’un film d’actiond’un thriller.

« Brisons les chaînes »

Est-ce que tout combiner est une aspiration réalisable ?
Les femmes se perçoivent souvent comme insuffisantes (peut-être parce que le parfait – selon plusieurs citations – serait l’homme) et elles se mettent une énorme pression pour être des super-mamans, des super-professionnelles. Mais nous sommes humains, à un moment donné c’est impossible de tenir le coup. C’est le cas de Julie : son désir de perfection est un piège.

Des solutions viables ? Elle est occupée avec le collectif 50/50 pour l’égalité dans l’industrie audiovisuelle.
Il faut partir de l’enseignement scolaire pour une juste répartition des tâches. Et recommencez avec nous. La maternité est un domaine dans lequel les femmes ne sont pas considérées comme faillibles, mais il y a aujourd’hui des hommes prêts à prendre plus de responsabilités, avec sensibilité et douceur : on leur laisse de la place. Nous avons des opinions préfabriquées sur les hommes et les femmes, ce sont de terribles prisons.

“On reste dans le patriarcat”

Un exemple?
Nous sommes aussi violentes que les hommes, cependant, puisque le “droit” n’est pas reconnu, il peut arriver que nous retournions la violence contre nous-mêmes. Nous avons les mêmes appétits, le même désir sexuel bien qu’on nous enseigne qu’il faut nécessairement être “amoureux” pour avoir une relation. Tout autant d’hommes – au contraire – ont besoin d’être amoureux et n’agissent pas exclusivement sur la base de pulsions. Heureusement, tout en restant dans le patriarcat (des rires)les chaînes se brisent.

Apportez-vous quelque chose qui vous est propre dans les rôles ou prenez-vous des vacances tout seul ?
Je n’ai pas d’autres ressources que moi-même ! Je suis l’instrument : je n’entre pas dans la peau d’un personnage, c’est le personnage qui s’incarne dans le mien. Je viens du théâtre et, si je me fais passer pour Lisette (en Le jeu de l’amour et du hasard de Marivaux, éd) dont on a usurpé l’identité des milliers de fois, ce sera “ma” Lisette. On raconte une histoire qui ne m’appartient pas, c’est comme un va-et-vient entre moi et non-moi. Agir, c’est ça, trouver un équilibre.

Est-ce vraiment mouvementé ?
Je peux avoir l’air très agité, boulimique, oui. Et des moments d’achèvements amorphes. D’un extrême à l’autre. Tout le monde est “multiple”, pas une dimension.

Laure Calamy et le réalisateur Éric Gravel primés à Venise (Getty Images).

Laure Calamy et le réalisateur Éric Gravel primés à Venise (Getty Images).

“J’aime les blagues”

Et chez Noémie Appelle mon agent! quel est son?
Beaucoup. J’ai une anecdote, en particulier : dans la deuxième saison (le troisième épisode, éd), du coup j’arrache un sein devant Mathias (Mathias Barneville, son patron, éd). C’est une blague que je répète souvent (des rires) et l’une des réalisatrices de la série, Jeanne Herry, qui était avec moi à l’académie, s’en souvenait. Parfois c’est arrivé peut-être lors d’un déjeuner, rapidement, en continuant à parler, pour montrer que personne ne s’en apercevrait… Ça m’a beaucoup fait rire !

Êtes-vous plus enclin à pleurer ou à rire ?
Oh, nous deux (des rires)! Vous ne choisissez pas. Mais plus au riz, de toute façon. Même quand j’ai envie de pleurer, j’essaie de rire. Il faut savoir plaisanter sur la vie !

Julie et Noémie ont en commun la capacité à résoudre les problèmes. Est-ce son attitude ?
Non! Mais c’est vrai que j’ai un côté implacable : je cherche une solution jusqu’à ce que j’aie exploré toutes les options, je ne me laisse pas abattre ! Évidemment, pas toujours le signal. Un de mes meilleurs amis me répète : « Tu es un pitbull ! N’abandonnez pas !”.

Quand vient la toute première étincelle pour agir?
A quatre ans. Des amis de mes parents m’ont emmené au cirque et j’ai, tout de suite : “Je veux être un cirque !”. Peu de temps après, j’ai participé à un camp d’été où nous avons joué dans un spectacle muet. J’ai récité Pierrot détachant la lune – cette lune en carton – et je me souviens très bien de la sensation que j’ai eue en regardant le public à travers le masque : ils attendaient en état de suspension qu’il se passe quelque chose et je me sentais investi d’une mission extraordinaire ! Du coup j’ai été convaincue : c’est ce que je veux faire, c’est là où je veux être, c’est merveilleux de voir ces gens qui ont soif d’émotion !

Laure Calamy : “Moi et les réseaux sociaux”

Les jalons de votre carrière ?
Les études à Conservatoire national supérieur d’art dramatiqueà Paris (je venais d’Orléans) : je me suis sentie accueillie en tant qu’actrice et m’a permis des rencontres importantes comme celles avec Vincent Macaigne et Olivier Py. Un monde sans femmes de Guillaume Brac (disponible sur Mubi, éd) en 2011, ce qui m’a donné une identité. ET Appelle mon agent!qui a changé mon existence !

Vous aimez utiliser les réseaux sociaux ?
Non! Je ne suis pas sur Instagram, j’oublie Facebook et j’ai même des problèmes avec mon smartphone. Trop de temps perdu à essayer de se construire “un faux self”. Une dangereuse addiction. Je me détache dès que je peux, et non métaphoriquement.

Dans quel sens, alors ?
J’aime la montagne (elle est fiancée à un guide de montagne, éd), j’adore me promener dans les Cévennes : c’est ma forme de méditation. Là l’internet et le téléphone ne prennent pas : un rêve !

iO Donna © REPRODUCTION RÉSERVÉE



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